Après Notre jour viendra en 2010, Romain Gavras est de retour avec Le monde est à toi. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs ce matin, le film a reçu une standing ovation totalement méritée. Hilarant, pop, intelligent, c’est une vraie bonne surprise et notre premier coup de cœur de ce Festival de Cannes.

François vit de petits deals avec des jeunes du quartier. Il veut utiliser ses économies pour monter un business de Mr Freeze au Maghreb mais se rend compte que sa mère les a dilapidées. Quand Poutine, le caïd de la cité, lui demande de faire un coup en Espagne, François accepte et emmène Lamya, Henri et les deux Mohamed avec lui. Mais tout ne se passe pas comme prévu.

Avec ce synopsis bien décalé, Romain Gavras propose une galerie de personnages complètement barrés et attachants. Le casting peut ainsi s’en donner à cœur joie. Karim Leklou tient enfin un premier rôle fait sur-mesure pour lui et devrait avoir la reconnaissance qu’il mérite depuis longtemps déjà. Mention spéciale à Isabelle Adjani, désopilante en mère thug qui n’a aucune limite. Cela nous conforte dans l’idée qu’on aimerait la voir beaucoup plus souvent dans des comédies. Vincent Cassel est impeccable aussi dans le rôle d’Henri, totalement à côté de la plaque mais si touchant avec ses discours improbables sur le papier et son obsession pour les Illuminati.

Le film se veut résolument pop et fun. Sa violence reste un défouloir jubilatoire et s’intègre parfaitement à l’atmosphère nerveuse du film. Si Le monde est à toi est autant maîtrisé de bout en bout, c’est aussi grâce à l’intelligence du scénario de Romain Gavras. Le réalisateur parle de son film comme d’un film de « fils à maman ». Le cinéaste explore en effet les relations familiales et amicales avec beaucoup d’humour. Il s’attaque également à des thématiques de société avec le personnage de François Damiens qui emploie des migrants pour 1 euro par jour… Ou évoque le narco-terrorisme, les réseaux sociaux et les complots en tout genre.

© Studiocanal

La B.O. apporte un petit côté kitsch totalement assumé à l’œuvre. Ça commence avec du Michel Sardou, continue avec du Laurent Voulzy et passe par le tubesque « Africa » de Toto ou encore du Booba et du PNL. Sans oublier le plus important, Daniel Balavoine avec « La vie ne m’apprend rien », qui est l’occasion d’un petit running gag bien senti. Jamie XX et Sebastian se sont occupés de la musique originale et c’est une vraie réussite. Une sélection musicale qui est donc très large et qui montre bien les influences variées de Romain Gavras, inspiré dans son cinéma aussi bien par des publicités, que des films ou des morceaux qui l’ont accompagné dans sa vie.

Le monde est à toi est le genre de film qui apporte une vraie fraîcheur au cinéma français. Ça claque, ça surprend et ça fait un bien fou. On vous conseille de vous précipiter dans les salles le 22 août prochain.