Après avoir été pendant plus de six ans le chanteur et guitariste du groupe à succès Revolver, Sage vole désormais de ses propres ailes. Il a déjà à son actif un premier album, Sage, largement salué par la critique. À quelques semaines de la sortie de son second opus, Paint Myself, nous avons pu discuter avec le nouveau prodige de la chanson française. Il revient pour nous sur ses débuts en solo, la recherche de sa nouvelle identité musicale et son travail presque scientifique des harmonies.

Pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore en tant qu’artiste solo, comment décrirais-tu ton univers ? 

Quand j’étais avec Revolver j’étais beaucoup à la guitare acoustique ou électrique, et à la fin de notre dernière tournée je me suis fait voler toutes mes guitares. En revenant à Paris, je me suis mis à écrire des chansons au piano, et ça a un peu donné le point de départ, la couleur de Sage. Pour moi c’est de la pop néoclassique. Avec des influences seventies et sixties, des gens comme Neil Young ou Cat Stevens, et une part plus moderne dans le travail de textures et des sonorités un peu plus electro.

Le piano c’est un peu la nouvelle identité que tu voulais donner à ton aventure solo ? 

Ouais, c’était vraiment ça, un passage de la guitare au piano. Et sur cet album-là j’ai cherché à réunir ces deux univers, à trouver un peu le dénominateur commun entre Revolver et mon premier album solo.

Cet album c’est moins un trait sur le passé qu’un pont entre cette aventure de groupe et ta carrière solo. 

Le premier album solo était vraiment un trait, j’ai vraiment voulu faire quelque chose de très très différent. J’avais envie de faire presque l’inverse de ce que j’avais pu faire avant. Sur ce nouvel album j’étais plus dans une réconciliation je pense.

Si tu devais résumer ce second album en un seul mot, ce serait lequel ? 

Je dirais harmonique. Parce que je pense que c’est là que mon intérêt se porte le plus, sur les harmonies, le choix des accords, les lignes mélodiques et le rapport entre les mélodies et les harmonies.

Ton intérêt pour le travail des harmonies vient de ton éducation au conservatoire ? 

J’ai pas énormément fait de conservatoire, mais disons que c’est un album sur lequel j’ai essayé de rassembler les différents aspects de ma personnalité musicale. Que ce soit des ballades très seventies, le travail sur les mélodies et en même temps les explorations sonores.

C’est un peu un patchwork d’influences et de couleurs. C’est aussi pour ça que je l’ai appelé Paint Myself, c’est un travail de couches de couleurs différentes qui forment un tout. Il a une dimension un peu autoportrait, je l’ai enregistré tout seul, j’ai joué tous les instruments dessus…

Comment est-ce que tu vis cette aventure solo ? Qu’est-ce qu’elle t’a apporté ? 

Je suis encore au début de cette aventure. Il y a une première aventure en sous-marin, pendant la réalisation de l’album, et j’en suis très très fier. Je pense que c’est l’album le plus personnel que j’ai fait, et je crois que c’est le meilleur. Maintenant j’ai hâte qu’il arrive aux oreilles des gens et que je puisse le défendre sur scène. C’est ce qui me rend le plus heureux.

Travailler seul sur un album c’était vraiment quelque chose qui te faisait envie ?

C’est en tout cas quelque chose que j’avais en tête depuis longtemps, mais je m’étais jamais vraiment senti capable de le faire. Et puis j’ai réalisé des albums pour d’autres personnes, comme Clara Luciani par exemple, et je pense que ça m’a donné confiance dans le fait que je pouvais aussi réaliser mon propre album. J’ai mon studio maintenant, ce qui me permet de faire un album du début à la fin, de manière totalement autonome.

Quel conseil tu pourrais donner à un jeune artiste qui comme toi voudrait se lancer dans un carrière solo ? 

Apprendre à jouer d’un instrument, pour se démarquer de beaucoup de gens qui aujourd’hui ne passent plus par cette case-là. Je lui dirais aussi d’écrire un maximum de chansons. Il faut pas être trop fétichiste de ses chansons, il vaut mieux en écrire énormément et ensuite choisir celles qui vont être le plus spontané possible.

L’écriture c’est un muscle qui se travaille ? 

Oui, la créativité c’est quelque chose qui se travaille. Je conseillerais aussi d’être le plus radical possible, de travailler sur ses points forts et de les rendre encore plus forts. De trouver ce qu’on a et que personne d’autre n’a, et de le développer.

Dans ton cas, c’était quoi ce petit quelque chose que les autres n’avaient pas ? 

Peut-être ma science de la composition. Ma voix aussi, qui m’est propre. Je ne dis pas que je suis le meilleur chanteur du monde mais disons que j’ai un timbre peut-être un peu particulier.

Qu’est-ce qui t’inspire dans ton écriture ? 

J’écris beaucoup le matin, parce que je suis un peu comme dans un demi-sommeil encore. Ou très tard le soir. Je pense qu’on a une conscience des choses un peu différentes à ces moments-là.

Je pense aussi que je suis quoi qu’il arrive inspiré par le lieu dans lequel je me trouve. Si je suis dans une petite pièce très intimiste je vais avoir envie de jouer quelque chose de très doux, si je suis branché sur une sono je vais avoir envie d’être beaucoup plus expansif. Après dans l’écriture je m’inspire beaucoup de rencontres, de gens, de situations… C’est assez varié.

Et quand justement tu manques d’inspiration, où est-ce que tu vas la trouver ? 

Je cherche pas trop l’inspiration. Quand elle ne vient pas, j’insiste pas. Je suis plus dans un rapport de fulgurance, les meilleures chansons que je crois avoir écrites ce sont celles que je n’ai pas l’impression d’avoir écrites. C’est des chansons qui me sont venues un peu spontanément.

T’écoutes quoi toi en ce moment ? Qu’est-ce qui te plait ? 

C’est une bonne question parce que je fonctionne par phases. Et justement en ce moment j’attends la nouvelle chose qui va me donner envie de l’écouter en boucle. Récemment j’ai beaucoup aimé Aldous Harding, une chanteuse de Nouvelle-Zélande. J’ai aussi beaucoup écouté un groupe qui s’appelle Big Thief et Andy Shauf, un canadien qui a aussi fait un album où il joue tous les instruments. Ça m’a donné envie de le faire aussi.

Tu m’as dit que tu avais aussi beaucoup travaillé pour d’autres gens, notamment Clara Luciani mais aussi Woodkid… 

J’adore travailler avec d’autres gens, je trouve que c’est très complémentaire de mon travail solo. Avec Woodkid on s’est rencontré il y a très longtemps, on a travaillé ensemble sur son premier EP et son premier album. Il m’appelle le sound doctor.

Il arrive avec une chanson qui n’est pas forcement finie ou qui ne tient pas vraiment debout, et mon rôle c’est de trouver un solution. Parfois je vais juste changer un accord ou lui conseiller de faire de son refrain un couplet pour que le morceau s’épanouisse. Parfois je vais ne garder que la mélodie ou le rythme, c’est assez variable.

Beaucoup d’articles qui te sont consacrés qualifient ta musique d’élégante, c’est un adjectif qui te plait ? 

Pas forcément, ce n’est pas une recherche consciente. Ce n’est pas ce que je préfère qu’on dise de ma musique. Il y a plein de choses que j’aime artistiquement et qui ne sont pas élégantes.

Tu as choisi le pseudonyme Sage en référence à ton signe astrologique, le sagittaire. Si tu devais écrire ton horoscope pour les dix années à venir, ça donnerait quoi ?

J’espère que je continuerais à être surpris par la vie. Je crois qu’on est pas le même dix ans après, on est étranger à soi-même. Il y a dix ans je n’étais pas du tout là où je suis aujourd’hui, et j’espère que je serai encore surpris à l’avenir. C’est la meilleure chose qui puisse m’arriver.


Écoutez les premiers extraits de l’album Paint Myself