Nous avions rencontré Lili Poe lors de la sortie de son premier EP en 2015. Depuis, la chanteuse a fait du chemin et s’apprête à sortir son premier album Amours fragiles le 8 juin prochain. Sur ce futur opus, elle continue à nous parler d’amour mais en assumant cette fois toute sa fragilité et nous invitant à faire de même. On a discuté avec elle de l’importance d’être soi-même, de ses contrastes et de sa chanson d’amour ultime.

Ton album est à la fois mélancolique et optimiste. Dans les sonorités, tu mélanges aussi beaucoup de choses. C’était une vraie volonté pour toi de faire un album tout en contraste ?

Oui, je crois. Dans mon EP, il y avait déjà ce contraste-là. C’est pas ma personnalité d’être dans le tout blanc ou tout noir. Il y a toujours des contrastes dans ma vie, dans la manière dont je suis et dont j’aime aussi. J’ai besoin d’aller mal pour aller bien.

Tu finis l’album avec le titre « Mon territoire ». C’est un moyen d’assumer cette fragilité ?

Oui, c’est tout à fait ça. Pendant des années je me suis battue pour être parfaite, sans failles. Cet album m’a permis de dire que j’assume ma fragilité et que c’est mon mode de fonctionnement. La fragilité peut être belle à partir du moment où on l’accepte, on accepte qu’on aime et qu’on s’aime comme ça aussi. J’ai voulu mettre « Amours fragiles »  au pluriel parce que ça parle de différents types d’amours.

Ça a été difficile d’assumer cette fragilité ?

Je pense que le regard des autres est compliqué pour tout le monde. Il y a toujours ce truc de dire « si on est fragile, c’est pas bien ». L’important c’est qu’on l’assume et qu’on soit sur de soi. Et quand on l’assume on peut affronter les choses différemment.

Tu as sorti « Ça ira » comme premier single. Pourquoi c’était important pour toi de choisir ce titre pour lancer l’album ?

Cette chanson a une résonance particulière. Elle parle de ma fragilité par rapport à la musique. Ça fait longtemps que je fais de la musique et c’est pas un milieu qui est facile. Écrire aussi est quelque chose de difficile, c’est aller chercher dans des endroits qu’on avait mis de côté et les mettre en pleine lumière. Ce titre est une sorte de préface de l’album qui dit « voilà qui je suis, voilà mes failles ».

Le clip d’« Amour fragile » a été tourné à Lanzarote. Pourquoi avoir choisi ce paysage en particulier ?

Au début on voulait aller en Islande et je ne regrette pas du tout le choix de Lanzarote (rires). On avait envie d’un territoire lunaire, dévasté, désolé même. Quelque chose qui puisse être la métaphore de comment est mon coeur dans cette chanson. Comme si j’étais seule dans du rien.

Quand tu écris tu as déjà un visuel en tête ?

Oui, ma manière de faire de la musique est visuelle. L’image n’est pas dissociable de la musique pour moi. Quand j’écris, je suis très inspirée par le cinéma, par ce que je vois. Je travaille avec Medeline et au-dessus de notre studio il y a celui de la Sucrerie avec qui je fais tous mes clips. Dès que j’ai fini une chanson on va tout de suite réfléchir à ce qui nous vient.

Donc tu préfères travailler avec un collectif.

Oui, je suis pas très solitaire dans ma manière de travailler. J’aime bien confronter mes idées. J’ai autour de moi des gens très talentueux donc c’est très agréable. 

Sur l’album, il y a des featuring avec Soprano, Slimane et Jok’Air. C’était une évidence pour toi de les inviter sur l’album ?

Oui, ce sont des gens que j’aime humainement et que j’admire artistiquement. J’étais ravie qu’ils acceptent. C’est marrant parce qu’on m’a fait remarquer que c’était trois hommes. Je parle d’amour et il y a quelque chose de très féminin dans l’album mais ce n’est pas un album qui accuse l’homme. Au contraire, l’histoire c’est de dire qu’on a tous de la fragilité même les hommes.

Pour toi, c’est quoi la chanson d’amour ultime ?

Il y en a tellement. Mais je crois que c’est « Ne me quitte pas » de Jacques Brel. Je m’en lasserai jamais et rien que d’en parler j’ai des frissons. Il y a un truc qui est aussi fort dans le texte que dans son interprétation.

Si tu devais résumer ton album en quelques phrases ?

Je dirais que c’est un album qui dit d’accepter ses failles et de s’accepter soi. Je pense que c’est la clé pour être heureuse avec l’autre et trouver ce qui nous rend heureux. Et je pense qu’on peut pas aimer bien l’autre si on ne s’aime pas soi-même.


L’album Amours fragiles sera disponible le 8 juin prochain et Lili Poe sera en live aux Étoiles le 13 juin