Après avoir joué dans plusieurs groupes comme Rhum for Pauline et Elephanz, Thibaud Vanhooland a choisi de se lancer en solo sous le nom de Voyou. Après quelques shows, il signe chez le label en vogue Entreprise (Fishbach, Bagarre, Grand Blanc…) et a sorti son premier EP, On s’emmène avec toi, en janvier dernier. Avant de remplir la Maroquinerie le 9 avril dernier, nous avons rencontré l’artiste qui évoque avec nous son parcours et ses inspirations.

Comment tu définirais ton style musical ?

Je réponds souvent que je fais de la chanson pop électronique. Trois styles très génériques. C’est très difficile de mettre un genre sur une musique et ça peut paraître vite prétentieux.

Tu as commencé à t’intéresser à la musique avec la trompette, c’est ça ?

Oui, mon père était trompettiste. Je me suis très vite mis à jouer avec les trompettes qu’il y avait chez nous donc mon père à commencer à m’apprendre. Et quand j’avais 5 ans, il m’a mis au conservatoire.

Tu as aimé l’expérience du conservatoire ?

C’est une super formation pour plein de choses. Je suis content de savoir lire la musique, de comprendre l’harmonie. Ça m’a permis d’écouter beaucoup de musique classique et c’est quelque chose que j’aime encore beaucoup aujourd’hui.

Mais je n’ai pas vraiment aimé l’ambiance générale dans les conservatoires. On te forme pas à devenir compositeur, on te forme à devenir interprète pour éventuellement avoir une place dans une orchestre. Mais les places sont très chères et la concurrence est très rude. Donc les gens sont pas très sympas. Il y a quelque chose aussi de très pédant où les gens du conservatoire ont l’impression de dominer le game de la musique. En tout cas, ça me correspondait pas. Heureusement, je faisais du jazz à côté avec la trompette et ça m’a permis de voir qu’il y avait d’autres choses à côté.

Tu as joué dans beaucoup de groupes. T’avais pas une pression particulière à te retrouver seul sur scène ?

J’étais méga stressé les premiers concerts. Mais je pense que j’avais besoin d’être seul parce que ça faisait 9 ans que j’étais avec Rhum for Pauline, Elephanz, Pegase… Je sortais d’une expérience douloureuse avec l’album de Rhum for Pauline. On avait passé 3 ans en répét’, quasiment tous les jours, à des horaires où parfois on avait pas envie d’y aller. C’était très éprouvant. Du coup j’avais besoin de la simplicité, la facilité et la rapidité de composer tout seul pour me détendre et retrouver un plaisir direct avec la musique et le fait d’en jouer.

T’as attendu d’avoir un projet bien défini pour te lancer ?

La première année d’un projet c’est la plus importante. Dès que tu sors des sons, que tu fais des concerts, les gens ont déjà une idée très précise de ce que tu fais et peuvent te ranger dans des cases. J’avais envie d’arriver avec quelque chose de très prêt autant au niveau de l’image que du son, que j’étais capable de faire les choses sérieusement. J’ai lancé un morceau sur Internet. Je suis parti pendant trois mois au Canada pour composer plein d’autres trucs. Je suis revenu en France et j’ai fait mon premier concert.

Tu as signé avec le label entreprise. Comment s’est fait la rencontre ?

Mon manager, Séverin, a réussi à intéresser pas mal de labels et à en ramener à mon premier concert. À ce moment-là, Entreprise avait pas écouté le projet. Et j’avais vraiment envie qu’ils s’y intéressent parce que c’est un label que j’aime bien. Un jour, ils ont écouté le disque et un de deux boss est venu me voir. Ils étaient les derniers à montrer de l’intérêt pour le projet mais ils étaient les premiers à avoir un contrat à me faire signer.

Tu as dessiné la pochette de ton EP avec ton ami Cyril Pedrosa. T’as toujours été passionné par le dessin ?

Quand j’étais petit, la musique était quelque chose que j’étudiais et le dessin était pas de barrières. Je pouvais me lâcher. Quand je suis arrivée à Nantes, j’ai quitté le conservatoire et j’ai fait des classes d’art plastique. Mais j’ai un peu arrêté parce que j’ai moins le temps. Ce qui est cool c’est qu’avec ce projet-là, je me redonne des occasions de dessiner.

Qu’est-ce qui t’inspires visuellement ?

J’aime beaucoup l’art, la peinture, les installations, la photo. J’essaye d’aller beaucoup au musée, ça me passionne. J’ai été un gros boulimique de cinéma aussi. Vu que tout ça ce ne sont pas mes disciplines, je m’empêche d’essayer de comprendre ce qui se passe et je me laisse submerger par les émotions que ça me procure. J’ai déjà du mal à prendre du recul en écoutant de la musique donc avec tous les autres trucs, je préfère me laisser porter.

J’ai vu que tu enregistrais parfois des sons dans la nature ou que tu allais chercher des sons sur YouTube. Tu te sers souvent de ça pour composer ? 

J’enregistre souvent des choses sans but précis. J’aime bien pouvoir remettre une atmosphère. Comme je compose beaucoup en me plaçant dans des paysages, quand j’ai capturé un instant sonore du paysage, j’aime bien pouvoir le remettre ou aller sur YouTube pour rechercher ce qui me rappelle ça. Tu te projettes plus facilement si tu as un décorum derrière.

Tes textes sont très poétiques, légers et contrastent avec la tendance des textes un peu sombres qu’on entend souvent en ce moment.

Disons que je préfère voir les choses du bon côté. Je ne dirai jamais qu’on ne vit pas dans une époque de merde. Mais les gens ont tendance à se plaindre de ça et à porter le truc vers le bas encore plus alors que si tu commences à voir ça d’une manière plus positive, le truc va naturellement tendre à devenir plus cool. C’est vrai qu’il y a un truc oppressant dans les paroles de mes contemporains si je puis dire. C’est un constat très brutal et négatif. C’est pas une fatalité. Les gens oublient de regarder ne serait-ce que 30 ans en arrière et oublient que les choses ont évolué. Sur des droits fondamentaux par exemple.

Tu prépares ton premier album ?

Oui. Les délais sont très courts et j’ai beaucoup de dates. Donc ça va être intensif. Je bosse beaucoup en ce moment, je suis assez content de ce que je fais mais j’espère juste avoir le temps de tout finir.


Vous pouvez retrouver Voyou en live aux Francofolies et aux Vieilles Charrues