Trois ans après nous avoir emmené dans les étoiles avec son album Céleste, Hippocampe Fou est de retour avec un opus plus terrestre et plus personnel, Terminus. Le rappeur nous fait descendre cette fois-ci dans son terrier avec des textes plus introspectifs mais toujours aussi ludiques et insolites.

À l’occasion de ce voyage souterrain, nous avons rencontré l’artiste qui évoque avec nous la genèse de l’album, ses influences et son regard sur le rap français actuel.

Après Aquatrip et Céleste, tu reviens avec Terminus qui évoque la terre. Tu as voulu clôturer ta trilogie avec un voyage plus introspectif ? 

La terre me faisait les yeux doux depuis Céleste. J’ai transposé mon appartement dans un terrier. Le fait de trouver ce décor un peu atypique m’a permis de parler de choses qui m’étaient plus personnelles. Il y avait aussi cette idée de creuser, comme si le terrier se trouvait dans mon cerveau. Ça m’a fait du bien de le faire et j’espère que les gens auront cette impression que je me suis mis un peu à nu.

Il y a toujours un vrai univers autour de tes albums. T’as besoin de ça pour commencer à écrire tes textes ?

Oui c’est ça. Il faut toujours un univers et une fois que je l’ai, je peux parler de tout ce qui me touche avec une certaine cohérence au niveau de l’imagerie, dans le champ lexical choisi… Là, j’avais déjà l’image du terrier avant d’entamer l’album donc j’ai placé pas mal de fois le mot « terrier » et je file la métaphore dès le premier morceau, « Trou », qui est une sorte d’ego trip souterrain.

Tu as fait des études de cinéma. Est-ce que ça t’influence quand tu écris ?

Je suis très sensible à l’esthétique de manière générale. Je suis pas trop dans l’abstraction poétique. Tout ce qui est visuel me touche et je me suis dit qu’il fallait ramener de l’image dans quelque chose qui est purement auditif. À travers des clips, des métaphores, des images auditives… Ça m’a forcé à avoir presque une image par phrase.

Quels sont les cinéastes qui t’inspirent ? 

Ils sont nombreux mais il y en a deux que je cite régulièrement : Stanley Kubrick et Lars Von Trier. Dans chacun de leur film, il y a une envie de déranger et de se renouveler surtout. J’adore Woody Allen par exemple mais je trouve qu’il se renouvelle pas assez.

Il y a aussi les films de Miyazaki et Disney parce que ce sont des voyages dans des univers qui font rêver et qui sont parfois rassurants comme une housse de couette pleine de dessins (rires). Je dis souvent aussi que mon film culte c’est Le Magicien d’Oz. Dans l’album on peut dire que ça va de Lars Von Trier à Henri Salvador (rires).

Tu mêles pas mal de styles musicaux dans ton album : jazz, rap, musiques latines… Comment tu définirais ta musique ? 

Je dis souvent que je fais de la chanson rappée. Pour ceux qui sont pas des connaisseurs de rap, si je leur dis que je fais du rap, ils auront tendance à avoir certains clichés en tête : ça doit être revendicatif, ça doit être de l’ego trip, limite sexiste, etc. La chanson rappée, on peut se dire que c’est plus riche que ça.

Et tu n’abordes pas les mêmes thèmes que la plupart des rappeurs que l’on peut entendre aujourd’hui. 

Il y a plein d’univers, de personnages qui sont très originaux et que t’as envie de suivre. Malheureusement, on est souvent dans un champ lexical restreint. C’est un peu cloisonné. Je pense qu’il y a plein de mecs qui se contraignent parce qu’ils se disent qu’ils font du rap donc ils doivent avoir une attitude, ils doivent pas être trop sensible…

Je me suis demandé qui j’étais vraiment au lieu de me demander quelle était la tendance actuelle. C’est pour ça que je me suis associé à Max Pinto et Lucas Dorier, deux compositeurs qui savent toucher à tout et qui m’accompagnent aujourd’hui sur scène. L’idée c’était qu’ils puissent réaliser mes fantasmes musicaux et coller au mieux à des thèmes que j’avais envie d’aborder avec cette touche acoustique qui permettait aussi de se détacher du courant actuel.

Je vois que la musique évolue mais en France j’ai l’impression que c’est parfois de la copie de ce qui se fait en Angleterre, aux États-Unis… J’ai la sensation que ça stagne. Je pense que le public va en avoir marre de ces voix robotisées, déshumanisées. Il va peut-être avoir envie de revenir à quelque chose de plus traditionnel sans se fermer aux nouvelles technologies. L’idée c’est de rester actuel. Il y a une phrase de Nekfeu que j’aurais aimé écrire : « J’aimerais être contemporain autant qu’intemporel ». Il a résumé ce qu’on cherche tous à faire.

Tu ne t’interdis rien dans l’écriture ? 

Non, il faut que ça me touche et que ce soit sincère. Dans la littérature, on est aujourd’hui dans quelque chose où on se livre à travers des personnages que l’on invente ou pas. Il faut partir de soi pour parler aux autres. Jodorowsky disait récemment dans une interview : « Tout est un ». Ça revient au « connais toi toi-même » de la philosophie grecque. Donc pour cet album, je me suis dit qu’il fallait que je sache qui j’étais.

Après trois albums et plusieurs années de carrière, quelle est la chose la plus importante que tu as apprise ? 

Le plus essentiel c’est de faire la parfaite balance entre la vie privée et le côté personnalité publique. De jamais s’enfermer dans l’un ou dans l’autre. Quand je finis une tournée, au lieu d’être déprimé, je suis content parce que je vais retrouver mes enfants. Et au bout de 4 jours, j’en ai marre (rires). Ça permet d’avoir les pieds sur terre, de pas être trop auto-centré et de se perdre dans un personnage qui n’est plus vraiment toi.


Hippocampe Fou sera au Trianon le 30 novembre prochain