Après le succès de son premier album Come Back to Me en 2013, HollySiz est de retour avec le très réussi Rather Than Talking. À l’occasion de cette sortie, nous avons rencontré l’artiste qui a évoqué pour nous l’écriture de ce nouvel opus, ses inspirations et surtout l’importance d’être passionné.

© Dimitri Coste

Tu as écrit ton album entre la France, New York et Cuba. Qu’est-ce que tu retiens le plus de tes voyages ? 

J’ai une curiosité naturelle qui me pousse à voyager beaucoup. Dès qu’on sort de sa zone de confort, on arrive à s’ouvrir beaucoup plus. Grâce à ces voyages, il y a eu beaucoup de nouvelles rencontres, d’endroits improbables… C’est ça qui m’a le plus nourrie humainement et dans mon travail. Ce que j’écris n’est pas toujours autobiographique, c’est parfois l’écho d’une histoire que je m' »approprie » parce qu’elle me bouleverse.

Et dans l’approche des sonorités, tu t’es aussi nourrie de tes voyages ?

Oui, mes deux voyages à Cuba m’ont reconnectée à un disque fondateur, le premier que j’ai eu dans mon discman, Brasileiro de Sérgio Mendes. Je me suis rendue compte que ce disque avait vraiment influencé ce que j’avais aimé derrière. Ça m’a rapproché de « They Don’t Care About Us » de Michael Jackson, des premiers disques des Neptunes, de tout ce que fait Pharrell Williams. J’ai su très vite que dans cet album-là je voulais énormément de chœurs, de percussions mais aussi du hip-hop comme j’en écoutais quand j’avais 15 ans. Même si aujourd’hui le hip-hop est un peu la nouvelle pop.

Est-ce que tu étais consciente de toutes ces références au moment d’écrire l’album ?

C’est toujours très compliqué de commenter ce qu’on fait parce parfois c’est très inconscient. On sait de quoi on a envie mais on ne sait pas obligatoirement le cheminement qui nous a amenés à ça. Je me rends aujourd’hui compte qu’il y a un disque que j’ai beaucoup écouté et qui a sûrement influencé celui-ci, c’est le dernier album de Florence and the Machine. Je n’en parlais pas comme une référence et pourtant il a eu un impact très fort sur moi.

Pour mon premier album, j’ai mis des rayures rouges et blanches partout et je ne savais pas l’expliquer. Des années plus tard, j’ai retrouvé un photo où j’avais des mitaines rouges et blanches à la Kurt Cobain qui m’avait été offertes par quelqu’un pour qui j’ai écrit mon tout premier morceau. Et sur une autre photo, j’avais un micro sur lequel j’avais mis un scotch rouge comme si les mitaines continuaient. C’est là que j’ai compris d’où venait cette obsession pour ce visuel.

Pour ce nouvel album, tu as collaboré avec Luke Jenner, Owlle, The Skins… Comment ça s’est passé ? 

Ce que j’aime dans la musique, c’est le collectif. C’est un super vecteur d’échange et de rencontres. Pour Owlle, au moment où j’écrivais mon deuxième album, elle écrivait aussi le sien. Donc j’ai pensé à elle et le hasard a fait qu’elle buvait un café avec mon manager deux jours après. On a fini par écrire un morceau ensemble au détour d’une journée passée à fumer beaucoup de cigarettes et boire beaucoup de thé.

Pour Luke Jenner, je l’ai rencontré via ma meilleure amie. Pendant très longtemps, il n’a pas du tout été question de faire de la musique ensemble et de fil en aiguille on a écrit un morceau entièrement à quatre mains. Et le manager des Skins est un ami à moi, il voulait absolument que je les rencontre. Un jour je suis allée bruncher chez lui à New York, ils étaient là. À minuit, on avait écrit, composé, édité et produit un morceau (rires).

Entre la sortie du premier et du deuxième album, il s’est passé 5 ans. Ça a été instinctif pour toi de reprendre l’écriture ? 

J’ai jamais vraiment arrêté. Il y a juste un moment où j’ai eu envie de mettre de l’ordre parce que je me retrouvais avec 25 morceaux et je continuais d’en écrire.  Xavier Caux et Yodélice m’ont aidée à faire le tri. Ils ont un œil et un recul nécessaire. On est revenu aux squelettes même des morceaux. Sur cet album, je voulais que tous les morceaux qu’on enregistre tiennent en piano-voix ou en guitare voix.

Tu as réalisé le clip de « Fox », ton premier single. Pourquoi avoir choisi cette chanson pour passer derrière la caméra ?

Ma productrice exécutive m’a conseillée de le réaliser moi-même parce que j’avais une idée très précise de ce que je voulais. Finalement, ça a été une double frustration parce que quand j’étais en train de danser, j’étais pas pleinement dans la performance. Parfois je me retournais pour crier « Top à la grue ! » quand je savais qu’on me voyait pas (rires). Et quand Marion Motin prenait ma place dans le cadre, j’avais envie de tourner. Mais j’ai adoré l’expérience.

Pour le clip de Rather Than Talking, t’avais aussi l’histoire en tête dès l’écriture ?

J’avais écrit un premier clip mais c’était un péplum donc c’était infaisable. Ce dont j’étais sûre, c’est que je voulais parler de désir inassouvi, quelle que soit la raison. Je voulais aussi qu’il y ait beaucoup de monde à l’image et que ce soit positif. Thibault Dumoulin est arrivé avec une histoire plus recentrée sur les deux femmes.

Au départ, c’était juste cette histoire d’amour interdite. On s’est rendu compte au fur et à mesure de l’écriture qu’il y avait quelque chose d’encore plus universel à raconter sur l’absence de liberté de penser, de mouvement, d’aimer, etc.  Je ne voulais pas qu’il y ait de violence physique autre que par la danse, je voulais pas d’armes à feu, pas d’ecchymoses… Je voulais surtout qu’on dénonce une violence psychologique.

Tu danses dans quasiment tous tes clips. Qu’est-ce que ça représente pour toi la danse ? 

C’est ma première passion, c’est par ça que je m’exprime. Sur scène, je saute un peu partout. On fait pas des comédies musicales toutes les cinq minutes donc quand j’ai l’occasion de pouvoir bouger dans un clip, je m’en prive pas. J’adore travailler avec des danseurs et repousser mes limites.

Dans ta chanson « Unlimited », tu scandes des paroles très militantes. Qu’est-ce que ça t’inspire ce qui se passe depuis que l’affaire Weinstein a éclaté ? 

Ça m’inspire de l’espoir. J’espère qu’on va vite passer de très belles images à du concret. Il faut de vraies mesures que ce soit pour les victimes et pour éduquer les gens. Agissons, plutôt que de parler. Le fait d’être une femme, une artiste et d’écrire sur ce que je veux transmettre, c’est déjà un peu un acte politique mais je n’ai pas le pouvoir de changer des lois. Je peux prôner une parole avec des valeurs qui me parlent ou lancer le débat autour de moi.

La parole libérée, elle est là depuis longtemps. Là c’est plutôt l’écoute qui est libérée. La raison pour laquelle l’affaire Weinstein a eu ce retentissement, c’est parce que les victimes comme les présumés bourreaux sont identifiables donc les gens peuvent se projeter. C’est beaucoup plus parlant dans la tête des gens que Sylvie, caissière à Carrefour dont le directeur de rayon est tyrannique par exemple. Heureusement, grâce à ça, on parle aussi de Sylvie. Mais il y a encore beaucoup de travail. J’ai peur aussi dans l’autre sens quand on me dit qu’il faut changer La Belle au bois dormant parce que c’est pas consenti. Mais c’est intéressant que le débat s’ouvre.

Quelles sont les femmes qui t’inspirent ? 

Ma grand-mère maternelle, qui est celle qui m’a mise derrière un piano et m’a fait beaucoup chanter, a eu une influence importante. C’est une femme qui a arrêté d’être pianiste pour élever sa fille et parce que son mari n’était pas d’accord. Elle ne voulait pas ça pour ses enfants. C’est aussi ça qui a fait que ma mère était une femme très indépendante. Dans le milieu artistique, le parcours de Tina Turner ou de Florence Welch m’inspire. Une amie à moi m’a offert un livre de Susanne Sontag qui m’a beaucoup éclairée aussi. L’influence est partout, même dans les gens qu’on choisit autour de soi.

Et les hommes ?

J’ai en tête Patrice Van Eersel, qui a écrit sur les expériences de mort imminente. Il était journaliste et il a fait 4 ans d’enquête sur ce sujet. J’ai voué une véritable obsession pour son livre. Ce qui m’inspire, ce sont les gens qui sont portés par un sujet qui les amène ailleurs dans leur vie. Toutes les personnes passionnées me bouleversent.

Je viens d’acheter une petite maison au pays basque et mon menuisier est tellement passionné par ce qu’il fait que je pourrais rester des heures à parler avec lui. Depuis quelques jours, j’ai envie de devenir menuisier ou carreleur (rires). Je pense aussi à Ohad Naharin (Mr Gaga), chorégraphe de la Batsheva dance company. C’est même pas qu’il m’inspire, c’est que j’ai envie d’être lui (rires).


Écoutez Rather Than Talking