Gaspard va au mariage est à découvrir le 31 janvier au cinéma.

Après Happy Few en 2010, Antony Cordier est enfin de retour avec Gaspard va au mariage. Le réalisateur met en scène l’histoire de Gaspard, qui renoue avec sa famille à l’occasion du remariage de son père, dans le zoo familial. Il y vient accompagné de Laura, une jeune femme qui est chargée de jouer sa petite-amie. Les retrouvailles sont un peu tumultueuses et Gaspard doit composer avec les excentricités de sa famille – et les siennes.

À l’occasion de la sortie de cette comédie touchante et atypique, nous avons rencontré Antony Cordier au Terras Hotel qui nous parle de la genèse de ce troisième long-métrage, de son tournage et de ses personnages qui incarnent une vraie volonté de se détacher des comédies françaises actuelles.

Comment avez-vous eu l’idée de situer l’intrigue dans un zoo ?

Avec Julie Peyr, ma co-scénariste, on avait envie de faire une comédie dramatique et on cherchait un univers qui puisse nous permettre d’emmener le film ailleurs. J’ai toujours aimé les zoos et les films de zoos en particulier. On a tout de suite vu que ça nous permettait d’avoir des idées beaucoup plus singulières, colorées et poétiques. Tout d’un coup, on pouvait avoir un personnage qui se prend pour un ours.

Vous avez tourné dans le parc animalier du Reynou dans le Limousin, qui est resté ouvert pendant le tournage. Comment ça s’est passé ? 

Très bien. C’est un peu comme les acteurs. Il faut que les gens aient envie d’accueillir un tournage et là c’était le cas. C’est un zoo qui est très large mais qui est assez modeste. Il y a peu de personnes qui y travaillent, c’est très familial, comme dans le film. C’était quelquefois compliqué parce qu’on avait besoin d’approcher les animaux. Dans le film, c’est un zoo qui est censé être à la dérive donc ce qui m’intéressait c’était les zones les moins propres du zoo et ils ont pas forcément envie de les montrer (rires). Mais ça c’est très bien passé.

Vous avez découpé le film en 3 chapitres et un épilogue. Pourquoi avoir choisi cette structure ?

Je trouvais ça intéressant que chaque moment du film soit porté par un personnage et qu’il n’y ait pas vraiment de héros. C’est un film choral. Avec l’histoire de la fille ours, on voyait qu’on était dans le domaine du conte. Et pour que le film ressemble un peu à un livre pour enfants, on s’est dit qu’il fallait des nouveaux chapitres et des plans au ralenti pour figer le personnage.

C’est vrai qu’on pense forcément à Peau d’âne à cause de la peau de l’ours mais aussi parce qu’on a l’impression que le temps suspendu et que la famille est en dehors du reste du monde. Comment avez-vous envisagé ce côté fantastique de l’histoire ?

On s’est qu’il fallait y aller à fond et que l’univers du zoo était une chance. Ça nous a permis d’imaginer des personnages à part, qui ont d’autres références et qui vivent différemment.

Le hasard fait bien les choses dans le film puisqu’il s’ouvre sur une rencontre totalement fortuite entre Gaspard et Laura. Vous croyez au pouvoir du hasard dans la vie autant que dans la fiction ?

J’aimerais bien y croire. Dans la vie, c’est bizarre de tomber amoureux. On est pas sur, on s’interroge et on fait des sortes de sauts de foi. Quand j’ai rencontré ma femme, je faisais comme si j’étais en pleine confiance alors que je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer (rires). On est obligé de s’inventer une fiction.

Est-ce que vous pouvez m’en dire un peu plus sur les inventions farfelues de Gaspard ? 

C’était une manière drôle d’envisager le caractère génial de Gaspard. On cherchait quelque chose qui puisse être cinématographique et on a pensé qu’il pouvait être inventeur, comme Gaston Lagaffe en quelque sorte.

En m’intéressant à ça, j’ai découvert qu’il y avait un art japonais qui s’appelle le Chindōgu. C’est l’art d’inventer des objets pour la vie quotidienne mais le problème créé par l’invention est encore pire que celui qu’elle résout. C’était très poétique et très anarchique parce qu’on ne sait pas vraiment à quoi sert l’invention (rires).

Vous avez dit que « la comédie française d’aujourd’hui s’intéresse souvent à ce qu’il y a de plus mesquin chez les gens ». À l’inverse, vous proposez des personnages très attachants. C’était une vraie volonté ?

Oui, tout à fait. Ça correspondait à ce qui m’insatisfait dans la comédie actuelle qui ne s’intéresse qu’aux défauts des personnages. Je trouve pas ça très drôle. On a aussi des qualités qui sont nos faiblesses et c’est là où ça devient touchant. Ce qui devait être drôle dans le film c’est que Gaspard remet le doigt dans un engrenage quand il retourne dans sa famille. Cet engrenage c’est un torrent d’affection. Il est très aimé même si cette famille est un peu dingue. On a envie d’en faire partie.

© AGAT FILMS / Jeannick Gravelines

Le personnage de Max évoque le rejet de plus en plus massif des gens envers les zoos. Quelle est votre opinion là-dessus ? 

Ces dernières années, on a effectivement redéfini nos rapports aux animaux. Je le vois d’ailleurs dans les réactions que suscitent le film sur les réseaux sociaux. Il y a des gens qui ne sont pas contents que ça se passe dans un zoo. Souvent, ce que les gens ne saisissent pas, c’est que ceux qui s’occupent des zoos sont des amoureux des animaux.  Ils cherchent à redéfinir leur rôle. Ils ont conscience que ce n’est plus comme avant. L’idée ce n’est pas d’aller capturer des animaux en Asie ou en Afrique et de les ramener pour les mettre dans des cages.

Dans le Parc du Reynou par exemple, la plupart des espèces sont en voie de disparition. Ils les font reproduire en captivité et ça permet la sauvegarde de certains animaux. Je ne sais pas si les zoos c’est bien ou mal, c’est sans doute mal. Mais ce qui est important de comprendre c’est que les dresseurs, les soigneurs et les directeurs sont pris dans les mêmes questionnements que nous.

Vous avez collaboré avec Thylacine pour la musique. Qu’est-ce qui vous touche dans ses compositions ?  

J’aime beaucoup la musique electro en général.  Une amie m’avait emmené à un concert de Thylacine et j’avais vraiment adoré. C’était le moment où on préparait le film. Ce que j’aimais c’est qu’il y avait quelque chose de thématique et de mélancolique dans sa musique. Je me suis dit qu’il allait se charger de la mélancolie et qu’à l’image on s’occuperait de la comédie. C’était aussi l’occasion de rencontrer quelqu’un qui n’est pas de ma génération et qui a pu m’apprendre des choses.

Concernant le casting, vous aviez les comédiens en tête au moment de l’écriture ?

Non, je ne les ai jamais en tête. J’adore le moment du casting, on peut avoir plein d’idées. Par exemple, le personnage de Laura ne correspondait pas du tout à la personnalité de Laetitia Dosch. Quand je l’ai rencontrée, je l’ai trouvée fascinante, drôle et déstabilisante. Donc on a réécrit le rôle pour que ce soit elle. Il faut pas prévoir les choses pour se réserver la possibilité d’avoir des surprises comme ça.

Et c’est la deuxième fois que vous faites jouer Marina Foïs. 

Oui, elle a suivi le projet depuis son écriture. J’écoute toujours ce qu’elle me dit et un jour je lui ai proposé le rôle de Peggy. Et elle m’a dit qu’elle était même prête à jouer un zèbre si je voulais (rires).

Vous avez de nouveaux projets ? Oui mais ça va dépendre de ce qui va se passer avec Gaspard va au mariage. C’est un film qui a été très difficile à monter parce que ce n’est pas un film d’auteur et ce n’est pas non plus une comédie de pur divertissement. Si Gaspard rencontre un certain succès, je trouverai le courage de me réatteler à un sujet un peu difficile.


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