Rencontre avec Marie-Suzanne et Yoni alias Claire et Jonathan.

Le concept du spectacle des Franglaises est simple mais absolument génial : traduire les plus grands tubes anglais en langue française. Le résultat est hilarant et connaît un grand succès depuis quelques années puisque c’est la troisième fois que la troupe se produit sur la scène du théâtre de Bobino, à guichets fermés. Elle est même repartie avec le Molière du Meilleur spectacle musical en 2015, rien que ça. On a rencontré Marie-Suzanne et Yoni, alias Claire et Jonathan dans le spectacle, pour évoquer le futur du Viens-Retour, leurs inspirations et leur meilleur souvenir sur scène.

Bobino, c’est un peu votre deuxième maison. Le spectacle est complet jusqu’au 3 février. Vous faites la Seine Musicale les 12 et 13 mai prochains. Ce seront les dernières du Viens-Retour ou vous envisagez de poursuivre le spectacle ?

Yoni : On est en plein dans les réflexions mais je pense que c’est un projet qui va toujours vivre d’une manière ou d’une autre. On a mis beaucoup de temps à ce que ça se passe bien. On aime faire ce spectacle et il y a plein de choses à explorer. On verra comment on étend la chose, si on propose une nouvelle version, etc.

Marie-Suzanne : C’est notre 3ème Bobino, on est complet. C’est sûr qu’il y a de la demande vu l’effet positif qu’amène ce spectacle. La Seine Musicale c’est notre objectif pour finir la saison en beauté.

Comment choisissez-vous les chansons que vous interprétez dans le spectacle ?

Marie-Suzanne : On se crée un laboratoire où chacun ramène ses idées, des traductions, des chansons… Notre première façon de sélectionner ce qu’on va chanter c’est de voir si ça crée un décalage quand on traduit la chanson en français.

Yoni : Il y a une sorte de cahier des charges. Il faut que le morceau soit très connu. Il y a des morceaux qu’on a essayé de traduire et on s’est rendu compte que l’impact était moins fort parce qu’il y a une génération qui ne les connaissait pas. Avant, on ne faisait que traduire les chansons et maintenant il y a une deuxième partie avec une vraie histoire. On essaye aussi de trouver des morceaux qui servent cette histoire.

Vous vous interdisez de traduire certaines chansons parce que vous les aimez trop ?

Yoni : Il y a un fan de Radiohead dans la troupe et il ne nous a jamais autorisés à traduire les chansons du groupe (rires).

Pour la traduction à proprement parler, comment vous procédez ? 

Marie-Suzanne : On voit le rythme du morceau et on essaye de bien garder le groove pour que les gens soient dedans et entendent la même chanson mais dans d’autres paroles. On aime bien aussi que ça rime et que ce soit le plus chantant possible.

Yoni : On cherche la vanne au maximum aussi.

Dans le spectacle, vous mêlez chanson, burlesque, comédie… Quelles sont vos références ultimes ?

Yoni : Dans les références communes, il y a le Splendid, les Monty Python, les Nuls. On aime beaucoup l’humour anglais. Et on a aussi une culture très comédies musicales. On est fan de tous les classiques : Hair, Grease, Starmania… toute cette époque-là qui est très inspirante.

Marie-Suzanne : Friends, le duo Bacri-Jaoui. Les dessins animés aussi, Astérix, Lucky Luke… On est très cartoon.

Vous avez joué à l’étranger notamment à Londres et à Montréal. J’imagine qu’il y a une différence au niveau de la réaction du public. 

Marie-Suzanne : Ils sont souvent très forts en anglais (rires). Ça donne du rythme au spectacle. Ils devinent très vite les chansons que Yoni présentent. C’est très drôle de devoir s’adapter au public.

Yoni : Comme on est resté un mois à Montréal, on a dû beaucoup répéter et changer des choses dans le spectacle pour se coller à l’humour canadien. Par exemple, « le gosse n’est pas mon fils ». Pour eux, « gosse » ça veut dire « couille » (rires).

Votre but c’est surtout de rendre hommage aux chansons que vous interprétez. Est-ce que c’est aussi un moyen pour vous de « défendre » d’une certaine manière la langue française ?

Yoni : À la base, pas du tout. C’était vraiment pour se marrer. Mais à force qu’on nous le dise, on s’est rendu compte qu’il y avait un certain acte là-dedans, effectivement. On fait ça plus pour défendre notre culture et voir comment des Français s’approprient des choses qui ne sont pas françaises. Après, ce ne sont pas des choses qu’on renie. On était hyper contents de recevoir le Prix de la Francophonie par exemple. C’est cool de voir qu’il y a un impact à ce niveau-là.

Marie-Suzanne : C’est aussi pour critiquer l’anglais (rires). Et on travaille beaucoup le clown. On aime bien se dire que la chanson n’est pas la nôtre mais que c’est notre clown qui l’interprète. 

Yoni, tu es l’animateur du spectacle. C’est quelque chose que vous avez voulu faire naturellement ? Comment vous êtes-vous répartis les rôles ?

Yoni : Oui, c’était totalement naturel, à l’image de notre groupe en fait. On a commencé dans un petit cabaret où chacun a pris en main ce qu’il se sentait de faire. C’était assez similaire à ce qu’on était dans la vie.

Marie-Suzanne : On se connaît depuis très longtemps. On avait même fait un spectacle avant qui s’appelait « Lady Petits Maigres », une reprise des Dix Petits Nègres d’Agatha Christie. Yoni faisait déjà l’écrivain et nous les personnages de son livre. 

© Helene Pambrun

Est-ce que vous pouvez me citer votre meilleur souvenir sur scène ?

Yoni : C’est la première Cigale, qui était complètement folle. On a eu un coup d’accélérateur phénoménal. On est passé de la rue à l’Olympia en un an. À l’époque, on avait une intro où on était figé sur scène. Je me rappelle que le rideau s’est ouvert et que les gens nous ont accueillis comme des rock stars.

C’est la première fois qu’on avait des micros de notre vie. On avait une pression pas possible mais c’était hyper fort. Ça représentait beaucoup de choses pour nos parents, nos potes. C’était surréaliste.

Marie-Suzanne :  Oui, la Cigale c’était le lancement de quelque chose. Personnellement, mon meilleur souvenir je dirai que c’est le moment où j’ai chanté la chanson d’Edith Piaf que Yoni m’avait traduite en anglais pour faire une chanson à l’inverse dans le spectacle. Je m’attendais pas à ces réactions. Ça m’a fait très plaisir.

Est-ce que ça vous dirait de détourner des scènes de films ?

Yoni : On a déjà fait des films suédés sur Internet en s’inspirant de Michel Gondry. Jurassic Park, La Guerre des étoiles… en cheap. On délire beaucoup à reprendre des films comme Retour vers le futur avec Professeur et Martin pour Doc et Marty. Il y a tellement de choses à faire. On peut tirer le concept beaucoup plus loin avec des films, des auteurs, des graphistes… 

Qu’est-ce que vous diriez aux gens pour leur donner envie de venir vous voir à la Seine Musicale ?

Marie-Suzanne : C’est un spectacle complet mêlé de plein de personnes polyvalentes sur scène, qui font de la musique en live, qui dansent. On a l’impression qu’on va rester sur des traductions mais non. Il y a un retournement qui fait qu’on tient en haleine le public parce que nos personnages se développent et ça amène un autre humour que le concept de base.

Yoni : C’est un spectacle hyper vivant parce que ce sont des potes entre eux sur scène. La Seine Musicale sera autant un évènement pour le public que pour nous. C’est une très grosse salle. Ça faisait longtemps qu’on était pas dans ce genre de défi. On a envie que les gens viennent participer à ce défi avec nous.


Les Franglaises sont à Bobino jusqu’au 3 février prochain et à la Seine Musicale les 12 et 13 mai