Pour son vingtième film, le réalisateur Robert Guédiguian, entouré de ses acteurs fétiches, livre une fable subtile et aboutie.

C’est l’histoire du temps qui passe. Dans la calanque de Méjean, non loin de Marseille, une fratrie séparée par un drame il y a bien des années, se retrouve autour d’un père au crépuscule de sa vie.

Angèle (Ariane Ascaride), Joseph (Jean-Pierre Darroussin) et Armand (Gérard Meylan) ont pris des chemins contraires, mais ils ont en héritage la lutte sociale et les idéaux communautaires. La petite baie entourée de rochers escarpés est le lieu de leur huis clos. Elle invoque la nostalgie des années heureuses, quand la famille était réunie dans cette villa qui faisait leur fierté.

Le temps passe et l’histoire s’écrit autant pour l’équipe du film. Ascaride, Darroussin, Guédiguian, Meylan, des noms qui s’associent, des partenaires de longue date, à la vie comme à l’écran. Ces collaborations servent au récit filmique quand, pour évoquer un souvenir de jeunesse, des extraits de Ki Lo Sa (1985) – première réalisation de Guédiguian qui réunissait les trois acteurs – se glissent habilement à l’écran.  Des images à l’époque capturées dans la même calanque, comme un retour aux sources pour le réalisateur de Marius et Jeannette (1997), attaché à ses paysages natals.

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Le temps qui défile nous amène également à la réalité du monde actuel. Celle des bateaux de fortune qui, incessamment, sombrent dans les abysses de la Méditerranée, engloutissant avec eux les rêves et les espérances de centaines de migrants. Le clan dépeint s’est désuni quand l’une des leurs a été prise par la mer. Peut-être se reformera t-il, deux décennies plus tard, autour d’une fratrie épargnée par les flots. La Villa est également une histoire de fraternité, un foyer d’entraide.

Robert Guédiguian filme à la vitesse du réel, et cela donne des personnages qui se suffisent à eux-mêmes. Le rythme de ce nouveau long-métrage laisse au spectateur le temps d’apprécier les plans et de réfléchir à la subtilité des dialogues. On ne commente plus le jeu des comédiens, dont la complicité véritable ressort à l’écran. Place est aussi donnée à la nouvelle génération, dont fait partie Anaïs Demoustier, désormais membre de la famille cinématographique du cinéaste.

Robert Guédiguian s’est souvent vu attribuer l’étiquette d’auteur engagé. Dans son film, se pose plus largement la question de l’accueil des migrants, êtres humains singularisés sur lesquels un regard scrutateur est porté. Pourtant, la protection offerte pas les protagonistes à ces enfants nous apparait naturelle, car c’est bien la nature humaine qui prévaut. Lors de la projection, Jean-Pierre Darroussin a exprimé avec justesse une interrogation commune : « Et vous, le feriez-vous ? »

On vous conseille d’investir rapidement les salles de cinéma pour aller voir ce très beau film, délicat et émouvant.


La Villa de Robert Guédiguian, au cinéma le 29 novembre.

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