Les réalisateurs de Little Miss Sunshine reviennent en grande forme avec un film essentiel porté par un casting impeccable.

On est le 20 septembre 1973 à Houston. Billie Jean King affronte Bobby Riggs dans un match de tennis devenu légendaire. 90 millions de spectateurs sont devant leur écran pour un combat de champions que l’on a justement surnommé « La Bataille des sexes ». Cette bataille, Jonathan Dayton et Valerie Faris ont décidé de la porter sur grand écran. Les réalisateurs de l’acclamé Little Miss Sunshine sont de retour cinq ans après Elle s’appelle Ruby et ils sont au top de leur forme.

En s’emparant de ce célèbre épisode du sport mondial, les cinéastes ne se contentent pas de raconter un match. Ils le replacent dans un contexte militant qui semble affreusement d’actualité. À la fin des années 1960, Billie Jean King est la reine du tennis féminin. Avec huit autres joueuses, elle crée le Virginia Slims Circuit pour dénoncer les écarts de gains entre les hommes et les femmes remportés lors des tournois de tennis. C’est avec ça que débute Battle of the Sexes. La guerre est déclarée entre les vieux machos sûrs d’eux et les athlètes féminines qui ne comptent pas se laisser faire.

Ce contexte méconnu s’accompagne d’une histoire encore moins médiatisée, celle de la liaison entre Billie Jean King et de sa coiffeuse Marilyn Barnett (interprétée à merveille par Andrea Riseborough). Alors mariée à Larry King, la sportive découvre son attirance pour les femmes. Mais impossible pour elle de divorcer et encore moins de faire son coming out dans ce milieu d’hommes prêts à tout pour ruiner sa carrière. Elle verra Marilyn en cachette pendant au moins 8 ans. Dayton et Faris mettent enfin en lumière cette relation et pointent du doigt cette société qui n’a rien fait pour faciliter les choses. Merci pour ça.

Pour incarner Billie Jean King et Bobby Riggs, ce sont Emma Stone et Steve Carrell qui s’y collent. Le défi était difficile à relever et pourtant, les craintes s’effacent dès les premières minutes. Carrell est brillant en vieille star du tennis et showman provocateur tandis que Stone livre une performance phénoménale. L’actrice laisse toute la place à son personnage, devenant complètement Billie Jean King. Une interprétation émouvante qui confirme le talent indéniable de celle qui a brillé dans La La Land en début d’année. Allons jusqu’à dire qu’elle mériterait largement un deuxième oscar mais la concurrence sera rude (coucou Sally Hawkins).

Le scénario malin, drôle et subtil de Simon Beaufoy est porté par une mise en scène rythmée et intelligente qui renforce le propos du film. Vie privée et vie publique sont sans cesse mises en opposition pour mieux appréhender cette bataille des sexes qui s’annonce et les difficultés de Billie Jean King à vivre comme elle le souhaiterait. La musique achève de nous plonger complètement dans l’ambiance notamment grâce à cette scène sublime où Billie regarde Marilyn danser au son de Crimson and Clover de Tommy James & The Shondells.

Jonathan Dayton et Valerie Faris ont commencé à travailler sur ce film pendant les élections présidentielles américaines, lorsque Hillary Clinton ne faisait pas encore face à Donald Trump. Ils avaient même envisagé en ce temps-là de projeter le film à la Maison Blanche et d’organiser une grande fête. Une projection impossible à imaginer maintenant. Battle of the Sexes est donc une belle piqûre de rappel en ces temps où les inégalités sont toujours bien présentes dans nos sociétés et que les scandales ne cessent d’éclater… C’est un film également essentiel pour montrer et dire l’Amour, qui ne devrait sous aucun prétexte se vivre caché.

© Twentieth Century Fox


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