En 2015, LAAKE sortait son premier EP, 69. Un an plus tard, Nils Frahm remarquait son morceau « Swell » et l’intégrait à sa prestigieuse playlist du festival Piano Day. Depuis, le jeune compositeur français s’est produit au Printemps de Bourges, à Londres ou encore à Berlin. Son deuxième EP Piaano, sorti le 13 octobre dernier, fait la part belle à son instrument fétiche et aux mélodies oniriques teintées de mélancolie. Rencontre.

Tu as sorti ton deuxième EP le 13 octobre dernier, tu as fait pas mal de scènes cette année. Comment tu vis tout ça ? 

Super bien ! Je suis content d’aller jouer et de défendre mon projet. Je m’investis à fond. C’est chouette de voir qu’il y a des résultats.

Comment tu qualifierais ton évolution depuis la sortie de ton premier EP en 2015 ? 

Il n’y avait que trois morceaux sur mon premier EP. Il y avait de la voix dessus, c’était plus des chansons. Le piano était moins présent. Ce nouvel EP est un EP concept autour du piano. J’ai fait des recherches sur les textures, sur les sons. C’est enregistré avec un vrai piano, j’ai fait des expérimentations dessus. J’ai improvisé. Sur mon premier EP, j’utilisais plus des synthés.

Tu n’as fait ni le conservatoire ni d’école particulière pour apprendre la musique. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton parcours ? 

J’ai eu quelques cours quand j’étais à l’école primaire mais le solfège ne m’intéressait pas vraiment. J’ai commencé tout seul au collège à improviser. Tous les soirs quand je rentrais chez moi, je jouais du piano. À force de faire, j’ai commencé à enregistrer. J’ai toujours joué par envie. Je me suis jamais dit« là il faut que tu joues. » C’est ça aussi qui m’a donné envie d’aller plus loin. Je ne m’imposais rien, ça venait toujours d’une envie.

Quand j’ai commencé à me mettre au piano, j’écoutais beaucoup de rock. L’idée était de s’affranchir du solfège, des règles. C’est ça aussi le rock. Les mecs savent pas forcément bien jouer de la guitare mais l’énergie est là. Quand je jouais à cette époque-là, je faisais peut-être n’importe quoi mais je le faisais avec envie et détermination. C’est le rythme que je trouve très important. Cet EP je le trouve très rythmique. Le rythme, c’est une partie très importante de ma musique.

C’est quoi ton rituel quand tu composes ? 

J’ai un processus de composition qui est toujours le même. Je me mets devant le piano et je commence à improviser. Je compose souvent en même temps que j’enregistre. Comme ça je capture directement les idées. Après je duplique les pianos, j’ajoute des synthés, des basses.

Ça représente quoi pour toi le piano ? 

C’est un instrument très important pour moi parce qu’il me permet d’exprimer mes émotions. C’est un peu l’outil pour extérioriser ce que je ressens. Au lieu de crier ou de taper sur les murs, je me mets au piano. C’est un instrument très accessible. Tu appuies dessus et ça fait du son. Une guitare, il faut l’accorder. Là, c’est direct, instinctif et percussif.

© Gilles Mille

Comment définirais-tu tes compositions ? 

Il y a un terme que j’aime bien et que j’utilise souvent c’est « piano transe ». Le piano c’est un instrument classique. La transe c’est à la fois un état d’esprit et un style de musique. Il y a aussi une idée de répétition. Je me reconnais pas mal dans cette idée-là.

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ? 

J’écoute beaucoup Meute. C’est une fanfare allemande qui reprend des standards de l’électro. Il y a aussi Brandt Brauer Frick, un groupe allemand qui fait de la techno avec des instruments classiques. J’ai beaucoup écouté Jon Hopkins pour le côté électro, l’ambiance un peu dark. Ces deux projets-là m’ont pas mal influencé pour l’EP.

Tu accompagnes souvent tes morceaux de visuels assez oniriques, notamment pour le clip d’« Introspective ». Qu’est-ce qui t’inspires visuellement ? 

Pour « Introspective », ce que j’aimais bien dans l’Islande c’est son côté grandiose. D’un côté on a l’impression que c’est la fin du monde et de l’autre qu’on est sur la Lune ou sur Mars. Ce sont des paysages où tu peux ne croiser personne pendant des heures. Il y a aussi un contraste entre ce qui est dur et ce qui est magnifique. Je suis graphiste à la base donc ça m’aide beaucoup pour créer l’identité visuelle de mon projet.

Je ne suis pas forcément influencé par des films mais plutôt par des paysages que je vois. Mais j’aime beaucoup les films de Gus Van Sant. Il y a toujours une violence latente derrière. J’aime bien ce genre d’atmosphère.

J’ai vu que tu avais remixé certains morceaux. Qu’est-ce que tu aimes dans cet exercice ?

Je ne me mets pas du tout de barrière. Je n’ai pas de scrupules à déformer totalement le morceau et à ne garder que des petites bribes. J’ai l’impression de faire un morceau à moi avec un bout de ce qu’a fait quelqu’un d’autre.

Tu aimerais remixer quel artiste ? 

Je dirais Björk.

Un album est en préparation ? 

J’ai envie de faire un album symphonique. Je commence à travailler là-dessus. L’idée étant bien sûr d’enregistrer avec un vrai orchestre.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ? 

De faire plein de concerts et de continuer à faire de la musique le plus longtemps possible.


LAAKE sera en concert le 9 novembre au FGO-Barbara. Pour écouter son nouvel EP, c’est ici