C’est dans le cadre de l’édition 2017 du MaMA Festival que nous avons rencontré pour la première fois Zaza Fournier. Cette artiste au parcours déjà bien rempli revient (est-elle déjà partie ?) sur scène avec un projet pour le moins singulier : Le Déluge. Véritable spectacle hybride avant la sortie de l’album éponyme, Zaza Fournier a décidé de sortir des codes et des cases pour notre plus grand plaisir. À découvrir du 31 octobre au 4 novembre 2017 à l’Etoile du Nord.

En attendant, rencontre.

Comment vas-tu ? 

Écoute ça va bien. Je suis hyper bien entourée en ce moment. Ça me donne de la force ! Pour Le Déluge, on est trois sur scène mais on a le sentiment de n’être qu’une seule nouvelle identité.

Comment as-tu rencontré Diane et Juliette, qui t’accompagnent sur scène ? 

C’est une connaissance en commun, Magic Air avec qui j’avais travaillé sur mon précédent album, qui nous a mis en contact avec Diane. Je lui avais dit que je cherchais une nana qui puisse chanter tout en prenant à sa charge la rythmique sur scène, ce à quoi il m’avait répondu : « Faut que tu rencontres Diane ! » Et effectivement, elle est géniale, c’est exactement une Diane que je cherchais. Pour Juliette, ça s’est passé un peu différemment puisque je l’ai trouvé en tapant : « chanteuse violoncelliste » dans Google. (rires) Je suis tombée sur l’une de ses vidéos et ça m’a séduit immédiatement, donc je l’ai contacté ! Ce qui marche entre nous, c’est qu’elles ont un avis sur ce qu’elles font, et qu’elles ont chacune d’autres projets musicaux. Je ne voulais pas de choristes mais des chanteuses. Pour créer une sorte de monstre à six bras, trois têtes.

© Jules Lahana

Cette idée de construire un spectacle avant l’album, d’où est-elle venue ? 

À l’échelle de mon parcours elle est venue assez naturellement. Je suis « née » dans une major, j’ai fait deux disques dans un circuit très traditionnel, dans un rapport au temps très resserré. Et le troisième album, je l’ai fait seule ou presque, en licence et j’ai pris mon temps, ce qui était génial ! J’étais hyper heureuse de l’album. On est parti en tournée, et j’ai pu également faire d’autres projets à côté comme Garçon avec Carmen Maria Vega et Cléa Vincent. Finalement, je n’ai jamais été autant sur scène que ces trois dernières années et j’ai compris que c’était vraiment là que je me sentais le mieux. Pour moi, monter sur scène est incroyable et doit correspondre à bien plus que de simplement y aller pour défendre son album. Il faut s’approprier l’espace, offrir au public, les étonner ou au moins essayer de le faire. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu faire passer le live avant l’album cette fois-ci. J’avais envie de décloisonner, de proposer un format qui sorte des schémas classiques et qui sert également le propos.

C’est à dire  ? 

Dans Le Déluge, on évoque la difficulté de vivre ensemble, de continuer à exister malgré les schémas qu’on nous impose. Ce n’est pas aussi facile d’être libre dans une société aussi normée, qui aime particulièrement les cases. C’était important que ce « spectacle » soit le reflet de cette réflexion et donc se joue de l’habituel format album puis concert.

Le Déluge évoque aussi les monstres qu’on a tous en nous et qu’on ne lâche jamais n’est-ce pas ? 

Exactement. On est doué pour les contrôler. On gère nos pulsions constamment, on est à chaque moment en train de calmer les petites voix dans nos têtes ou nos envies primaires. Ces monstres foutraient sûrement un beau bordel dans de nombreuses situations si on les lâchait. Si nos monstres prenaient toujours le dessus, nous vivrions dans un monde avec beaucoup de sang et de sperme, mais ne peut-il pas y avoir un juste milieu ? Doit-on toujours tout contrôler ? Je pense que non. Pour moi, il est important aussi de se ressembler un maximum, d’être le plus fidèle à ce que tu es à l’intérieur de toi.

Et si là tout de suite tu suivais ton instinct, que ferais ou dirais-tu ?  

Je crois que je me lèverais et que je partirais. (rires) Non mais c’est une question intéressante ! Lorsque tu fais une interview, tu te forces toujours à mettre une sorte de masque. Tu filtres, tu fais attention. Tes monstres ne sortent pas, tu les gardes bien cachés. Mais au final, c’est le monde qui est fait comme ça, du moins celui d’aujourd’hui. Même quand tu es avec ta meuf ou ton mec, tu n’es pas totalement toi. Tu peux faire en sorte que ton filtre soit de plus en plus fin et poreux, mais je pense qu’on est éduqué à n’être jamais complètement celui qu’on est dans sa tête.

Comment arrives-tu à libérer tes monstres alors, sans en devenir un toi-même ? 

Déjà j’ai la scène pour me libérer, j’ai cette chance. Je ne suis jamais plus moi-même que lorsque je suis sur des planches ! Après, avec les gens que j’aime, je m’efforce d’être la plus sincère possible et de dire les choses comme je les pense, sans jamais faire de reproches. Je me livre, je ne compense plus, en tout cas j’essaye de le faire ! Je suis certaine qu’on peut tous apprendre à se libérer sans pour autant partir dans tous les sens. À vivre de manière plus vraie et fidèle. Et ça commence par la parole et dire les choses. C’est plus facile de se taire sur le moment, mais je ne trouve pas ça bon. Il faut dire les choses pour éviter qu’elles ne pourrissent à l’intérieur de toi.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ? 

J’aime tellement ce projet, je suis tellement fière des femmes qui m’accompagnent, de la façon dont on a monté tout ça, que je suis déjà très heureuse et reconnaissante de le donner à voir et entendre. Je m’estime vraiment chanceuse de vivre ça ! C’est vertigineux, c’est dingue. Alors je souhaite une longue vie au Déluge !