C’est à Brooklyn, entre 2009 et 2012, que la dream pop lo-fi de Beach Fossils voit le jour. Leur identité incarne alors ce que le jeune label Captured Tracks commence et continue à promouvoir ; une musique intrinsèquement liée à la ville de New York. Quatre ans après Clash The Truth et suite à plusieurs changements de line-up, le groupe revient en 2017 avec Somersault, un album plus expérimental et mature, toujours porté par l’écriture introspective et mélancolique de Dustin Payseur.

Lors de notre rencontre, quelques heures avant leur performance au Festival Lévitation d’Angers, nous avons eu la surprise de découvrir les trois new-yorkais sous un tout autre jour : ils sont déjantés. Malgré les blagues ponctuant chacune de leurs phrases (nous n’avons pas tout gardé !), nous avons pu en apprendre plus sur ce dernier opus et même récolter quelques références musicales inédites. « Sex on the Beach 2000 » ?

Qui fait quoi dans Beach Fossils ?

Tommy: Je suis Tommy Davidson de Beach Fossils. Je joue de la guitare et des claviers.

Dustin: Je joue de la guitare et je chante.

Jack: Je joue de la basse.

Pouvez-vous présenter les membres qui manquent ?

Dustin: Oui, ce ne sont pas de vrais êtres humains, ce sont des hologrammes.

Tommy: Ce sont des androïdes à intelligence artificielle. Des endosquelettes. « Hé, qu’est ce qu’il se passe, c’est Daniel, euh… c’est sympa de te voir. Salut, je suis le claviériste de Beach Fossils ».

Jack: « Euh… Anton, je joue… de la batterie » (haussement d’épaules).

Dustin: C’est bien son genre de mouvement, un haussement d’épaules.

Beach Fossils a joué à Rock en Seine et au festival Lévitation d’Angers. Comment s’est déroulée la tournée depuis la sortie du dernier album en juin 2017 ?

Dustin: C’est passé en un éclair. Nous avons commencé la tournée en Europe il y a environ quatre semaines, et avant cela nous tournions sur la côte ouest des Etats-Unis. Nous venons de sortir notre troisième LP, notre quatrième enregistrement en réalité… J’ai l’impression que What a Pleasure est un LP à ce stade. Disons que nous venons de sortir notre troisième album et demi.

Tommy: Nous sommes passés par tout, des petits concerts bizarres aux grands festivals délirants. Le meilleur moment pour moi, c’est lorsque nous tournions avec Nervous Conditions, un groupe basé au Royaume-Uni. Ils faisaient nos premières parties.

Lors de nos derniers concerts ensemble, pour les rappels, on faisait monter tout le monde sur scène et on jouait du Fatboy Slim, Wonderwall, Smells Like Teen Spirit, Le Seigneur des Anneaux… On devenait fous sur scène. C’était leur première tournée donc ils nous ont en quelque sorte entraîné dans leur excitation, mais ils nous ont aussi cramés.

Dustin: Ils réveillaient aussi le public. Quand le public était juste là, debout et trop sérieux, ils déboulaient et commençaient à pogoter et à pousser tout le monde. Ça ranimait les gens.

Des souvenirs de la dernière fois que vous avez joué en France ?

Tommy: La dernière fois que nous étions en France, il y a environ quatre ans, je me faisais pousser dans les rues dans une poussette, soûl. Nous avions joué à La Maroquinerie et à La Plage du Glazart.

Jack: C’était drôle de jouer sur une plage dans le sable. Plage Fossiles.

Comment en êtes-vous venus à vous rencontrer et former Beach Fossils ?

Tommy: Dustin a commencé le projet seul en 2009 et a travaillé avec le label Captured Tracks pour tous les albums précédents sauf le dernier qui vient de sortir. Jack et moi avons rejoint le groupe en même temps en 2012 et avons commencé la tournée avec Clash the Truth, qui est sorti en février 2013.

Nous avons rejoint le groupe parce que nous étions aussi associés à Captured Tracks. J’ai joué avec un groupe appelé Hoop Dreams et Jack a joué avec Craft Spells. On s’est rencontrés quand on tournait ensemble. Quand Cole de DIIV et John de Heavenly Beat sont partis pour commencer leurs propres projets, on est arrivés et depuis on est restés tous ensemble et on s’est mariés (rires) !

©Coralie Gardet

D’où vient le nom Beach Fossils ?

Jack: Il y a une rumeur selon laquelle c’était écrit sur une porte.

Dustin: Quoi ? J’ai dit ça ?

Tommy: C’est enveloppé de mystère.

Dustin: J’avais enregistré un tas de démos et j’avais besoin d’un nom pour  les envoyer aux labels. Je me torturais l’esprit pour trouver nom et je ne pensais pas que ça allait devenir un grand projet, alors je me suis dit : “Allez… Beach Fossils ».

Tommy: Quand on sera grands, on changera pour The 1975. Bon, on a découvert que c’était déjà pris alors ce sera The 1974,5.

L’album Somersault est sorti le 2 juin 2017 sur Bayonet Records. Dans quel contexte cet album a-t-il été composé et enregistré ?

Dustin: Changeant. Nous l’avons enregistré principalement dans notre studio de Brooklyn, dans d’autres studios dans le nord de l’État de New York, à Los Angeles, à Manhattan près de Union Square… Un tas d’endroits différents.

Nous avons pris quelques années, nous avons pris notre temps pour l’écrire et n’avons pas vraiment fait attention au temps que cela durait. Nous voulions simplement faire des chansons dont nous serions fiers. Tout ce qui s’est passé lors de l’écriture a vraiment inspiré ce qui est sorti sur l’album.

En ce qui concerne les paroles, c’est essentiellement mon journal. Je fais toujours les voix en dernier. Nous avions d’abord un album totalement instrumental. En deux semaines, j’ai ajouté toutes les paroles et les voix dessus, puis c’était fini. Ce n’est pas comme si j’avais écrit toutes ces paroles à cette époque.

Je garde des notes dans mon téléphone et je suis toujours en train d’écrire des trucs. A chaque fois que quelque chose se produit et que je ressens le besoin de l’écrire, je le transforme ensuite en paroles. En général, mes chansons ne parlent pas que d’une chose, le sujet change à chaque ligne.

Y a-t-il eu beaucoup d’expérimentation dans le studio ?

Jack: Je crois qu’à chaque fois que nous composions une partie, même si nous étions à la guitare ou que nous imaginions le rendu sur un autre instrument, nous ne voulions pas nous retenir. Nous ne voulions pas penser à ce que ça donnerait en live.

Tommy: Je pense qu’il était important pour nous de ne pas penser notre musique seulement comme de la “musique de guitares”. Nous voulions faire quelque chose de totalement différent, nous voulions obtenir la liste de tous ces instruments que nous pourrions potentiellement ajouter à notre album et créer tous ces différents arrangements. Nous avons fini par tous les utiliser.

Dustin: Sauf le vibraslap. Vous connaissez la chanson « Crazy Train » ? Écoutez-la. Nous essayons au maximum d’interpréter notre musique nous-même alors nous avons trouvé un studio qui avait un clavecin, Tommy s’est mis dessus et c’était génial parce qu’il était super vieux et vraiment difficile à jouer.

Mais même les parties de cordes, nous les avons écrites nous-mêmes. Il a fallu 17 heures d’écriture. Nous sommes restés debout toute la nuit, nous devions aller au studio deux heures après avoir fini. Des musiciens professionnels sont venus et ont interprété les partitions que nous avions écrites, c’était incroyable !

Tommy: C’était l’un de mes moments préférés du disque. Tu es si euphorique… Tu vois le soleil se lever et tu te dis : “Je dois aller au studio maintenant”.

Dustin: On travaillait vraiment dur sur le disque et on se battait beaucoup à ce moment-là. On était tellement en manque de sommeil, on écoutait les chansons tous les jours et on se disait : “Cet album est nul, on devrait le jeter”. Puis on est allés au studio, ils ont commencé à jouer les cordes et littéralement, je pleurais, ça rendait tellement bien. Ça a marqué un tournant.

Pourquoi sortir l’album sur Bayonet Records plutôt que sur Captured Tracks ?

Dustin: Parce que je ne pouvais pas avant. Ma femme était responsable du label chez Captured Tracks et elle a démissionné, alors nous avons commencé Bayonet Records ensemble il y a quelques années. Nous avons sorti une poignée d’enregistrements et c’est en quelque sorte le meilleur label de tous les temps. Nous signons toujours des artistes incroyables.

Tels que ?

Dustin: Drake, ACDC, nous allons sortir le nouvel album de Madonna, le projet drum and bass de Mick Jagger (rires). Non, nous avons beaucoup de choses à venir. Nous avons sorti Frankie Cosmos, Jerry Paper, Warehouse, Lionlimb…

D’où vient le nom de l’album, Somersault ?

Dustin: Juste un brainstorming, on a balancé des mots et celui-ci est resté.

Comment c’était de travailler avec Rachel Goswell de Slowdive sur « Tangerine »? Comment en êtes-vous venu à collaborer ensemble ?

Dustin: C’était une excellente relation en ligne. Nous étions dans une chatroom sur AOL pour Slowdive et son nom était « Slowdivefan1 » et j’étais là : « C’est mon rêve de rencontrer Rachel de Slowdive ! », et elle était là : « Je vais faire de ton rêve une réalité ». Ce n’est pas vrai, mais ce sont vraiment les gens les plus cool du monde. A grandir en les écoutant, j’ai toujours pensé qu’ils étaient vraiment sérieux, puis un jour tu les rencontres et ils sont hilarants.

Tommy: Nous l’avons en fait rencontrée un mois après que le morceau soit terminé. Tout s’est fait virtuellement. Elle a enregistré dans son studio au Royaume-Uni et nous avons enregistré la chanson à New York.

Dustin: Ils sont venus jouer deux concerts à New-York alors nous avons fait du karaoké avec eux. Tommy et moi étions en train de chanter quand j’ai enlevé ma chemise et relevé mon caleçon. C’était la première fois que je la rencontrais mais en jetant un coup d’oeil j’ai vu qu’elle était en train de prendre une vidéo et de rigoler alors je me suis dit : “OK, elle est cool”.

Selon vous, quelle chanson caractérise le mieux l’album ?

Dustin: Elles sont toutes si différentes. Lorsque nous avons commencé à écrire, nous nous sommes dit que nous allions faire un album de trip hop, ce qui n’est finalement pas le cas mais nous en avons des éléments. Dans un sens, « Social Jetlag » résume bien ce que nous voulions essentiellement faire. Je suppose que « Saint Ivy » encapsule cette vision plus sombre que nous avions au niveau des paroles et de l’instrumentation.

Est-ce que certains thèmes sont récurrents dans cet album ?

Dustin: C’est juste moi qui écris à propos de ma propre vie, de mes luttes personnelles… de se faire de nouveaux amis et de perdre de vieux amis…

Quelles ont été vos influences sur cet album en particulier ?

Tommy: Du trip hop des années 1990 en ce qui concerne la batterie. Beaucoup de bandes originales de films pour s’inspirer d’arrangements de cordes ou juste de styles de production… David Axelrod, Serge Gainsbourg, des choses comme ça.

Jack: Des percussions jazz et hip hop. Tout ce qui ressemble à une sorte de sample.

Des sons préférés en ce moment ?

Tous: Wiki, A$AP Ferg, Post Malone, John Williams, Slowdive, Mr. De ‘ »Sex On The Beach 2000″.

Des dernières remarques ?

Tommy: Cette publication a été approuvée par Post Malone 2017 (rires).


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