Festival Cordes en Ballade, « Boxe Boxe », sortie d’un disque avec le compositeur de musiques répétitives Marc Mellits… le Quatuor Debussy irrigue sa culture du partage dans l’enseignement, à la rencontre d’autres genres qu’ils soient hip-hop, jazz, ou de cultures différentes, et jusque dans la danse et le théâtre. Une poésie contagieuse.

Les cordes sont faites pour s’emmêler. C’est cette petite réflexion qui a germé en nous en sortant de l’entretien avec Christophe Collette au Théatre du Rond-Point. Rencontré peu de temps avant les dernières représentations de « Boxe Boxe » du chorégraphe Mourad Merzouki, spectacle de danse où le quatuor joue, on peut affirmer que la musique classique n’a pas dit son dernier mot : et c’est peut-être même là où se rencontre le renouveau des arts. Et qui aurait pu dire que la boxe, la danse et la musique classique se seraient mariées avec autant de poésie ?

Probablement les programmateurs de la Maison de La Danse et la Biennale de La Danse à Lyon, deux institutions dirigées par Guy Darmet qui ont rapproché le quatuor et le chorégraphe lyonnais.


« Boxe Boxe » : gants de velours

Dans ce spectacle, « on détourne les objets de la boxe pour en faire quelque chose de poétiques et musical : les gants deviennent des notes, le punchingball un métronome … » On ouvre un univers entre trois comètes : la danse inspirée du hip-hop, la boxe et la musique classique.

S’ils ont mis « six mois à vraiment comprendre ce que l’on recherchait » entre musiciens et chorégraphes, le spectacle inspire un sentiment d’onirisme et de poésie festive. Départ sinueux dû au préjugé évident : « j’imaginais pas du tout des choses poétiques du XIXème siècle comme musique, plutôt des pièces plus percutantes du XXème pour donner le punch rythmique nécessaire aux danseurs venant du hip-hop ». C’est « La jeune fille et la mort » envoyée à Mourad Merzouki et aux danseurs au bout de trois mois qui provoque le déclic lyrique. Des parties de Schubert, Ravel, Verdi, Gorecki… en découlent et le solo inspiré par Schubert et les quatre musiciens très impliqués sur scène émeuvent aux larmes, quand ils ne prêtent pas au sourire derrière les fulgurances comiques et acrobatiques des danseurs.

« On est arrivé avec une quarantaine de tableaux musicaux, le corps de danseur et le chorégraphe ont fait le choix et pour le quatuor nous avons fait le pari qu’on ne jouerait pas deux scènes au même endroit ».

Depuis 1994, les quatre lyonnais développent cette volonté de bâtir avec d’autres des spectacles, reconnaissants que chaque chorégraphe propose des solutions pour les inclure et leur donner « une place toujours surprenante ».

 

Quatuor Debussy : alchimie et créativité

Si l’œil de Christophe Collette pétille lorsqu’il déclare qu’il y a « encore plein de choses à inventer », l’histoire du Quatuor est celle de création. Marc Vieillefon (deuxième violon), Vincent Deprecq (alto), Cédric Conchon (violoncelle) et Christophe Collette (premier violon) se rencontrent à Lyon au Conservatoire Supérieur où ils étudient. Avec un passage du monde étudiant à l’univers professionnel qui se fait progressivement avec la chance d’avoir deux orchestres symphoniques, celui de l’Opéra et celui National de Lyon, permet aux étudiants d’être vite intégrer et de se rencontrer. L’alchimie entre ces hyperactifs se fait autour du « Levé de Soleil » de Joseph Haïden considéré comme le « Maitre du Quatuor ». Titre pour le moins symbolique, voir prophétique, l’homogénéité naturelle entre les quatre musiciens se prouve vite avec le premier Quatuor Debussy.

« L’avantage du nom c’est d’abord qu’il évoque la touche française, reconnaissable tout de suite à l’international, et ensuite ce son nous correspondait : cette patte très française, toute en finesse, en pastelle qui colore des notes de musique ».

La synesthésie paraît évidente, presque traditionnelle : « dans le quatuor de Ravel je vois des tableaux, des images… Le croisement des arts est essentiel, ça existait déjà à l’époque des grands compositeurs français qui travaillaient avec des chorégraphes, des danseurs, des poètes et des peintres ». D’où cet appétit à décloisonner la musique classique, comme pour « Boxe Boxe » où ils l’apportent là où l’on ne l’attend pas : « surprendre dans ce qu’apporte la musique ». Toute une philosophie dont la quintessence se retrouve dans le Festival Cordes en Ballade.

Une philosophie du partage

Quand on demande quelle philosophie anime le quatuor, la réponse est immédiate : « La musique pour tous et partout, si possible toutes les musiques et dans tous les arts ».

Habitués à partager des scènes avec des danseurs des musiciens d’autres genres, collaborant avec les plus grands compositeurs contemporains tel que leur ami Marc Mellits avec qui ils ont réalisé un disque où les structures répétitives entre douceurs harmoniques envoutantes et parties fortissimo tonitruante, frisant avec le rock, le Festival Cordes en Ballade est le point d’orgue de ce que les lyonnais font de mieux : communier. 18 quatuors, des jeunes qui viennent découvrir comme ceux au niveau déjà professionnel nommés « nouveaux talents », une scène Off appelée « Les échos » et qui irrigue d’autant de concerts dans les petits villages ardéchois : en 13 jours les Cordes en Ballade font plus de 23 concerts, en plus des enseignements.


Cette année le thème « Cultures en Harmonies » est le meilleur représentant de cette volonté inépuisable de partage, et c’est encore Christophe Collette qui en parle le mieux :

« Après des thématiques passées sur des zones géographiques, des époques, ou des instruments ou ensemble, le thème « Cultures en Harmonies » répond à une problématique actuelle qui nous questionne d’un monde troublé où chacun à tendance à se refermer et voir que des étrangers. Etranger entendu dans un sens très large bien au-delà de l’ethnie, la religion ou couleur de peau. Nous préférons toujours apprendre quelque chose des autres que de nous dire qu’on ne partage pas le même monde.

L’idée de ces cultures en harmonies c’est prouver que la différence dans l’art, en particulier celui de la musique, est un facteur de rassemblement plus que d’éloignement. La musique peut être une solution pour se rapprocher. Ce n’est pas un message politique, c’est réellement artistique : l’autre est différent et ça va m’enrichir. Notre expérience du Quatuor nous a toujours mené à cette conclusion.

Le festival est aussi un laboratoire, essayé de créer des choses, beaucoup de rencontre cette année. Par exemple avec le violoniste Jasser Al Youssef entre musique arabe et jazz.

On sent que le public nous fait une confiance absolue, on a la chance de voyager toute l’année ce qui fait que l’on peut ramener n’importe quel ambassadeur, de plus en plus d’artistes ».

Alors oreilles curieuses, si on se mettait au classique ?

 

Retrouvez le Quatuor Debussy au Festival Cordes en Ballade du 4 au 16 juillet en Ardèche, et sur leur page Facebook