12 juin 2016 : 49 personnes perdent la vie suite à une attaque terroriste dans une boîte de nuit à Orlando. Un an après, le projet Dear World rend hommage aux victimes directes et indirectes (police, famille, amis…) de ce drame.

Des portraits. Voilà comment Dear World a choisi de faire face aux attentats qui se multiplient depuis quelques années. Depuis 2010, Robert Fogarty (créateur du projet) a pris l’habitude de rendre hommage aux victimes de ces drames en laissant la parole à leurs proches. C’est donc déjà plus de 70 000 personnes de 30 pays différents qui ont été photographiées pour partager leur histoire. Et c’est là la particularité du projet : le message très personnel que le sujet fait passer en l’écrivant sur sa peau.

Dans le cas d’Orlando, Dear World a donc lancé le projet Dear Orlando. 25 portraits tous plus émouvants les uns que les autres ont été postés sur les réseaux sociaux le jour de ce funeste anniversaire. Chaque sujet a participé à une longue interview et est ensuite passé devant l’objectif de Daymon Gardner. Le visage fermé, émotif, ou au contraire souriant, tous avaient un message à faire passer.

Omar Delgado est un officier de police au département de police d’Eatonville, une banlieue d’Orlando. Il est retourné au club avec Dear World après avoir assisté à cette interview.

« La musique était éteinte, seules les lumières disco étaient en marche. Il n’y avait pas de bruit. Seulement nous qui parlions, nos radios. (…) Des téléphones ont commencé à sonner partout dans la pièce. Celui qui m’a interpellé, c’est l’iPhone qui était à côté de mon pied et qui continuait à sonner, encore et encore et encore. Je regarde le mur, je regarde l’ouverture et j’ai regardé vers le bas, j’ai regardé derrière moi, j’ai regardé vers le bas, j’ai regardé  derrière moi. Je savais ce qui se passait. C’était juste un téléphone, mais il a retenu mon attention. J’ai vu le nom de la personne qui appelait, sa photo. J’étais comme : ‘Je sais que cette personne ne sera plus jamais en mesure de répondre’. Ça sonnait, encore et encore, et ça vibrait. Le sang se déversait de ces pauvres gens. Ça a commencé à faire une mare de sang. C’est à ce moment-là que ça m’a frappé :  c’était quelque chose de vraiment sérieux. »

Marissa Delgado est une survivante de l’attaque au Pulse night-club. Son ami, Stanley Almodóvar, est mort cette nuit-là.

« Avec le temps qui passe, tu réalises : « c’est vraiment arrivé, ça t’est arrivé à toi et il (Stanley) n’est plus là’. Quand tu vois plusieurs personnes se faire assassiner, quand tu es retenue en otage, quand tu te fais frapper par des bombes et que des choses vous tombent dessus et qu’après vous, vous vous retrouvez dans un hôpital, c’est un surplus de choses que les gens ne comprendront jamais. Je n’attends pas d’eux qu’ils comprennent, mais ça m’énerve quand les gens posent des questions du genre : « Comment ça va un an après ? », ou « Comment tu t’en remets ? ». M’en remettre ? 

Vous pensez que je suis censée m’en remettre parce que ça fait un an ? Non, ça ne se passe pas comme ça.

J’ai perdu un amis là-bas. Je me souviens quand Stanley mangeait des nuggets de poulet, il devait aller chercher des poids et les mettre sur ses chevilles et ses bras. Il était déjà arrivé à 120 livres et il essayait de perdre encore plus de poids. Il surveillait tellement son corps. Il disait : « Aller les filles, je dois rester mince. Après ces nuggets, je dois faire du sport. »

Je me souviens que l’on a été marcher et courir un peu, et j’ai dit : « Non, je suis grosse, tu cours et je vais rester à la marche rapide ». Et il m’a répondu : « Non, allez, tu dois y mettre plus de motivation ». J’ai toujours étépeu sûre de moi à cause de mon poids. Il me disait tout le temps : « Tu dois sortir de ta coquille. Il y a des filles plus grosses dehors, elles sont fières d’elles-même et elles s’en fichent’ »

 Il a toujours voulu que je me sente bien avec moi-même. (…) C’était Stanley.

Tout le monde a besoin d’un Stanley dans sa vie. »  

Jaimee Hahn est infirmière à Orlando Healt, elle travaillait le soir des attentats.

« On a été appelé parce que l’hôpital avait besoin de toutes les infirmières traumatologiques. J’ai simplement dit : « Oh, ok ». Je suis descendue, j’ai mis des gants et je suis rentrée dans une pièce pleine de personnel. J’ai regardé autour de moi et je me suis demandé ce qu’il se passait.  Il n’y avait aucun patient. Et là quelqu’un m’a expliqué que l’on attendait des blessés de fusillades. Ok. Je me suis dit, on le fait tout le temps. On m’a alors dit : « Il y en a 20 ». J’ai répondu : « 20 ? Tu veux dire que quelqu’un a été touché 20 fois ? » Et ils m’ont répondu : ‘Non, il y a 20 patients’. J’étais en train d’assimiler la nouvelle et à peine 5 secondes plus tard, le premier est arrivé. Puis le second… Et ça ne s’est jamais arrêté. Les blessures étaient très graves.

Dr. (Michael) Cheatham a dit : « Appelle la salle d’opération. Dit leur qu’on arrive. » J’ai appelé la salle d’opération : « Vous êtes prêts? » « Oui, on est prêts » « On se voit dans 4 minutes ». C’est le temps que ça a pris pour aller jusqu’à l’ascenseur, appeler l’ascenseur et se diriger vers la salle d’opération au premier. Quatre minutes.

J’ai regardé le docteur. Il m’a regardé et on a ensuite tous les deux regardé la patiente. Je regarde le moniteur et la patiente pleure. Elle nous demande ce qui s’est passé. Elle veut voir sa mère. Elle veut voir sa soeur. « S’il vous plaît, pouvez-vous appeler mon frère ?’ » Oui, on le fera. C’est un court trajet en ascenseur, 30 secondes peut-être. On sort et on se retrouve face à une double porte. C’est là. On appuie sur le bouton sur le côté. La porte s’ouvre et le docteur se tient devant nous. Elle a son matériel. Elle est prête.

Cette nuit-là, j’étais chargée d’appeler la salle d’opération et d’annoncer les nouveaux patients. On avait juste à passer les portes et ils étaient prêts. Je n’avais pas réalisé qu’ils avaient appelé du renfort. J’étais trop occupée à sauver des vies »

Dear World a donc pour but de réunir les gens à l’aide de messages fort partagés sous forme de photographies. On sait que ce n’est pas pleinement positif, mais chez COCY, on a tenu à partager avec vous ce projet qui a su faire d’un moment sombre, une belle initiative !


Pour découvrir la collection complète de Dear Orlando, ainsi que les autres projets de Dear World, ça ce passe sur leur site internet ou sur leur page Facebook et Instagram !