C’est au sixième étage d’Universal qu’on a rencontré l’artiste Disiz la Peste (signé chez Polydor), cet OVNI du rap qui nous a livré le 9 juin dernier son onzième album Pacifique après un franc et direct Rap Machine en 2015. Si certains artistes ont parfois du mal à se réinventer ou prendre des risques, il n’en est rien pour Disiz la Peste, toujours souriant et évoquant avec nous sa vision du rap et de cette nouvelle sortie.

Petits déjà, on l’écoutait. Aujourd’hui encore, Disiz la Peste nous plaît. Presque comme un bon pote, l’artiste nous a suivi (ou sûrement l’inverse) durant toutes ces années, enchainant les projets, se renouvelant sans cesse, tentant, expérimentant mais restant dans le creux de nos oreilles. Avec Pacifique, il surprend certes mais ne déçoit pas, bien au contraire.

Lorsqu’on lui demande comment il va au lendemain de la sortie, le rappeur n’hésite pas à nous affirmer que le chemin a été long et difficile pour ce nouvel opus: « ça a été difficile car tout le monde ne comprenait pas la direction que je voulais prendre avec « Pacifique », beaucoup de personnes n’étaient pas d’accord car elles ont une vision très arrêtée du rap. J’ai eu énormément de déceptions mais j’ai aussi eu de véritables soutiens, notamment Stromae avec lequel j’ai collaboré »

En effet après Autre Espèce, c’est avec le titre Splash en collaboration avec Stromae que le public avait pu en découvrir plus sur le nouvel album. Un titre aussi puissant en mots qu’en instru, qui évoquait l’abandon et la solitude. Très vite on avait senti naître chez Disiz la Peste une attirance vers la pop, vers le mélange de styles. Styles avez-vous dit ?

« Pour moi le « style » est quelque chose que les maisons de disque et les journalistes ont décidé, ont créé. Je préfère penser l’album comme une multitude d’émotions. J’ai besoin de les sortir et je le fais de la manière qui me semble la plus justifiée. Si je trouve qu’une émotion ou ce que j’ai à dire sera mieux servie avec un sample électro ou des mélodies pop, pourquoi est-ce que je me l’interdirais ?  »

Et ce qu’il a à dire, Disiz la Peste le fait aussi bien en rappant qu’en chantant sur cet opus composé de vingt titres aux multitudes de couleurs, d’histoires et de sentiments. Avec son phrasé habituel, les sons s’enchainent et nous livrent des émotions pures où la mélancolie prend place sans jamais laisser le positif de côté.

« On me dit souvent qu’il y a de l’espoir dans mes chansons. Je ne m’en rend pas toujours compte. Comme pour  « Qu’ils ont de la chance », je parle du deuil, de ce moment où l’on se sent perdu, où l’on ne sait plus quoi penser. Mais j’aime aussi apporter du positif, montrer qu’il y a toujours un moyen de se relever. En réalité je n’aime pas quand c’est tout blanc ou tout noir, je préfère la nuance. Il y a du mauvais et du bon dans tout. Ça permet aussi à chacun de prendre ce qu’il veut dans un morceau selon son humeur ou sa vie. »

Et c’est ce qui fait la force et la longévité de l’artiste. Pacifique, pour sa part, parle à beaucoup et s’approprie facilement quelque soit sa vie, son passé, son futur. Comme le dit si bien Disiz la Peste « j’espère faire battre les coeurs avec cet album, je m’inspire de beaucoup d’artistes qui font battre le mien alors si je peux y arriver aussi ça sera ma plus belle réussite ».

Mais plus qu’une envie de toucher les coeurs, l’artiste souhaite également pouvoir envoyer un message aux jeunes générations qui souhaitent se mettre dans le rap. Car si pour lui il n’est jamais trop tard pour se lancer, Disiz la Peste rappelle grâce à cet album que le rap n’est pas ce que les autres en disent, ce que les autres en pensent mais ce que l’on veut en faire. Le rap n’a de limites que celles qu’on veut bien lui imposer, voilà le message que fait passer l’artiste.

« C’est peut être un peu mégalo mais j’aimerais bien qu’un petit de quinze ans, comme j’ai pu l’être, puisse commencer à rapper sans penser qu’il n’y a qu’une seule voie devant lui, ou qu’une seule voix pour s’exprimer. Car sinon c’est un enfermement. Si on te dit que le seul moyen pour réussir dans le rap c’est faire le gorille alors que toi tu veux autre chose, il faut t’écouter ! Je sais que j’ai pris des risques avec Pacifique, je sais que ça ne sera peut-être pas compris par tout le monde. Mais tu as le droit de chanter, tu as le droit d’être vulnérable, ça ne fait pas de toi quelqu’un de faible ou de mauvais. Et ça ne veut pas dire non plus que tu n’es pas un rappeur.»

Bienveillant et vibrant, l’artiste se tourne désormais vers sa tournée pour laquelle il a de grands projets, espérant jusqu’au bout continuer à offrir à son public les vibes qu’il attend. Pas de doutes là-dessus, les concerts de Disiz la Peste sont toujours un concentré d’énergies vives, puissantes, dansantes et salvatrices. Et rien qu’à voir le sourire qui s’affiche sur son visage lorsqu’il est question de la scène, nul doute que ses prochains concerts vont mettre le feu !

« J’espère vraiment que cet album va cartonner et qu’on va partir faire plein de concerts, venir l’apporter aux gens. Montrer à ceux qui n’y croyait pas que c’était possible et à ceux qui y ont cru, qu’ils avaient raison de le faire ! »

Et c’est tout ce qu’on lui souhaite… en plus du meilleur ! Et lorsqu’on lui demande s’il pense un jour à arrêter, à l’image de son titre Quand je serai chaos,  le rappeur conclut avec franchise : « Pour le moment j’ai encore le feu en moi mais j’arrêterai le jour où je sortirai quatre, cinq sons et que je n’en serai pas fier. »

Pourvu que ça n’arrive pas tout de suite.


L’album Pacifique est disponible sur toutes les plateformes de téléchargement et en physique. Vous pouvez découvrir un aperçu ci-dessous: