Nichés dans la petite cour du Café A, dans l’ancien Couvent des Récollets à Paris, nous avons interviewé Rhys Edwards et Rhys Williams du groupe Ulrika Spacek. Avec la sortie de leur second album Modern English Decoration, le 2 juin sur Tough Love Record, le duo basé à Londres donne suite à The Album Paranoia (sorti début 2016). Et comme pour le premier opus, ils ont choisi de travailler ce 2ème album au sein même leur maison, qui se trouve être leur l’espace de création où réalisent leurs vidéos, photos et artworks.

Rencontre avec les Anglais, Ulrika Spacek.

Pouvez-vous, en quelques mots, nous présenter les membres d’Ulrika Spacek ?

Rhys Williams : Je joue de la guitare.

Rhys Edwards : Je fais de la guitare et je chante.

Nous jouons également avec Joseph Stone, un guitariste multi-instrumentiste, Callum Brown à la batterie et Ben White à la basse. Nous sommes tous de Redding, en Angleterre, sauf Callum qui lui est de Luton, et nous vivons actuellement à Londres.

Qu’est-ce qui a conduit à la formation d’Ulrika Spacek ?

Rhys E: Bien que Rhys, Joseph, Ben et moi-même nous nous connaissions depuis des années, Ulrika Spacek est apparu à Londres. En fait, le groupe a été créé à Berlin, mais n’a été réellement formé qu’à Londres.

Au début, Rhys et moi avons commencé à écrire, puis nous avons formé le groupe sur la base de l’amitié, vraiment. Nous avons joué ensemble pendant environ trois ans avant que notre premier album ne sorte en 2016.

D’où vient le nom Ulrika Spacek et comment se prononce-t-il?

Rhys W: On le prononce :  « uhl-ri-kah spé-sec » ! 

Rhys E: Nous avons choisi le nom la nuit où nous avons décidé de former le groupe. Nous cherchions un nom ridicule… C’est un mélange entre Ulrika Meinhof et Sissy Spacek. Fait étrange cependant puisque le nom de Sissy Spacek se prononce « spa-tchèque » ! Notre ami à Stockholm a d’ailleurs été offensé que nous l’ayons mal prononcé.

Comment décririez-vous votre musique ?

Rhys E: De la musique intéressante à la guitare.

Quel est le concept d’Oysterland ?

Rhys W: C’est un concept que nous avons lancé à Londres, dans une salle de concerts appelée la Victoria qui n’est pas loin de chez nous. Cela consiste à organiser des événements avec des groupes, des artistes et des expositions aussi.

Rhys E: Lorsque nous avons formé le groupe, nous voulions organiser nos propres concerts.

Nos premiers shows ont donc été mis en place via ce concept : grâce à Oysterland, nous pouvions faire en sorte que la salle soit décorée comme nous le voulions. De manière à ce que lorsque les gens y entraient, elle ne ressemble à aucun autre endroit qu’ils aient vu avant, même s’ils y sont probablement venus plusieurs fois. Nous éteignions les lumières et utilisions nos propres projections, l’éclairage stroboscopique. On remplissait également les murs avec des expositions photographiques ou des installations vidéo. Le dernier que nous ayons fait ressemblait plus à une performance : nous avions des capteurs de battement de coeur sur nous, pendant que nous jouions, et il y avait des ampoules dans la pièce qui scintillaient au rythme de notre coeur. Donc, plus la chanson allait vite, plus la lumière était intense. Chaque concert était différent.

Quand nous aurons assez d’argent, ou quand nous en aurons la capacité, nous voudrions organiser les mêmes événements dans différentes villes. Paris serait probablement l’endroit où nous pourrions le faire la prochaine fois.

L’album Modern English Decoration sort le 2 juin 2017 sur Tough Love Records. Dans quel contexte cet album a été composé et enregistré ?

Rhys W: Tout comme le premier, dans notre salon (rires). Nous vivons dans une galerie d’art appelée KEN, à l’est de Londres. Trois d’entre nous y vivent. C’est notre maison et studio d’enregistrement.

Que signifie le titre de l’album ? 

Rhys E: Assez tôt, nous voulions que l’album soit caractérisé par des sons de guitare plus doux et décoratifs. Son nom est donc un jeu de mots en rapport avec la déco d’intérieur. On voulait que ça sonne un peu comme le titre de l’annonce que l’on aurait fait si l’on avait voulu vendre notre salon, parce qu’il ne ressemble pas vraiment à un salon normal. C’est le bordel vraiment, il y a trop de choses. Beaucoup de personnes ont vécu dans cette maison donc plein de petits trucs restent abandonnés ici.

Quelle est la chose la plus étrange dans votre maison ?

Rhys E: Une fois, nous avons trouvé un ensemble de camping que nous avons fini par utiliser pour le clip qui sort prochainement. Chez nous, on ne sait jamais, quand on ouvre une boîte, ce que l’on va y trouver à l’intérieur.

Rhys Williams: D’ailleurs, c’est à qui le mannequin ? Est-ce le tien ?

Rhys E: Je l’ai acheté dans un magasin de charité au coin de la rue.

Est-ce une sorte de squat ?

Rhys E: C’est vraiment une maison victorienne de Londres. Mais je pense que Londres sera caractérisé par ce genre de vie commune à l’avenir, parce que vous êtes forcé de vivre avec d’autres personnes dans des endroits très proches. Nous pourrions être expulsés en une semaine, nous n’avons aucun contrat ou quoi que ce soit, donc c’est une situation très précaire, mais cela fonctionne très bien pour nous et pour le groupe. Nous arrivons à faire des enregistrements dans notre maison, ce qui est génial.

En quoi diriez-vous que les morceaux de Modern English Decoration diffèrent de The Album Paranoia ?

Rhys E: Je pense qu’il y a beaucoup de guitare décorative, l’album sonne donc presque un peu « ornemental »… il y a beaucoup de morceaux avec des guitares entrelacées.

Je dirais que c’est un disque plus ouvert dans le sens où, sur la pochette de l’album, plusieurs paroles de nos chansons y sont inscrites car nous voulons être plus accessibles. Nous sommes vraiment heureux d’avoir deux albums qui ont un flow différent et des caractéristiques différentes, c’est passionnant pour nous.

Rhys W: En général, il y a plus de réflexion.

Y a-t-il des thèmes récurrents ?

Rhys E: Je pense que les paroles sont très liées aux pensées que j’ai eues pendant que j’étais assis dans le salon… seul, pendant une soirée, ou à 5h du matin, quand mon esprit commence à être un peu bizarre. En termes de thèmes… la conscience de soi, prise trop au sérieux jusqu’à ce qu’elle en devienne un fardeau. Il y a aussi l’aliénation des personnes autour de soi, l’angoisse, la paranoïa, et je pense que l’on peut y trouver  de l’amour aussi.

Nous avons appris que la chanson « Full of Men » a été écrite à un moment très important et qu’elle caractérise l’album, pouvez-vous expliquer en quel sens?

Rhys E: C’est un exemple du genre de « guitare décorative » dont on parlait, c’est pour ça que cette chanson semblait simplement caractériser le disque. Lorsque nous l’avons écrit, nous savions qu’elle différait du premier album, et il est important de noter que, sur la liste des morceaux, il arrive un moment où ça descend un peu, puis on repart quelque part ailleurs.

Qu’elles sont vos principales influences? Musicales et non-musicales ?

Rhys W: Nous écoutions beaucoup un groupe canadien appelé «Women» lors de l’enregistrement de l’album. Difficile à trouver, mais très bon. 

Rhys E: Ray Johnson et Bridget Riley ont eu une influence sur l’aspect esthétique du disque, sur nos affiches et les visuels des concerts.

Yórgos Lánthimos, le réalisateur grec qui a fait le film Dogtooth (Canine en Français) et The Lobster, a été une référence pour beaucoup de nos clips. Il est assez sous-jacent et sombre… il arrive à transformer quelque chose de normal en quelque chose d’étrange et surréaliste. Dans nos clips, nous avons joué avec ce sentiment qui mélange à la fois l’inquiétude, au normal et au réel.

Qu’avez-vous écouté récemment ?

Rhys E: J’ai écouté beaucoup de Portishead l’année dernière, que je n’avais jamais écouté. auparavant… et BEAK>, le nouveau groupe de Geoff Barrow.

Rhys W: Récemment, j’ai écouté Duster, un groupe américain de post-rock des années 90. Slint aussi.

Avez-vous des plans pour 2017 ?

Rhys E: Dès que l’album sortira, nous serons à l’affiche de plusieurs festivals pendant l’été. Nous sommes impatients de jouer au festival OFF en Pologne, au Montreux Jazz Festival en Suisse, et à Rock en Seine à Paris. Puis en automne, nous ferons une tournée au Royaume-Uni et en Europe.

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