En 2015, Arnaud Desplechin venait présenter Trois souvenirs de ma jeunesse à la Quinzaine des réalisateurs. Aujourd’hui, il revient sur la Croisette avec Les Fantômes d’Ismaël qui ouvrent le bal des festivités du 70e Festival de Cannes. Mathieu Amalric campe Ismaël, un réalisateur dont la femme Carlotta (Marion Cotillard) s’est volatilisée il y a 20 ans de cela. Il vit désormais avec Sylvia (Charlotte Gainsbourg), astrophysicienne qui lui a redonné goût à la vie. Mais Carlotta refait brusquement son apparition, bouleversant la vie du couple…

On pense forcément à Hitchcock et ses Sueurs froides, Carlotta étant le nom de la femme sur le tableau et de l’arrière grand-mère maternelle de Madeleine. Les clins d’oeil ne s’arrêtent pas là puisque la thématique du double est omniprésente tout comme le vertige qui s’empare d’Ismaël quand sa femme revient sans crier gare.

Le trio Amalric/Cotillard/Gainsbourg fonctionne à merveille, passant de la folie à la passion, montrant tour à tour leur vulnérabilité et leur part d’ombre hantées par un passé incomplet et traumatisé. Mais il y a aussi un côté lumineux traduit par une bande son surprenante et pourtant parfaitement cohérente. Quand Carlotta danse devant Sylvia, c’est à un pur moment de lâcher prise, presque de bonheur que l’on assiste. Le personnage de Louis Garrel apporte également une touche d’humour intello qui éloigne un instant les fantômes pour une atmosphère plus légère.

© Jean Claude Lother – Why Not Production

Desplechin fait le choix d’un montage déroutant et parfois confus qui enchaîne flashbacks, présent et fiction dans la fiction (le film réalisé par Ismaël). On a du mal à lier tous les éléments de l’intrigue mais la faute est sûrement à mettre sur les 15 minutes manquantes de la version présentée pour le Festival. Le réalisateur a en effet choisi de faire deux moutures de son film, l’une de 1h54 et l’autre « director’s cut » de 2h10, celle-ci étant visible seulement dans quelques salles françaises et notamment au Cinéma du Panthéon à Paris.

Un parti pris qui n’est finalement pas surprenant, Desplechin jouant avec l’idée du double jusqu’au bout pour mieux brouiller les pistes et laisser les fantômes nous hanter plus longtemps.