Le groupe surf de Paris inonde ses concerts de vagues rock, et avec son nouvel EP « The Wave Chargers Strike Again », il navigue sur des sommets en asseyant ses meilleurs arguments : « direct dans la réverb, direct dans l’ampli ».

Dans l’intimité rock’n roll du Tiki Lounge dans le 11ème arrondissement de Paris, Francis (guitare), Anne (guitare), Claude (batterie) et Samy (basse) dégainent les boutades et les verres de bières avec autant de constance et de vitalité que leurs riffs débordants de puissance. Si on rigole franchement, tout le sérieux du monde est de mise lorsque l’on retrace l’histoire d’un genre popularisé par la bande originale de Pulp Fiction en 1994. Qui n’a pas dansé sur Misirlou ? Un succès qui est à la fois une chance et une malédiction pour un genre qui reste peu connu du grand public

Alors pourquoi jouer de la surf-music ?

« C’est la faute de Francis. En 2007 il a vu ses connards de Cavaliers en concert, ça lui a retourné la tête ».

Groupe emblématique de Paris, The Cavaliers, chevaliers de l’apocalypse surf donnent le virus de cette musique instrumentale à Francis Viel qui reprend et porte haut le flambeau en formant The Wave Chargers à la fin de l’année 2014.

« J’ai pris conscience avec Les Cavaliers qu’on pouvait faire de la surf de manière traditionnelle 60’s comme on en faisait en Californie à l’époque mais avec une violence sonore, une énergie punk, et le tout en son clair de guitare, tout en réverbération ».

S’il se propose de remplacer le bassiste lors d’une soirée trop arrosée où aucun membre des Cavaliers se souvient de la proposition le lendemain, il profite de l’heureux événement d’une grossesse au sein des Kitschenette’s dans lequel il officie avec le batteur Claude pour monter son propre groupe. Ces deux derniers commencent les reprises avec un ami à la basse en intérim.

« J’ai lancé des bouteilles à la mer pour trouver une guitare rythmique. Ludo du label Q-Sounds, label 60’s de Montreuil, m’a parlé d’Anne qui m’a contacté. On a décidé de bosser cinq reprises pour le premier test chez moi. Je me suis vite aperçu qu’elle jouait mieux que moi mais je voulais faire la guitare lead : du coup maintenant il y a parité, on est tous les deux guitare lead ».

Samy, ex Guillotine, croisé à l’Espace B lors d’un concert de Little Clara et des Spadassins est vite convaincu par le projet. « Vite » = une soirée houblonnée au My Woodie, bar d’Oberkampf, passée autour de conversations d’experts sur la surf-music.

L’occasion de demander alors ce qui qualifie leur style :

« C’est Instrumental, pure tradition de la surf sixties, mais avec une touche parisienne : tous les groupes de Paris, que ce soit Les Cavaliers ou Les Suspenders font tout en mode début 60, reverb’ à fond, et énergie punk. Quand t’écoutes le tube Bomberas The Original Surfaris , le son est ultra violent sans disto, en son clair, et c’est sorti en 62. Ça n’avait rien à voir avec le préjugé planplan de la surf music où les mecs bougent vaguement le manche. Cette idée tient pas mal aux Beach Boys qui ont popularisé le genre mais dans son pendant pop. Et on considère à raison que les Ramones, dans les progressions et les harmonies, est un groupe de surf qui ne s’assumait pas ».

Anne parle de flingue sur la tempe pour jouer de la surf music dans un sourire second degré, elle qui à la base a une formation classique, et des démons blues, jazz, et soul sixties.

« A la première audition avec Francis je me suis pointée avec une Gibson. Il m’a plus ou moins demandé de revenir à la prochaine avec une Jaguar ».

Ça se charrie et ça rigole, exception faite à la question sur l’essence même d’un style dont Samy propose un résumé efficace :

« Si tu fais de la surf, c’est qu’en soit les sons et l’énergie sont rock’n roll mais t’apportes quelque chose de singulier, personnel. C’est beaucoup d’influences musicales du Moyen Orient ou du folklore hispanique mexicain avec la frontière pas loin du sud de la Californie. C’est tout le mélange d’ados sortis de Buddy Holly fin des années 50 début 60 mais qui ont gardé une hérédité de leur bagage d’émigrés ».

On comprend que le oud de la tradition libanaise de Dick Dale n’est pas innocente dans les teintes exotiques. Ça se corse ensuite gentiment quant à savoir si l’un des premiers morceaux surf est égyptien ou grec. On s’entend sur une chanson grecque qui parle d’une égyptienne avant que Samy conclut magistralement :

« Peu importe les querelles géographiques : c’est toujours inspiré d’endroits où il fait chaud. C’est un peu la branche du rock’n roll qui est branchée sur la musique du monde ».

D’ailleurs, la chaleur des concerts explique peut-être les conditions météorologiques perturbées : au-delà du tsunami de reverb, c’est rituellement des pluies de bières qui se précipitent de la fosse… Même s’ils ne sont pas tous d’accord sur la recette d’un bon concert, que ce soit à La Mécanique Ondulatoire, dans des squats de Dunkerque, au Binic Festival, ou au concert des 35 ans d’anniversaire des Hells Angels, la satisfaction tient dans l’énergie transmise :

« Si c’est l’apocalypse dans la salle ça veut dire que l’objectif est atteint ».

A condition qu’il y ait le moins de pains possibles précise Anne dans le rôle surement douloureux du quota rationnel du groupe.

« Ouai enfin si tu n’as pas un peu de sang qui coule de tes oreilles à la fin du concert, ce n’est pas un bon concert ».

Difficile de garder son sérieux, notamment lorsqu’on apprend que chaque composition adopte un nom initial autour du détective sans charisme Derrick pour que l’imagerie inspire l’univers du morceau :  La revanche du Kuromaku, titre au nom déjà cinématographique et WTF s’appelait dans l’éprouvette « Derrick à la plage » pour son côté cool et soutenu à la fois…

Lorsque l’on demande à Claude s’il n’est pas difficile de contenir cette explosion rythmique et sonore sur scène, il répond presque sans rire :

« On est là pour que les gens bossent leur aérobic. C’est subjectif le tempo, alors que la transpiration des gens, non. Tant que ça danse c’est que c’est bon ».

On comprend par-là que tout va bien au-delà de la musique, que le but est la transcendance, la danse, le lâcher prise fiévreux, et qu’il faut savoir partager et inspirer une notion d’urgence, de danger.

« Le concept de danger est important, au-delà des coups de manche malencontreux dans les verres de bières quand Samy descend de scène pour l’entertainment. Ensuite la seule chose véritablement dangereuse que l’on a vécu, à part la camionnette qui patine sur l’autoroute c’est au concert pour les Hells Angels où Francis leur a lancé « Ne soyez pas timides les petits chats approchez-vous ». Il dit ça à des mecs qui sont potentiellement dans le grand banditisme international… Mais en vrai ils sont super cools sous leurs cuirs et leurs tatouages de bagnards ».

Avec des concerts pied au plancher et un premier EP sold out, le second « The Wave Chargers Strike Again » qui sort le 5 mai est une nouvelle vague en forme de lame de fond, faite pour happer, remuer comme si on avait la tête coincée dans un lave-linge à eau iodé.

Un shoot d’adrénaline calorifère, et peut-être aussi une bonne raison d’écouter un genre peu connu d’une oreille nouvelle, détartrée de sonorités distordues dans la pure expression exotique de lignes de guitares sensuelles et envoutantes.


Release Party le 13 mai à La Mécanique Ondulatoire
Sortie de l’EP le 5 mai

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