C’est sur la terrasse d’un café, Canal St-Martin, que l’on rencontre la réalisatrice Sophie Martin, le visage rayonnant et le ventre rond, car celle-ci endossera bientôt le rôle de maman dans la vie de tous les jours. Après le Prix des Médias gagné au Nikon Film Festival 2017 (dont le thème de cette année était « Je suis une rencontre« ), la jeune réalisatrice nous raconte avec passion ses prochains projets et sa vision du métier, fait d’avenir et de positif. Une personne comme on les aime, humaine, sensible et bienveillante.

Tu as gagné le Prix des Médias au dernier Nikon Film Festival avec le court-métrage  « Je suis branché(s) » que tu as co-réalisé avec William K. Quel sentiment gardes-tu de cette édition 2017 ? 

Un très bon sentiment, forcément ! Ça peut paraître banal comme réflexion, mais on ne s’y attendait absolument pas. La compétition était très rude cette année. Beaucoup de bons films, de très bons réalisateurs et d’excellents acteurs. En plus de ça, c’était une édition spéciale puisque le président du jury cette année était Cédric Klapish, un réalisateur qui a bercé ma jeunesse. Le Péril Jeune quoi !

Et, il faut tout de même le dire : les lots que tu gagnes sont assez dingues ! On a été diffusé sur Canal + et Nikon ne fait pas les choses à moitié concernant le matériel de tournage qui est offert. Donc j’en garde un super sentiment et recevoir le Prix des Médias, m’a donné encore plus confiance pour la suite !

Le court a été écrit et réalisé dans le but de participer au Nikon Film Festival ou bien indépendamment ? 

Non, nous l’avons écrit spécialement pour le festival. Lorsque nous avons découvert le sujet de la rencontre, ça nous a paru un peu vague au début avec Will ! Dans notre tête, tout dans le cinéma était une rencontre, que ce soit entre les équipes de tournage ou entre le spectateur et le film. Donc on a eu un peu de mal à trouver le bon filon. Comme d’habitude, je suis partie sur quinze idées à la fois. Puis après être passés par une sombre histoire de deux personnages accrochés à un arbre, on a eu envie de conter une histoire moderne, ancrée dans les nouvelles technologies et cette virtualité de l’amour, le tout en 140 secondes. Tout le monde souhaite être parfait et pourtant derrière les écrans se cache toujours la réalité, voilà ce que nous avions envie de raconter ! On a eu également de la chance, puisque Caroline Fauvet et Syrus Shahidi ont accepté de participer au projet de manière bénévole. Je tiens quand même à dire que si aujourd’hui on fait des films, c’est grâce à des gens comme eux qui vous font confiance et aiment leur métier  !

Au Nikon Film Festival vous avez été trois réalisatrices à avoir été récompensées sur six prix. On parle beaucoup de la place de la femme en tant que réalisatrice et du manque de représentativité de celle-ci dans le paysage cinématographique. Tu penses qu’il y a un combat à mener pour qu’il y ait plus de femmes réalisatrices ? 

Je ne sais pas s’il y a un combat à mener. Ce n’est pas qu’une question de représentativité, c’est un fait : il y a plus de réalisatrices aujourd’hui qu’il n’y en a jamais eu ! Il n’y a qu’à voir dans les écoles de cinéma, la parité est clairement présente. Les choses évoluent et qu’on soit une femme ou un homme, si tu as envie de réussir dans ce milieu là, il faut clairement t’en donner les moyens. Personnellement j’arrive à chopper des actrices, acteurs, du matériel et faire des tournages beaucoup plus facilement que certains de mes potes réalisateurs masculins. Finalement, je pense que nous les femmes, allons bientôt vous bouffer !  (rires) Non plus sérieusement je n’ai pas l’image d’un combat négatif nécessaire, c’est à nous, femme, réalisatrice, de se faire entendre et voir. Il faut avancer et lorsque je vois le talent féminin artistique qui m’entoure… je ne suis clairement pas inquiète pour nous. Et pour ma part, j’aime travailler avec des hommes, je trouve que ça apporte une profondeur incroyable aux projets.

Tu as aujourd’hui de nouveaux projets, notamment un prochain court-métrage ! 

Oui, qui s’intitulera « Dunk ». C’est un film qui traitera du basket chez les adolescentes. J’ai envie de parler de l’importance de l’esprit de groupe. On vit dans une société où l’individualisme est omniprésent, hors je suis convaincue que les victoires sont toujours plus belles à plusieurs. C’est un film très positif sur le sport, sur l’adolescence et ses difficultés. Le sujet me touche beaucoup, on va d’ailleurs tourner dans un foyer à Taverny et dans un collège du 95.

Et après ça… Tu passes au long-métrage ?

Exactement ! Je me lance dans le grand bain avec mon premier long-métrage qui se tournera d’ici un an si tout se passe bien. « Arda » sera l’histoire d’une arménienne qui part de Turquie vers le Liban, où elle va s’épanouir en tant que jeune femme avant de devenir activiste et de tomber amoureuse d’un français, ce qui va l’emmener à Paris. Tout le film sera fondé sur le destin croisé entre cette femme et sa descendante puisque le film se situera entre 1940 et 2017. Il traitera de la filiation, de la fierté de ses origines, surtout en France où tout le monde vient du monde entier.

Tu vas justement devenir mère, c’est un sujet qui doit te parler ! 

Dans le film, je veux parler de ces nombreux silences en famille qui devraient être rompus afin de pardonner. Pardonner à ses parents c’est important ! Je vais devenir mère et je ne sais pas si je serai une mère parfaite mais j’essayerai de bien communiquer ! Ce que je suis aujourd’hui est dû à ma vie, donc à mon enfance, donc à la vie de mes parents, à leur enfance, donc à mes grands parents et ainsi de suite. Voilà l’histoire que je souhaite raconter à travers « Arda ». J’espère que ce sera un beau premier long-métrage, dans tous les cas je sens de la motivation autour de sa construction aussi bien de la part de partenaires que d’acteurs incroyables. Et en ce qui concerne la musique du film, j’ai d’ores et déjà demandé à Guillaume Jaulin (C2C) de composer la musique.

On sent une véritable passion quand tu parles de tes projets. Ce sont des histoires qui te sont personnelles que tu compte mettre en image ? 

Je suis passionnée car les premiers films qu’on réalise sont toujours ceux dans lesquels on met toutes nos tripes ! Les deux histoires me touchent, car ce sont des histoires liées à ma vie personnelle effectivement. Ça ne veut pas dire que je les ai vécu de la même manière. Pour pouvoir en faire un film intéressant il faut justement sortir de soi, du personnel pour tendre vers un message universel qui fait sens. J’ai besoin de raconter des histoires qui soient utiles et qui fassent réfléchir. J’espère que « Dunk » permettra à certains gamins de réfléchir à leur comportement ou qu’ « Arda » leur permettra de pardonner à leurs parents. C’est ambitieux, je sais, mais si j’arrive à toucher ne serait-ce qu’une seule personne j’aurai réussi !

Sens-tu une réelle différence entre écrire un court ou un long ?

« Arda » est un biopique donc sa construction est très chronologique, c’est une écriture très didactique tandis que « Dunk » est une fiction, implantée dans un timing très court, donc l’approche scénaristique est un peu différente. Mais je travaille de la même manière à chaque fois. J’écris d’abord un synopsis très structuré avant de me lancer dans la création des scènes puis des dialogues.

Le court est une étape essentielle avant de se lancer dans le long-métrage. Tu es d’accord avec ça ? 

Avant de faire un marathon il faut déjà savoir courir cinq bornes ! C’est une évidence. Je ne connais pas de réalisateurs qui ont commencé directement par un long-métrage. Même si tu dois prendre ta caméra et faire des petits films entre potes de quelques minutes, c’est nécessaire. Tu peux essayer de t’organiser pour que les gens travaillent avec toi lorsque tu as un petit format. On crée une boite de production en ce moment avec Nicolas D’Autryve et on a déjà hâte de produire un jeune réalisateur pour un court-métrage car c’est lui donner des armes et une visibilité. Et puis le court est beau car il n’est pas là pour l’argent ! Tu ne fais pas d’entrées avec un court !

Tu montes également une boite de production ? Décidément tu ne t’arrêtes jamais ! 

Oui, on monte une boite de production qui sera dirigée par Nicolas. Le long-métrage que j’ai écrit sera indépendant donc j’ai besoin d’une structure administrative pour le produire! Après, dans une optique de construction on produira à long terme d’autres courts métrages avec la boite qui s’appelle… Dunk Film. (rires)

Tu vas avoir une fille. Si elle veut devenir réalisatrice quel(s) conseil(s) lui donneras-tu ? 

Avant tout je lui dirai que c’est bien ! Que si c’est ce qui la rend heureuse, qu’elle y aille à fond, qu’elle fasse le métier de ses rêves. Je lui conseillerai de beaucoup travailler, regarder des films, lire, observer, convaincre des réalisateurs de découvrir ce qu’elle fait !  Et surtout, de croire que tout est possible et de ne pas avoir peur de faire !


Découvrez le court-métrage Branché(s) de Sophie Martin, Prix des Médias au Nikon Film Festival