Nous avons interviewé Betsy du groupe Gomme, un trio féminin post-punk / goth basé à Paris. Elles ont récemment sorti un clip en mars et leur premier LP intitulé Hiss début avril sur le label parisien, Black Totem Records. La release party aura lieu le 17 avril à la Mécanique Ondulatoire.

Il y a trois ans, Betsy déménage à Paris depuis San Francisco, elle commence alors à écrire des chansons seule pour la première fois avec l’intention de trouver d’autres personnes avec qui jouer. A l’été 2015, profitant d’un retour en Californie, elle enregistre la chanson « Cut Your Finger » à Oakland sous le nom de groupe initial Le Skeleton.

Betsy:  Les gens semblaient aimer, alors j’ai continué à écrire des chansons. Un an plus tard, mon amie Lauren, également de la région de San Francisco, a déménagé à Paris et a accepté de jouer de la guitare dans ce projet. Ensuite, j’ai rencontré notre batteur, Hannah, qui était en rencard Tinder avec un ami ! Nous avons bien débuté en donnant des concerts autour de Paris, au Melting Club, à l’Espace B et à la Mécanique Ondulatoire, et nous avons enregistré un LP en novembre dernier ! Après ça, Lauren a déménagé en Australie, alors je suis passé de la basse à la guitare, et nous avons maintenant Gailla de Los VV à la basse ! 

Y a-t-il une signification derrière le nom Gomme?

J’étais nounou et je devais ranger les fournitures scolaires des enfants, les organiser dans différentes boîtes que la mère avait étiquetées. L’une d’entre elles était étiquetée « gommes ». J’aimais comment ça sonnait et je l’ai répété à chaque fois que je faisais le ménage. Un jour, vers 2 heures du matin je me suis dit que ça serait un bon nom, c’est en français, un peu ambigu, avec un côté années 90, et puis j’adorais tout simplement la sonorité du mot. J’ai toujours pensé que les noms de groupe en un mot étaient vraiment forts.

Comment décririez-vous votre musique ?

Comme-ci Danzig et D’arcy Wretzky faisant une reprise de La Marseillaise avec Elvira dansant autour d’eux.

Comment répondez-vous à ceux qui vous étiquettent en tant que « groupe de filles » ?

Bien, un « groupe de femme » pourrait être un peu plus approprié, mais sinon, en raison du manque de groupes féminins à Paris, je ne suis pas surprise du fait que les gens se focalisent sur ce point. Ils y pensent pendant une minute et passent à autre chose, donc je ne me sens pas limitée par ça… pas encore. De plus, je suis assez sûre d’une manière ou d’une autre, que c’est le patriarcat qui a donné à « groupe de fille » une connotation péjorative.

Je dirais que je me sens plus limitée par ceux qui nous étiquettent en tant que groupe « garage rock », bien que je comprenne pourquoi, dans une certaine mesure. Il est toujours intéressant de voir comment le monde extérieur traite votre musique.

Votre premier album Hiss sort en avril sur le label parisien Black Totem. Dans quel contexte cet album a-t-il été créé ? Qu’est-ce qui a inspiré le processus d’écriture ?

L’humeur dans laquelle j’étais… La musique que j’écoutais, la pédale que j’avais achetée… dictaient le début de chaque chanson, qui étaient toutes écrites dans ma chambre avec un mini ampli Roland Cube !

Qu’est-ce qui a inspiré le titre de l’album?

Mon copain (un Français) et moi regardions Stranger Things avec les sous-titres en anglais, et à chaque fois que le monstre faisait des bruits, les sous-titres disaient « Hiss« . À  l’origine choisi pour le titre d’une chanson, j’ai vite décidé que ça serait le titre de l’album. C’est un mélange formidable de féminité, d’agressivité et d’attitude. Il correspond parfaitement à l’album. (Pour les non-anglophones qui lisent ceci, « Hiss » est le bruit qu’un chat fait quand il est en colère)

Comment a-t-il été enregistré?

Il a été enregistré sur un Tascam 388 par nos amis Marius Atherton et Danny Kendrick (du groupe Stratocastors) dans le grenier d’une ferme en pleine nature en Bourgogne au cours de quatre jours magiques. Il y avait aussi la légende d’un fermier, qui s’appelle Richard, qui se cachait, mais ça c’est une autre histoire.

Les titres de la chanson évoquent des sujets sombres (« Rape and Run », « My heart is a wall », « I’m a virus ») Quels sont les thèmes récurrents sur l’album?

Toutes les chansons traitent d’une manière ou d’une autre des expériences que j’ai eu depuis mon passage à Paris. « My Heart is a Wall » et « I’m a Virus » proviennent tous deux de poèmes que j’ai écrit au moment où j’étais perdue et déprimée ici. « Virus » est une métaphore de l’impasse dans laquelle je me sentais à l’époque et « Heart is a Wall  » parle du vide que je ressentais. Heureusement, ces deux chansons véhiculent quelque chose de plus vivant que les sentiments que je ressentais au moment de leur écriture!

Un autre thème récurrent est les problèmes des femmes, j’ai d’abord écrit les paroles de « Rape and Run » en réponse au verdict du cas de viol de Stanford, et une autre chanson sur l’album concerne le côté obscur de l’industrie de la Mode et son impact sur l’image de la Femme.

Quelle est l’histoire derrière le clip de « Rape and Run » ? Quelle esthétique cherchais-tu à produire ?

Je voulais qu’il soit assez abstrait; visuellement, mes inspirations principales étaient Man Ray et David Lynch. Comme je l’ai dit, la chanson a été initialement écrite sur le cas de viol de Stanford, mais la vidéo est censée représenter mon expérience avec les répercussions mentales des agressions sexuelles, illustrées par différents symboles et images. Il a été filmé et édité par mon très talentueux ami Romain Duplessier de The Attic Video.

Pourquoi était-il important pour toi d’ajouter la reprise de « Wuthering Heights » ?

Je voulais vraiment faire une reprise post-punk de cette chanson depuis plus d’un an maintenant ! Il y a cette obscurité minimale dans l’original que je voulais essayer de mettre en avant. J’ai également commencé à lire le livre Wurthering Heights pour m’inspirer et oh, Cathy et Heathcliff valent bien Whitney et Bobby ! C’est une relation folle.

Comment comparez-vous la scène musicale à Paris avec celle de San Francisco ?

On ne peux pas comparer les deux ! La scène musicale de San Francisco entre 2007 et 2014 était l’une des choses les plus dynamiques, audacieuses et magiques de tous les temps. Je ne vivrai probablement plus jamais d’expérience identique.  Nous pouvions assister à un concert de Thee Oh Sees en pleine semaine à quelques mètres de Joel, du Brian Jonestown Massacre (venu pour profiter du concert), puis tout le monde se retrouvaient en sueur et bourrés dans la queue au Taqueria Cancun. Nous avions l’impression que les artistes et musiciens dominaient le monde, du moins à San Francisco !

À Paris c’est autre chose, à mon avis, la scène ici est une contre-culture, ce qui la rend aussi cool, car vous vous sentez comme si vous vous rebelliez contre quelque chose. De plus, la scène ici est un peu plus petite, chacun se connaît et il y a tellement de soutien que j’adore ! De plus, la découverte des groupes européens que je n’aurais jamais connu si je vivais encore dans les états est la satisfaction ultime.

Quelles sont tes principales influences musicales ? Non-musicales ?

Elles sont un peu différentes maintenant, mais au cours de la période où j’écrivais l’album, je dirais : Sonic Youth, Wire, The Spits, Xmal Deutschland, Death, Bauhaus, The Smashing Pumpkins, Bratmobile, Kleenex et Mika Miko. Dernièrement, j’écoute des groupes comme Bardo Pond, Dream Decay et je récoute My Bloody Valentine, espérant que le prochain album soit plus influencé eux!

Non-musicale… J’étais vraiment inspirée par différents livres que je lisais à l’époque comme l’autobiographie de Yayoi Kusama, Just Kids & M Train de Patti Smith, et des documentaires que j’ai vus sur Joni Mitchell, Nina Simone, et bien sur celle de Kathleen Hannah.

J’étais aussi danseuse de ballet et j’ai fait de la danse moderne pendant de nombreuses années. Je pense que cela influence beaucoup ma musique. J’aime quand il y a un rythme fort et quand c’est dansant. J’aborde l’écriture musicale à peu près de la même façon qu’une chorégraphie, autant dans la structure que dans le mouvement.

Des groupes qui ont attiré ton attention récemment ?

Oui ! Le nouvel album de Dream Decay , Krimewatch, Honey Radar, Goggs, Kagoule, le nouvel album de Silver Shadows, le nouveau single de Kim Gordon. J’ai aussi écouté l’album solo de Marc Bolan The Beginning of Doves dernièrement, je suis vraiment amoureuse de celui-là ! Je l’ai passé récemment au bureau; je travaillais avec un vieil homme français à la Andy Warhol qui m’a: « cette personne chante comme une chèvre, pouvez-vous éteindre cette musique de chèvre? » Ha !

Vos plans pour 2017 ?

Un concert à la Mécanique Ondulatoire le 17 avril, une tournée européenne de deux semaines en septembre et, espérons-le, beaucoup de travail sur l’album n°2 !


Lien pour le concert

https://www.facebook.com/events/1809702679350227/


 

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