C’est à l’Hôtel Triangle d’Or, tout proche de la place de la Madeleine, qu’on rencontre Benjamin Siksou. L’artiste n’a rien perdu de ses ères de dandy même huit ans après avoir été finaliste de la Nouvelle Star,  et s’apprête à revenir sur la scène musicale (après quelques passages au cinéma) au printemps avec un nouvel album intitulé Au chant du coq.

Est-ce que tu en as déjà marre qu’on te demande « Pourquoi un premier album seulement maintenant ? » ?

Hum… Oui ! (rires) Non je rigole, la question n’est pas encore revenue trop de fois. Tu peux encore la poser !

Je vais plutôt revenir dans le passé. En faisant mes recherches je suis retombé sur une vidéo de toi la clope dans la bouche ou tu chantes devant ta webcam torse nu. Quelle image as-tu de toi à cette époque ? 

Déjà je revois cette image le moins possible ! (rires). Je me souviens que j’étais parti en délire tout seul chez moi, je l’avais envoyé à quelques potes. C’était une période un peu charnière, j’avais lâché la fac six mois plus tôt pour faire de la musique mon métier. Ça bouillonnait un peu, c’était ce moment où la Nouvelle Star m’avait contacté. C’était une période d’envolée, l’été j’avais tourné mes premiers films également. Tout arrivait d’un coup, un peu trop même mais c’était extrêmement grisant et j’étais heureux de me lancer.

Huit ans plus tard, toujours heureux d’avoir sauté le pas ? 

Oui. Et puis justement aujourd’hui tout est plus maitrisé. Je sais un peu plus où je veux aller, vers quoi je veux tendre dans la musique. C’est plus conscient. J’ai eu beaucoup d’années de recherche d’esthétique, de style, donc ça a été bénéfique. Au final je réponds à la première question que tu n’as pas voulu poser ! (rires)

Oui j’avoue ! Et tout cela a donné ce premier album Au chant du coq  qui compte de nombreuses histoires, de potes, d’amour, de moments de vie. C’est ton histoire que tu racontes ou celles des autres ? 

C’est un peu des deux. Tout part forcément de ce que je ressens, je ne peux écrire que sur ce qui m’émeut, donc ça passe forcément par le prisme de mes émotions. Après toutes les histoires ne sont pas nécessairement vécues par moi, ou même par qui que ce soit. Une chanson reste de l’émotion pure qui sort à travers des textes, des sonorités, qui peuvent s’interpréter de différentes manières selon les personnes qui l’écoutent. J’aime ce rapport entre l’intime et l’universel. C’est d’ailleurs ce qui rend une chanson très personnelle.  On a tous des chansons dont on aime dire : « C’est ma chanson ! » comme si elle avait été écrite pour nous ! Alors que pas du tout.

Lesquelles par exemple ?

Tu connais Alain Bashung ou Michael Jackson ? Ils ont écrit beaucoup de chansons qui sont MES chansons ! (rires)

L’album a été enregistré aux Pays-Bas, tu peux me parler un peu de sa production justement ? 

La rencontre avec Reyn Ouwehand, le producteur, s’est faite assez naturellement. Il travaille beaucoup avec des chanteurs comme Benjamin Biolay et d’autres chanteurs français mais il ne parle pas extrêmement bien la langue. On parlait un franglais qui a permis quelque chose d’intéressant dans le processus de création et dans l’album lui-même. Il ne s’attachait pas au sens et aux paroles, ce qui lui permettait de se concentrer avant tout sur le son mais aussi sur la musicalité des mots et de l’émotion. C’était génial. Et puis on était dans cette ancienne église avec tout le matériel du monde, les moutons et les vaches comme voisins, la mer à dix minutes… C’était un rêve de pouvoir enregistrer là-bas.

Ça t’a inspiré de nouvelles idées et chansons d’être là-bas ? 

J’écris toujours plein de brouillons mais je ne crois pas que ça ait abouti à quelque chose cette fois-ci. Généralement je travaille toujours comme ça. Je gribouille puis j’oublie ce que j’ai écrit et parfois ça me revient dans la tête comme une obsession donc je planche dessus. Une chanson vient rarement d’un seul jet ! Toutes les chansons ont été écrites comme ça sur cet album. Une partie des chansons ont peut-être cinq ans, mais ont été retravaillées pour que tout sonne juste et frais ! Tandis que les nouvelles n’étaient à l’origine que  des bouts de mots qu’il a fallu carrément redessiner. Quand il y a de la contrainte, tout va plus vite. C’est dans la contrainte qu’on trouve la liberté !

C’est intéressant, ça veut dire que tu préfères travailler sous pression ? 

J’en suis persuadé ! Pendant ces huit ans, j’avais tout fait pour avoir un maximum de liberté … Puis un jour je me suis retrouvé avec toute ma liberté, mais sans savoir quoi en faire !  Désormais j’attends d’une maison de disque ou d’un producteur qu’ils m’imposent des contraintes justement même s’il y a quelques années j’étais contre. La contrainte, le cadre, te donnent des repères, des limites au sein desquelles tu es libre ! Il faut partir d’un cadre pour broder à l’intérieur.

Il y a une chanson qui m’a interpellé dans l’album, c’est « Bébé Elephant ». Tu peux m’en parler ? 

C’est drôle c’est la seule que je n’ai pas écrite ! (Rires) C’est la seule reprise de l’album. C’est un mashup entre une chanson de Dick Annegarn qui s’appelle « Bébé Elephant » et un standard américain « Sometimes I Feel Like a Motherless Child ». J’ai un rapport un peu particulier avec ces morceaux. Dick Annegarn est très important pour moi, même si je ne connais son répertoire que depuis quelques années seulement et le standard je le chantais très souvent en concert et il faisait partie d’un spectacle que j’avais joué il y a quelques années qui s’appelait Valise Blues. Cette chanson était le point d’orgue du spectacle. Pour moi les deux morceaux sont les mêmes. On y retrouve le thème de la solitude, ce sentiment d’abandon, l’errance aussi qui est un thème qui revient beaucoup dans l’album. J’ai passé beaucoup de temps à chercher comment mêler les deux textes. Et j’ai bossé dessus autant que sur l’une de mes chansons.

Quelle est la question qu’on ne t’a jamais posé en interview et que tu te poserais si tu étais à ma place ?

Je ne sais pas. Je ne vais quand même pas faire ton boulot à ta place ! (Rires) Toi tu ferais quoi comme album si tu étais à ma place ?

Je ferais… ton album ! Vas-y essaye de faire mieux comme réponse ! 

Bien joué ! Hum… Je me demanderais « « Pourquoi un premier album seulement maintenant ? » (rires) Ah bah non, on me l’a déjà posé ! Je me laisserais tranquille en fait, je ne me poserais pas de question !  Ou si : « Ça va ? »

Ça va ? 

Oui ça va super !