Ce n’est pas souvent qu’un film provoque des évanouissements chez les spectateurs. Encore moins un film français. Pourtant, lors de la projection du film Grave au prestigieux Festival de Toronto, les secours sont intervenus pour évacuer deux personnes dans la salle. On raconte que l’on n’avait jamais vu de telles réactions depuis la présentation d’Antichrist de Lars Von Trier. Mais Grave est-il aussi gore qu’on le dit ? Et peut-on résumer le film seulement à ses scènes sanglantes ? Bien sûr que non et on vous explique pourquoi.

©Wild Bunch

Présenté sur la Croisette en mai 2016, Grave de Julia Ducournau a immédiatement fait sensation. D’abord par son histoire : Justine, végétarienne, intègre une école vétérinaire dans laquelle sa sœur fait déjà ses études. Lors d’un bizutage, elle est obligée de manger de la viande. S’ensuit alors une métamorphose radicale au parfum de chair humaine…

Les critiques voient très vite Julia Ducournau comme la reine du cinéma de genre à la française. Avant Grave, la réalisatrice, qui a fait ses armes à la Fémis, avait deux courts-métrages à son actif : Junior et Mange (déjà interdit aux moins de 16 ans sur Canal+). Des histoires subversives et originales qui donnaient le ton. Parmi ses influences, Ducournau cite volontiers Massacre à la tronçonneuse qu’elle a regardé petite, le cinéma de Cronenberg, de Lynch, etc. À croire qu’elle était destinée à suivre les traces de ses modèles, sans pour autant les imiter éhontément. Bien au contraire.

Julia Ducournau maîtrise son sujet et passe le cap du premier long-métrage avec brio. Car ce qui fait l’une des forces de Grave est son mélange des genres. Inutile de faire rentrer le film dans une case, ce serait lui faire du tort. Outre ses scènes d’horreur pure, c’est une œuvre à la fois dramatique et comique (si, si) qui se veut tragédie antique des temps modernes. Le film ne se vautre à un aucun moment dans le glauque et répand une atmosphère oppressante et sexy à l’esthétique très léchée. La réalisatrice aborde la sexualité, la mort et l’amour comme autant de pulsions qui se mêlent pour un plaisir toujours plus transgressif. Le casting est un condensé de révélations, Garance Marillier (déjà au casting de Junior) et Ella Kumpf en tête. Il ne fait aucun doute qu’on les retrouvera prochainement sur grand écran.

Julia Ducournau nous rappelle donc que l’on peut écrire une histoire horrifique avec une grande intelligence sans s’enfermer dans un carcan trop étroit. Le cannibalisme ne nous aura jamais semblé aussi séduisant.