Le 8 mars célèbre la Journée de la Femme, mais nous ne le dirons jamais assez: l’égalité entre les sexes est une affaire qui nous concerne tous, chaque jour de l’année. Et c’est pour défendre cette valeur fondamentale que le Comité National ONU Femmes France a été créé en 2013, trois années après son homonyme américain. 

Rencontre avec sa Présidente, Miren Bengoa dans le cadre de la HeForShe Arts Week à Paris.

Le comité ONU Femmes France a été créé en 2013. Est-ce que vous pourriez revenir sur la genèse de celui-ci ? 

L’histoire est assez personnelle. Je travaillais à l’UNICEF auparavant en dehors de la France. En 2010, après 10 ans d’expatriation je suis rentrée avec l’envie de suivre le fil rouge qui s’est toujours inscrit dans mes actions et mes choix de carrière : le statut et les droits des femmes. Je me suis donc rapprochée d’ONU Femmes aux Etats-Unis puisque le comité venait tout juste de se créer mais qu’aucun homonyme n’avait été implanté en France, même si cela avait déjà été tenté deux ans plus tôt. On a donc travaillé ensemble sur ce projet national, on a réuni au moins vingt-cinq soutiens publiques en 2011. Puis nous avons mis deux ans à développer les statuts et nous avons reçu notre accréditation officielle à l’été 2013.

Que peut apporter un comité national ? 

Le but de ce comité est d’être un outil de plaidoyer pour l’égalité au sein du paysage français et de collecter des fonds afin de diversifier les ressources d’ONU Femmes. Mais nous ne voulons pas solliciter les gens simplement pour récupérer de l’argent. C’est pour ça que nous travaillons énormément sur notre contenu et que nous souhaitons réellement envoyer des messages forts par des actions précises dans des secteurs aussi variés que la politique, l’entreprise, la culture et l’art.

Quel est le positionnement de l’ONU Femmes France face aux autres associations de défense des droits des femmes ? 

Lorsque nous avons lancé le comité, nous avons consulté les institutionnels publiques, les différents réseaux associatifs féminins, féministes et même masculins et pro-égalité. Il fallait que notre arrivée ne fasse pas doublon ou qu’elle soit perçue comme de la concurrence déloyale puisque nous arrivions sous l’égide des Nations Unies. Il s’agissait de travailler ensemble et non les uns contre les autres. Nous avons donc pris la décision de fonctionner sans subventions publiques afin de ne pas les mettre en difficultés même si cela a ralenti légèrement notre développement. C’était et c’est toujours important pour nous d’avoir une approche positive et constructive à la fois dans nos actions que dans nos relations avec le paysage associatif français. Nous ne faisons pas de militantisme.

Quelles sont donc les actions que vous menez en faveur de l’égalité des sexes et contre la violence faites aux femmes? 

Nous avons différents grands axes. Le premier est le plaidoyer. Nous organisons des conférences, la publication de rapports ou d’études sur le sujet, des actions de sensibilisation aux jeunes publics également. En 2015 nous avons d’ailleurs lancé notre Concours pour l’Égalité qui impliquait de jeunes réalisateurs autour de ce thème. Au niveau politique, nous sommes actuellement en train de mettre en place une Charte de l’Egalité que nous allons communiquer à tous les candidats à la présidentielle dans une optique universaliste et apolitique. Le document propose des propositions très concrètes en faveur de l’égalité qui peuvent être mises en place, quelque soit leur bord politique.

Nous avons également un axe de communication. Nous réalisons des partenariats avec des artistes, nous présentons un site vitrine mettant en avant les actions que nous menons ou des informations concernant l’avancée dans le domaine de la parité et de l’égalité. Nous cherchons également des fonds afin d’engager les entreprises ou particuliers à s’engager en faveur des droits des femmes. Il y a deux fonds, l’un réservé à l’égalité des genres et le second pour la lutte contre les violences faites aux femmes.

Et HeForShe dans tout ça ? 

C’est un de nos leviers, apparu aux Etats-Unis il y a quelques années. Après avoir fait le point sur les objectifs du millénaire en terme d’égalité des sexes, il s’est avéré que ces derniers n’avaient tout simplement pas été atteints. En effet, en cloisonnant le discours par le fait que seules les femmes devaient défendre leurs droits, il n’y avait pas de progression. Pour réellement changer la donne, il faut changer les mentalités donc inclure de nouveau de manière constructive et positive les hommes et les garçons dans la lutte pour l’égalité. Le mouvement a pris de l’ampleur en septembre 2014 notamment grâce à Emma Watson et son incroyable discours de lancement à l’ONU. Ça a déclenché une véritable dynamique. Le développement a été très organique, cela s’est fait petit à petit. En France on a déployé l’initiative en ciblant des soutiens masculins qui soutenaient la lutte en faveur de l’égalité et contre la violence faite aux femmes. On a notamment fait une campagne avec quelques personnalités publiques comme Alex Lutz, Bertrand Chameroy ou encore Alain Juppé mais aussi des grands PDG français. Il nous fallait des têtes françaises pour personnaliser le mouvement local et également une action forte. C’est la raison pour laquelle, un an après sa 1ère édition aux Etats-Unis nous lançons l’édition français de la HeForShe Arts Week. Paris étant l’une des villes les plus culturelles du monde, il était évident de dupliquer cet évènement.

De quoi s’agit il ? 

C’est une semaine d’évènements culturels autour de l’égalité des sexes et des droits des femmes. Par des conférences, des performances, des concerts  nous souhaitons interroger le rôle de l’art dans la transformation positive des mentalités. C’est une manifestation grand public qui a pour conviction que la culture et l’art ont un rôle à jouer dans l’évolution des mentalités et la vision de demain.

L’art a un pouvoir de sensibilisation? 

Les études sortent, les données commencent à être connues, l’inégalité est encore présente, mais la Arts Week est un moment de rassemblement positif, une vision inclusive qui favorise le travail des artistes féminins et donne également la parole aux hommes qui s’engagent. On ne veut pas être dans un côté moralisateur, on veut ouvrir le sujet. Donc oui, je suis convaincue que l’art a un pouvoir de transformation social et nous préférons l’utiliser pour éveiller les consciences plus que faire de la dénonciation.

En terme d’égalité des sexes, quel est le constat en France aujourd’hui ? 

Nous ne sommes clairement pas encore à la hauteur de nos ambitions. C’est à dire qu’il y a un paradoxe entre le positionnement historique du pays, en tant que précurseur des droits de l’Homme et cette stagnation observée depuis une quinzaine d’années sur la mise en pratique de la parité hommes-femmes. On voit encore trop d’entreprises qui préfèrent payer des amendes plutôt que de s’acquitter des obligations de diversité et de parité à respecter. Nous ne sommes pas encore dans une situation où tout est exemplaire ni au niveau national, ni international d’ailleurs. Même en termes de visibilité ministérielle, nous avons sorti un rapport « Où est l’argent pour les droits des femmes ? » dans lequel on s’aperçoit que le budget du droit des femmes est le plus petit de l’Etat. Les stéréotypes sexistes sont encore légion, les violences faites aux femmes encore présentes, donc tout n’est vraiment pas parfait.

Mais l’objectif avant tout est de comprendre la problématique actuelle et d’y répondre sans fustiger mais en apportant des idées constructives pour résoudre ces problèmes. Cela passe notamment par un travail sur la jeunesse, afin qu’elle ne reproduise pas des schémas archaïques ou celui qu’on continue à leur présenter dans certains médias où des animateurs tiennent des propos sexistes et dégradants envers la femme. Il y a du travail car si les avancées législatives en termes d’égalité sont réelles, elles sont encore trop souvent remises en questions. On commence même à voir des pays européens qui reviennent sur l’avortement ou la liberté de choix…

Le problème se trouve t-il aussi dans la sur-valorisation de l’homme ou le garçon ? 

Peut-être. Plus que de la sur-valorisation c’est la catégorisation qui est dangereuse. Pourquoi le garçon serait forcément celui qui court partout, fait du bruit, est maladroit, ne doit pas pleurer ? Ma fille aussi doit avoir le droit de taper du poing lorsqu’elle n’est pas contente, elle aussi doit avoir les mêmes droits que ses frères !  Mais dans de nombreux endroits on donne aux petites filles un rôle très sexué ou on les incite à se taire, à ne pas s’exprimer, tandis qu’on incite le garçon à toujours se montrer brave, à ne pas montrer ses sentiments, à être « fort ».  ll ne faut pas cantonner les enfants, les jeunes ou les adultes à des fonctions et des rôles qui sont limitants. Selon moi, la liberté de choix est un droit fondamental, quelque soit le genre et c’est ce que je défend à travers l’ONU Femmes France.

Quel(s) conseil(s) pouvez-vous donner à la jeune génération ?

On est tous acteurs ! Il ne faut pas attendre que le gouvernement investisse plus de budget dans l’égalité des sexes pour se mobiliser ! Il vaut mieux faire bouger les choses autour de soi. Par exemple, un homme HeForShe est un homme qui prend la parole lorsqu’il voit une discrimination faite à une femme, qui joue le jeu de la parité là où il se trouve et va agir favorablement pour changer la donne à son échelle. Il faut lutter contre les régressions et ne pas avoir peur de s’affirmer. Le mot féministe a été fustigé durant de nombreuses années comme étant quelque chose de très clivant alors que ce n’est pas l’intention aujourd’hui. Un homme et même une femme HeForShe ce sont des gens qui assument souhaiter une société paritaire et égalitaire, et qui agissent quotidiennement dans ce sens.


Découvrez la HeForShe Arts Week Paris du 8 au 15 mars