Avec son nouvel EP « Premature Love Songs », Michelle Blades nous gratifie de onze titres acoustiques : un voyage dans les eaux profondes de l’intimité, sublimé par les images du clip « In The Dirty Water There is Me ».

Quoi de plus logique pour une balade douce qu’une promenade au bord de l’océan ? Si la grammaire graphique des comptines folks évoque communément le crépuscule d’automne, l’étroitesse d’une chambre sous les toits, ou encore le cliché de l’ambiance tamisée d’un pub où les verres sont bus avec autant de sérieux qu’une prière, Michelle Blades a préféré le soleil de Miami pour sa berceuse, avec le regard juvénile d’une actrice qui nous capture sans plus nous lâcher.

Paradoxe sublime, entre le décor calorifère jonché de palmiers et le propos feutré, meurtri. Avec une simplicité et un naturalisme bruts, « In The Dirty Water There is Me » est loin d’être naïf, représentant sans fioriture la dualité entre l’extérieur et l’intérieur, l’apparence calme et sociable et la nostalgie solitaire qui se trame dans la conscience.

Camarade de jeu chez Midnight Special, Laure Briard avec le clip de « Toi et Moi » détenait déjà le même principe de la subjectivité, de la pensée clandestine dans l’indifférence du monde. Et surprise : Michelle Blades était à la réalisation de ce dernier ! On pourrait aussi croire entendre l’américano norvégienne Okay Kaya avec le même timbre angélique et la même réverbération de guitare.

« In The Dirty Water There is Me » : une belle métaphore de la conscience, de l’âme, de l’esprit, et peut-être même de la cicatrice amoureuse qui les révèle, comme un cartésianisme qui ne prendrait pas le doute comme socle de la subjectivité, mais la puissance affective. Un point d’ancrage dans le ventre ou sous le cœur, comme aux premiers émois adolescents où la fille / le garçon pour qui tout notre être palpitait nous plongeait entre deux eaux : sans rien laisser paraître.