À l’aéroport de Fribourg, la jeune Suzy débarque de son Amérique natale et prend le taxi qui la conduira tout droit vers l’enfer. L’enfer, c’est cette académie de danse, théâtre d’évènements surnaturels inquiétants. Un personnel étrange, des chuchotements maléfiques qui hantent les couloirs et les disparitions qui s’accumulent, Suzy est rapidement contrainte d’élucider le mystère qui entoure le lieu. Cette histoire devenue culte, c’est celle de Suspiria. Le 1er février dernier, le film fêtait les 40 ans de sa sortie en Italie. Pour l’occasion, une version restaurée en 4K était projetée pendant trois jours dans quelques cinémas du pays. Sixième long-métrage de Dario Argento, il est aujourd’hui considéré par beaucoup comme le chef-d’œuvre du réalisateur. À juste titre, puisque le maestro a réussi un choc esthétique, sonore et horrifique qui n’a pas pris une ride.

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Grand admirateur de Mario Bava, Dario Argento s’illustre au début de sa carrière dans le genre du giallo avec sa « Trilogie animale » qui renouvelle le thriller à l’italienne et le propulse très vite dans la lumière. Après sa comédie historique méconnue Cinq jours à Milan et ses célèbres Frissons de l’angoisse, Suspiria pose la première pierre de sa « Trilogie des Enfers » (appelée aussi « Les Trois mères »). Si l’œuvre est un tournant dans la filmographie du réalisateur, c’est d’abord parce qu’elle marque sa première incursion dans le genre fantastique. Une incursion qu’il décrit comme un mélange des contes de Walt Disney et de L’Exorciste, rien que ça.

Coécrit avec sa compagne de l’époque, la comédienne Daria Nicolodi, le scénario trouve son inspiration dans un passage de Suspiria de Profundis de Thomas Quincey. L’actrice a également puisé dans ses souvenirs d’enfance puisque sa grand-mère lui aurait raconté maintes fois avoir fréquenté une école de piano où les professeurs enseignaient dans le secret la magie noire…

L’intrigue du film est somme toute relativement simple – et tout à fait efficace – mais c’est le traitement visuel et sonore choisi par Dario Argento qui donne à son œuvre une puissance incroyable. L’esthétique, qu’il travaillait déjà énormément dans ses précédentes réalisations, atteint ici un degré de perfection indéniable. Les couleurs sont utilisées à merveille. Le rouge domine et se heurte au bleu, au vert, au noir pour mieux hypnotiser le regard. L’école de danse a des allures de labyrinthe et menace d’engloutir ses personnages, de les perdre dans ses couloirs et ses pièces remplies de pièges. Où que vous soyez, Mater Suspiriorum vous observe…

Le tableau ne serait pas complet sans la musique envoûtante et terriblement angoissante du groupe italien Goblin. Une soundtrack devenue culte qui donne le ton dès la scène d’ouverture. Le travail sur le son transforme d’ailleurs les objets les plus anodins en monstres. N’oublions pas non plus la performance de Jessica Harper, splendide en héroïne horrifiée mais toujours téméraire.

Suspiria est donc à la fois un conte de sorcière cauchemardesque et une expérience unique qui n’a rien perdu de sa superbe et que l’on ne se lasse pas de redécouvrir encore et encore. Merci Dario !