La sentence « j’irai crever à Manchester » hantait déjà nos nuits avant de rencontrer le groupe Métro Verlaine aux Transmusicales de Rennes. Et esprit fantôme ou non, l’entrevue s’est réalisée le lendemain de la vente aux enchères du revolver à six coups qui manqua de tuer Rimbaud. Plus rock tu meurs.

Avec comme base le duo sensuel à la The Kills de Raphaëlle et Axel et une épiphanie musicale née à Londres, c’est une quête d’authenticité rock qui anime le quatuor post-punk. Une ambition réussie sous l’égide d’icônes mythique, de Television aux perfectos, du Velvet Underground aux Doc Martins. Mais avec une verve poétique en français, on pense également aux compatriotes Lescop ou Grand Blanc.

Quand on demande d’où vient leur romantisme sombre et mélancolique, la réponse est immédiate, évidente : « The Cure. C’est une passion, on arrive à faire la fête en écoutant « A Forest ». C’est assez naturel de danser dessus pour nous ».

Cœurs à vif, l’entaille des poètes en épitaphe révèle un amour pour la langue française, ils parviennent à en faire un véritable instrument percussif et harmonique, avec pour ambassadeur, la voix chaude de Raphaëlle qui dompte les riffs sauvages et les tambours tribaux.

« Sans fioritures et à l’ancienne », Métro Verlaine parvient pourtant à transcender les simples sensations de « déjà vu » du rock, avec des textes incarnés, rebelles et littéraires ainsi qu’un son qui cherche l’efficacité sur le tranchant des cordes et entre les cornes des doigts, ce qui se traduit par la station debout du batteur armé presque que d’un tom basse et d’une caisse claire : « Il fallait que ce soit minimal, revenir à une énergie primaire, un peu sale et sauvage. Ça peut tourner en rond ce type de jeu carré mais on cherche aussi ce côté hypnotique ». Et ça réveille réellement les instincts animaux…

Interviewés à leur sortie de scène après une prestation incandescente, ce sont les yeux encore vifs d’adrénaline qu’on les a retrouvé, à peine détendus des piques de motivation du programmateur Jean-Louis Brossard qui leur a assuré qu’ils étaient « très attendus » à quelques minutes de jouer.

Métro Verlaine Transmusicales 2016 CC Adrien Pollin

Si les grandes figures rock planent autour de Métro Verlaine, ce sont les comètes de la littérature qui animent les quatre musiciens, que ce soit le livre Just Kids de Patti Smith véritable manifeste beatnik pour le groupe, ou l’œuvre entière d’Albert Camus, notamment : « tout son travail autour de l’absurdité de la vie. Sa grande leçon, c’est que le seul moyen de la combattre est la révolte. Quand t’es un jeune homme qui essaye de se construire dans le monde d’aujourd’hui, que tu écoutes beaucoup Joy Division, ça fait des portes de sorties, ça ouvre une voie, ça te sort du nihilisme. Avec tout ce que l’on vit, Albert Camus est encore plus d’actualité qu’avant ».

Les ingrédients étaient là, l’authenticité du geste philosophique aussi. Et comme une philosophie ne se vérifie que par l’éthique pratique qui en découle, c’est (très bien) entouré du guitariste de Crocodiles que les jeunes gens d’Evreux ont enregistré un album dans un studio bricolé par leurs soins, squattant allègrement la maison de la grand-mère de l’ingé-son.

Les Crocodiles « ont aussi des influences littéraires, à fond dans le délire arty, impressionnistes et dada, ça nous a débridé, nous a permis d’assumé à fond et nous a fait beaucoup de bien » nous explique Axel. Pour l’enregistrement, c’est la même ambiance de famille qui règne dans leur temple DIY : « Le salon est devenu la salle de prise, à l’étage il y a des chambres qui font aussi micro d’ambiance pour choper des réverbérations. La maison n’est pas faite pour ça, ni double vitrage ni de cabine, mais c’était parfait. Par exemple on a beaucoup enregistré la batterie dans la salle de bain. On a travaillé sur la texture du son avec l’environnement particulier ».

Et ce son est celui de l’intimité d’une maison, une âme qui colle parfaitement aux cuirs de leurs blousons.

Quand on leur demande comment ils ont vécu l’ année 2016, année de travail acharné et de succès, ils répondent toujours romantiques : « Il y a une émulation en France, on a l’impression de revenir fin des années 70 avec l’arrivée du punk ».

Verlaine is not Dead.