Juste avant qu’il ne monte sur scène au Divan du monde, on a pris le temps de boire un café en terrasse avec Taïro, qui après avoir sorti de nombreux albums, fait des collaborations avec des artistes comme Disiz ou Youssoupha, revient avec un nouvel album Reggae français qui rend hommage au reggae, en auto-production.

 Ce soir tu es sur scène, est-ce que tu es prêt ? 

Même si on est prêt, il y a toujours une part d’inconnu, et particulièrement ce soir parce que c’est un show unique qui sera tout en acoustique, donc on a du adapter le set. Ce n’est pas le show que l’on fait habituellement, il a fallu casser nos repères. Donc on ne sait pas comment les gens vont réagir. D’habitude on connait parfaitement notre show, il est progressif on sait quand ça monte, quand ça vient, à quel moment on tient vraiment les gens. Là on va avoir la surprise et la découverte.

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Tu as déjà beaucoup d’albums réalisés, avec le temps cela devient plus simple et moins stressant de sortir un nouvel album ? 

Oui, c’est carrément plus facile de sortir son deuxième, son troisième, son quatrième album plutôt que son premier. En tous cas pour moi. Je me souviens encore très bien du tout premier. J’ai fait tarder, j’ai repoussé au maximum, vraiment le plus tard possible (rires). J’ai même sorti une street tape juste avant pour prétendre tout de même avoir déjà sorti un projet sous mon nom. Après, pour ce nouvel album  c’est un peu différent car je l’ai auto-produit et j’ai du occuper tous les postes de la création à la production, donc ça m’a demandé beaucoup de travail, beaucoup d’investissement et forcément qui dit plus de responsabilités dit plus de stress.

C’était un choix de l’auto-produire ? 

Oui ça l’était, mais je me suis rendu compte à quel point j’aimais n’être que musicien. (rires) Tu es quand même moins serein lorsque tu fais ça seul. J’ai commencé à faire le disque en voulant un album totalement reggae, mon classique, le faire pour moi, pour les gens aussi évidemment mais c’était vraiment une envie personnelle. Et une fois  le disque fini, je me suis tourné vers le producteur comme à mon habitude pour lui faire part de mes doutes… sauf qu’en fait le producteur c’était moi. (rires)   Donc c’est un peu schizophrène comme situation d’auto-produire parce qu’il y a vraiment une différence entre le travail du producteur et celui de l’artiste. Après je n’ai pas été totalement seul sur le projet puisque je l’ai composé avec mon groupe. C’est ce que j’aime dans la musique, être avec mes musiciens qui en plus sont mes amis et me suivent depuis toujours. J’ai donc un plaisir tout particulier à partager ça avec eux.

Avec l’auto-production comment est-ce que tu arrives à t’entourer, comme pour le dernier clip  « Rendez-vous » qui a été réalisé par Marie Jardillier avec l’actrice Charlotte Bartocci ?  

Ce n’était pas forcément des personnes que je connaissais à la base. Pour cette réalisation, c’est mon manager qui m’a présenté Marie et sa productrice Emma et qui m’a dit à quel point elles faisaient un super travail. Il sentait que ces filles là avaient un truc particulier et il a voulu me les présenter. S’en est suivi une rencontre, je les ai trouvé très cool. J’ai trouvé génial le travail de Marie notamment sur son court métrage Parmi les Sirènes. Je lui ai fait confiance, c’est elle qui a mis Charlotte sur le coup et j’avais envie d’une image un peu plus cinématographique et elles ont toutes été parfaites.

C’est important pour toi de garder le côté « plaisir » dans ton projet, même en auto-production ? 

Oui c’est important même si parfois c’est très difficile parce que comme je te le disais j’aimerais n’être que musicien, ne faire que des chansons. Mais dans tous les cas  j’aime la vie et je veux faire de la musique par plaisir, que ce soit mon premier moteur. Parce qu’à chaque fois que j’ai perdu ce plaisir, j’ai été véritablement en difficulté. Je me suis perdu, j’allais au studio à reculons et tout ça se ressentait dans ma musique. C’est important pour moi de garder cette énergie et ce plaisir. D’ailleurs je remarque que je fais aussi beaucoup de street tape, qui sont des albums à moindre investissement qui s’apparentent plus à des moments de récréation. Ce sont des choses que je fais vraiment facilement, très légèrement et parfois elles ne sont pas moins bonnes que les disques. Je me mets moins de pression, je m’éclate beaucoup plus. Sur les albums finalement c’est le travail de mon année. Au fur et à mesure je mets des morceaux de coté et je garde seulement les meilleurs. A la fin quand tout est fini je me replonge dedans, je bosse les arrangements et puis c’est une nouvelle dose de travail. J’aimerais tout faire comme une street tape mais je n’en suis pas encore là (rires).

Ça me fait penser à une de tes chansons,  Nouvelle vie , dans laquelle le gars lâche toute sa vie pour se faire kiffer et qui après un certain moment se raisonne et revient à son métro-boulot-dodo. Tu es plutôt de quel côté ? 

A dire vrai, je suis un peu des deux. Je ne peux pas trancher, je n’ai pas fait tout ce que je raconte dans ce que j’ai écrit, je n’ai pas plaqué la musique, je n’ai pas largué ma meuf (rires). C’est plutôt une fable, c’est comme ça que j’ai voulu construire le morceau. Et je pense aussi que l’on est dans une société où tout est fantasmé, on préfère toujours la vie qu’on n’a pas et je pense que cela est du au manque de reconnaissance quotidien. C’est l’un des grands maux de notre époque ! Puisque personne ne t’apporte quoi que ce soit, tu finis par faire un travail par devoir et pour la paye, sans t’y retrouver, on ne rêve plus que d’être riche et tant pis si on ne trouve pas de plaisir au travail. C’est une espèce d’insatisfaction grandissante, rien n’est jamais suffisant. J’essaie de me dégager de ça mais je mords encore souvent à l’hameçon. J’avais envie de dire à un moment donné « regardons ce qu’on a et tentons de l’apprécier sans pour autant se laisser faire constamment », c’est la raison pour laquelle j’ai composé Nouvelle vie.

Tu as aussi une chanson qui s’appelle  Bon vieux temps. On dit souvent « qu’avant c’était mieux », mais puisqu’il faut savoir apprécier ce qu’on a, comme tu l’as dit précédemment, que trouves-tu de mieux aujourd’hui comparé à avant ?

Ce monde est en mouvement et c’est une bonne chose ! Le fait d’avoir accès à toute la musique dans son téléphone c’est extraordinaire. L’accès à la culture et la science juste dans nos mains, je trouve ça fantastique. Il faut dire que pendant un temps la musique rapportait énormément d’argent mais coutait trop chère au consommateur. On se faisait arnaquer lorsqu’on achetait des CD à 120 francs (rires).  Aujourd’hui tout le monde à accès à tout et ça limite le rapport à l’argent pour y accéder. Tout l’univers de la musique a changé à partir de là. Avant les gens achetaient ce qui passait à la télé aujourd’hui ils sont plus curieux parce qu’il existe des plateformes mondiales comme Youtube qui redistribuent constamment les cartes. Aujourd’hui en tant que musicien, on cherche à être en contact direct avec notre public, parce que les grosses plateformes (spotify, Deezer, etc) c’est eux qui gagnent l’argent. Même si on touche quelque chose c’est tellement peu qu’on recherche beaucoup plus la scène, le live, le spectacle.

Mais au final, je n’ai pas composé le morceau Bon vieux temps car  je suis nostalgique d’une époque. C’était davantage pour me replonger dans des souvenirs et les raconter aux jeunes d’aujourd’hui, leur dire comment c’était avant, sans jugement. Leur raconter d’où je viens, leur dire que je grandis et qu’aujourd’hui j’ai 38 ans. Sans jouer les éternels adolescents, c’est une manière d’être transparent avec les gens et de leur dire que je suis en train de vieillir. Me remettre dans l’époque, le relire avec ces yeux-là et le revivre juste un instant.

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