Quelques jours avant la 7ème édition du MaMA Festival, nous avions rencontré Louis-Jean Cormier, artiste venu tout droit du Québec, où il a notamment officié en tant que coach pour l’émission The Voice.

Rencontre autour d’un café avec ce grand monsieur québécois, drôle et spirituel.

Comment te sens tu pour cette 7ème édition du  MaMA? 

Je me sens bien, c’est ma deuxième fois au MaMA Festival. La première fois c’était avec le groupe Karkwa il y a maintenant 5 ou 6 ans. D’ailleurs Le festival débutait et ce qui me faisait rire c’est qu’on était les seuls artistes francophones de toute la programmation à l’époque. Et du coup on était aussi les américains ! (rires) Ce genre de festival ressemble un peu à ce que l’on peut trouver chez nous comme Pop Montréal ou M pour Montréal. On y retrouve aussi bien des mélomanes, du public que des professionnels qui viennent participer aux concerts. Ça donne un public parfois très analytique, très « pain in the ass » si tu vois ce que je veux dire. Parce qu’on les connait les professionnels qui sont là pour ne pas écouter et simplement boire des coups ! (rires) Mais je crois qu’aux Trois Baudets il y aura une bonne ambiance. J’ai espoir !

Est-ce que tu as des petits rituels avant de monter sur scène ? 

Pas énormément. J’ai besoin d’échauffer ma voix et ma gorge pour ne pas qu’elle casse en plein milieu de la tournée. Après je ne sais pas si vous connaissez ça en France mais on fait aussi du « AKI » avant de monter sur scène, c’est une petite boule en cuir avec du sable à l’intérieur qu’on doit faire rebondir avec nos pieds et nos genoux sans qu’elle tombe par terre. C’est notre digestif par excellence et ça relaxe !

Rien de plus ? 

Non à part sex, drugs and rock’n roll ! Comme d’habitude ! (rires)

©Le petit russe

©Le petit russe

Tu as sorti ton premier album solo en 2012 et un nouveau en 2016. Que s’est il passé pendant ces quatre années ? 

Plein de choses ! Le premier disque en 2012 a été une petite réussite au Québec, on a même reçu un disque d’or quelques semaines après la sortie.  Puis je me suis fait approcher par l’émission The Voice pour devenir coach, ce que j’ai accepté et là, ça a été la grosse explosion.  J’avais l’impression d’être le garçon de bonne famille que le Québec adoptait. J’ai eu un groupe durant de nombreuses années avant ce premier disque et je n’ai jamais été catégorisé comme mainstream alors ce succès de masse a été vu d’un bon comme d’un mauvais oeil. Des gens trouvaient que j’avais vendu mon âme au diable, d’autres me défendaient, c’était assez fou. Mais au final, l’expérience a été plus qu’enrichissante aussi bien d’un point de vue personnel que professionnel. Puis au lieu de prendre une pause pour respirer après tout ça… J’ai voulu sortir un nouveau disque et ça a très bien marché à nouveau, donc un an et demie après sa sortie me voilà ici, devant toi et je recommence dans un pays où peu de gens me connaissent. C’est comme un nouveau départ.

C’est étrange d’avoir le sentiment de tout recommencer à zéro ?

On pourrait dire que ça fait bizarre, mais en réalité cela fait du bien. Je trouve idiot l’idée de rester chez moi, à travailler seulement au Quebec. A un moment donné on veut sortir, on veut aller ailleurs. J’aime le fait de vivre une nouvelle étape de commercialisation dans l’état dans lequel je suis aujourd’hui, autant sur le plan psychologique que physique. Je suis vraiment plus en paix avec mon métier, mes amours,  ma tête et mon coeur. Cette paix intérieure je ne l’avais jamais eu de ma vie. Je suis dans un état où j’ai vraiment envie de rencontrer, m’entourer de nouvelles personnes et de défricher des territoires inconnus. Aujourd’hui je me sens heureux, je sens que tout le monde travaille à un rythme que j’aime et pour les bonnes raisons.

Pourquoi avoir donné le titre Les grandes artères à ton album? 

C’est un disque autobiographique, une quête un peu thérapeutique mais aussi psychologique vers ce que je ressens, les questions que je me pose et que beaucoup de gens autour de moi, notamment des couples, se posent aussi. Alors les grandes artères, cela a bien entendu un lien avec le coeur. En plus de ça, lorsque j’ai écouté l’album, je trouvais que le disque portait en lui des décors de voitures, de rues, de boulevards donc j’ai pensé qu’il y avait un lien à faire avec tout ça, que c’était un titre qui s’imposait. Ça m’a fait du bien de faire ce disque là, même si on peut le trouver un peu sombre je continue de penser qu’il est thérapeutique à la fois pour moi et pour les gens.

Est-ce que tu as trouvé les réponses à tes questions ? 

Pas vraiment. Dans ma vie privée je les ai trouvé mais dans un disque on ne les trouve en réalité jamais vraiment. J’aime beaucoup l’idée de la suggestion dans l’art, qui s’engage par métaphores plutôt que par de grandes déclarations. Et puis lorsqu’on fait un disque on prend l’empreinte de ce qu’on vit à un moment donné et puis on passe à autre chose, on continue sans cesse de chercher.

La pochette est très belle, elle vient de toi ? 

Non ce n’est pas moi qui l’ai faite. Et heureusement d’ailleurs (rires). C’est une amie graphiste qui est très inspirée et inspirante et qui a su retranscrire l’ambiance générale de l’album. La tête dans les nuages et embrouillée dans une espèce de tourmente, le tout en sérigraphie:  ça m’a beaucoup plu !

ljcormier-pochette

De retour au Canada tu vas te lancer sur un nouvel album ? 

J’ai de superbes choses en tête, mais je vais attendre un peu. Peut être pour rattraper un peu la France. J’ai eu le désir de faire un spectacle seul sur scène pour la suite de la tournée des Grandes Artères mais qui s’appellera les Passages Secrets, pour lequel on fait plein de petites salles. Je veux retourner à un esprit intimiste, gabaret. En parallèle j’ai aussi construit et ouvert un studio d’enregistrement à Montréal. Donc j’ai envie d’y passer beaucoup de temps pour travailler avec des groupes et faire un vrai travail de fond sur les chansons que j’ai en tête.

En ce moment tu travailles sur des projets pour d’autres artistes ? 

J’ai du refuser quelques projets ces derniers mois à cause du manque de temps, mais ça va venir. Si je décide de réaliser un disque pour quelqu’un c’est parce que j’ai vraiment envie de travailler avec.  C’est même devenu mon second métier et cela me permet aussi de garder du temps pour moi. Entre autre pour le golf, parce qu’on ne le dit jamais assez… mais le golf est terriblement méditatif ! (rires)