59 rue de rivoli, c’est dans ce lieu où se mêlent les arts, les concerts, les ateliers et qui accueille le collectif d’artistes Chez Robert, Electron Libre qu’on rencontre Aurélien Dufour Ettori , fondateur du festival Le Classique c’est pour les vieux! et son co-producteur Alexandre Camerlo.  Pour la cinquième année consécutive, ce festival, qui aura lieu du 20 au 23 octobre à Paris,  vient casser les codes du classique et s’offre cette année une marraine prestigieuse, en la personne de Catherine Frot. 

Parlez moi de votre parcours à chacun ?

Alexandre : Je suis metteur en scène d’opéra et j’ai toujours eu également un pied dans le milieu du théâtre et du cinéma.  L’opéra, c’est une tradition familiale, mon grand père était directeur d’un Opéra, mon père est metteur en scène d’opéra, donc j’ai toujours baigné dans cet univers. Je connais Aurélien depuis 3 ans et on a commencé directement à travailler ensemble. J’étais partenaire vidéo sur Le Classique c’est pour les vieux! et j’avais fait la mise en scène d’un opéra comique lors de la 4ème édition, La Chatte métamorphosée en femme. Cette année, Aurélien m’a proposé de monter avec lui le festival donc j’ai tout de suite accepté.

Aurélien: Pour ma part, je ne suis pas issu du milieu classique, plutôt des musiques actuelles, j’ai connu le 59 RIVOLI il y a très longtemps et j’y ai fait beaucoup de bénévolat. Je suis parti voir du côté du cinéma quelques temps puis en 2009, lorsque le 59 a ouvert, Barry Jones,  m’a  proposé de monter avec lui la programmation musicale du lieu donc j’ai accepté. Au même moment j’étais agent d’une pianiste classique à qui j’avais demandé de jouer sur un piano à queue installé dans la galerie donnant sur la rue, pour que les gens puissent l’entendre de l’extérieur. De cette petite aventure est né le festival Le Classique c’est pour les vieux! .

Dans quelle optique étais tu lorsque tu as créé ce festival ?

Aurélien: Le 59 RIVOLI rouvrait et c’était un symbole fort pour moi. Ce sont des gens avec qui j’ai lié des amitiés et dont je partage la philosophie, notamment celle du décloisonnement des genres. C’est un lieu dans lequel on peut y trouver tous les mouvements, il n’y a pas que du street-art, il y a de la photos, de la sculpture, de la peinture. J’avais envie d’amener les genres là où on ne les attendait pas, donc l’idée de créer un festival alternatif de musique classique est venue d’elle-même. Et c’était aussi par amour pour cette pianiste Hannah Moatti dont je parlais juste avant. Elle est d’ailleurs programmée sur cette cinquième édition.

Pourquoi le nom « Le classique c’est pour les vieux ! » ?

Aurélien: Parce que c’est vrai ! (rires) Non évidemment c’est une phrase provocante, car elle n’a pas vraiment de sens. Le terme « classique »  ne signifie pas grand chose aujourd’hui, c’est un fourre-tout, donc je trouvais amusant d’utiliser cette phrase.  Cependant, aujourd’hui sans les financements publics, la musique classique ne pourrait pas survivre, les musiciens qui veulent en proposer ont parfois du mal à trouver leur public.

Quelle est pour vous la solution pour faire adhérer à la musique classique des publics différents?

Alexandre: Aujourd’hui beaucoup de mises en scène sont transposées dans le temps, pour raconter une histoire plus moderne et essayer de plaire à un public plus jeune. Seulement, toutes les histoires ne peuvent pas être mises au goût du jour. Si le Comte devient PDG, la servante devient secrétaire et que l’opéra qui se joue évoque le droit de cuissage, aboli depuis des siècles… Il va y avoir un décalage certains entre le propos et l’époque actuelle. On finit par décevoir les personnes qui connaissent l’opéra et on ne va pas non plus plaire à la nouvelle génération, qui ne comprendra pas pourquoi on place d’anciens discours dans un contexte actuel. C’est pourquoi on a préféré monter du classique dans des lieux alternatifs sans modifier les oeuvres.

Aurélien: On ne va pas chercher à dénaturer ce que fait un artiste pour plaire. Schumann, c’est extraordinaire, il n’y a pas besoin d’aller changer ce qu’il a composé. Il faut simplement modifier la façon d’apprivoiser et de découvrir le classique. Il faut amener l’oeil du public à regarder différemment, car les mentalités évoluent.  On veut mettre les gens dans des conditions nouvelles,  on veut restituer une expérience, tout en gardant l’authenticité de la musique. On pense que si l’artiste s’exprime dans la plus totale liberté de son art, cela suffit. Notre travail est de lui donner un cadre original.

Comment choisissez vous ces lieux atypiques dans lequel vos représentations ont lieu?

Aurélien: C’est un travail d’orfèvre. Il faut tout d’abord que le lieu s’adapte à ce qu’exige la musique classique. Ensuite il faut qu’il puisse également accueillir l’univers alternatif. Un lieu comme la Halle Pajol est parfait pour notre Opéra en 3D, qui nous demande beaucoup de technique et d’espace. Le Café A est un excellent endroit également car ils possèdent une petite chapelle qui a une excellente acoustique !

Comment réagissent ces lieux lorsque vous proposez le projet?

Alexandre: Ils sont généralement surpris car ils n’ont pas l’habitude d’accueillir ce genre d’évènement. Mais ils réagissent plutôt bien et c’est à nous de bien travailler en amont pour avoir le meilleur rendu possible le jour de la représentation.

Quelle est pour vous la plus grande difficulté à surmonter  lorsqu’on crée un  festival ?

Alexandre: Ce qui est difficile mais intéressant s’est de trouver une harmonie générale. Il faut avoir une cohérence au sein de tout le festival, et également travailler avec des gens qui vont tous dans le même sens et suivent la même philosophie, aussi bien les artistes, les musiciens que les partenaires. Lorsqu’on a contacté Catherine Frot pour lui demander d’être notre marraine sur cette cinquième édition on ne savait pas du tout à quoi s’attendre et il s’est avéré qu’elle était exactement sur la même longueur d’onde que nous. C’était important et elle a immédiatement saisi l’esprit du festival, c’était génial.

Aurélien : Je pense que monter un festival est une aventure difficile par définition. Les difficultés sont multiples, elles peuvent être humaines, financières, matérielles, de choix, de partenariats. Ce n’est jamais évident mais je suis convaincu qu’un festival qui ne rencontre pas de difficultés est un festival qui reste trop sur ses acquis, qui ne se met jamais en danger et donc qui ne progresse pas. Il y a une part de risque qu’il faut savoir prendre pour pouvoir évoluer.

Alexandre : Picasso disait, « Si l’on sait exactement ce qu’on va faire, à quoi bon le faire ?».

Aurélien: C’est exactement ça. Aucun projet ne nait dans du velours.  Il faut essayer, tester, chercher. Et ses recherches se font en jean basket, comme le Einstein de notre affiche ! (rires)

C’est une affiche que vous avez longtemps travaillé ?

Aurélien: Oui. Tout fait sens dans cette affiche, il y a beaucoup de messages cachés, de symbole. Einstein représente la relativité et les notions de  jeune ou vieux sont particulièrement relatives. Le personnage en lui-même évoque ce mélange des genres sur lequel est fondé le festival. On a tous en tête cette photo de ce savant qui tire la langue de manière enfantine.  On lui a également placé un petit tatouage  sur le bras. C’est le symbole des squats qui  a une résonance toute particulière pour nous car cela fait écho aux conditions de certains musiciens de musique classique. Je connais énormément de musiciens du CNSM qui habitent dans des squats, car ce sont les seuls endroits où on leur ouvre la porte pour pouvoir jouer et s’entrainer.

Alexandre : Il y a une réalité qui est dramatique dans le milieu du classique, il y a beaucoup de précarité. Il faut changer cette association entre les gens qui font de la musique classique, et le luxe et la richesse. C’est une image totalement fausse. De nombreux sont en costard au Théâtre du Châtelet à 20h puis rentre dormir dans des squats.

Dernière question, que diriez-vous à quelqu’un pour le convaincre de venir au festival ?

Aurélien : Viens, tu vas t’éclater ! Si tu as envie d’écouter un trio classique qui déboite accompagné d’un street-artiste numérique, que tu veux voir pour la première fois un Opéra en 3D, si tu veux bruncher en faisant un blind test de la musique classique dans les pubs, ou si tu veux simplement boire un coup pas cher … Viens !

Alexandre : Toute la programmation est gratuite en plus !

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Retrouvez toutes les informations sur le festival Le Classique c’est pour les vieux! du 20 au 23 octobre à Paris sur :

http://leclassiquecestpourlesvieux.org/fr/

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