Osons mettre les pieds dans le plat, bravons les demi-mots, le festival des Francofolies de la Rochelle est à la musique, ce que la mer est à la plage, le soleil à l’été, les coquillages aux bikinis. Une évidence artistique certaine et déterminée qui ne cesse, année après année d’établir une programmation musicale de grande qualité, riche et variée pour un public conquis, nombreux et convaincu.

Dans les rues de la ville, sous un soleil éclatant, entre la scène Jean-Louis Foulquier et le grand théâtre, entre la scène du village Francofou et le théâtre de la Verdière, nous marchons, programme à la main. Les concerts s’enchaînant  nous ne voulons rien rater. Tels des enfants qui découvrent d’une manière assez frénétique leurs cadeaux de Noël.

Premier jour, premier concert, Nord. Passés par le Chantier des Francos  cette année, cette première programmation est un véritable succès. Une personnalité scénique touchante, une musique qui mêle habilement de l’électro, de la chanson française et des textes tous bien ficelés. Une interprétation simple et efficace qui effleure nos âmes rêveuses.

©Estelle B

©Estelle B

Le rêve est parmi nous et nous allons le confirmer avec aisance et grâce à  Sages comme des Sauvages  un autre groupe qui émane du Chantier des Francos. Une surprise pétillante et acidulée qui nous amène à nous dandiner avec aisance assis dans nos fauteuils. Non, je vous l’accorde, ce n’est pas chose évidente de danser lorsque nous sommes assis et pourtant, la magie opère. Ce duo franco-américano-greco-bruxellois nous offre une palette cosmopolite de rythmes, de langues, de sonorités. Un concert en guise de voyage, nous écoutons, nous partons avec eux. Leurs tenues scéniques apportent à cette musique dynamisante une touche que l’on goute avec joie.

Juste à côté, quelques heures plus tard, le concert de Miossec se trouve dans une salle intimiste pour un instant profondément attachant. Sincèrement, j’ai rarement entendu un concert aussi émouvant de toute ma vie de chroniqueuse. Quatre musiciens sur scène, tous assis alignés. Christophe Miossec enchaine et entremêle les chansons de son tout nouvel album avec quelques anciens titres, que nous connaissons tous. Une émotion bien présente pour un concert qui restera gravé dans nos esprits.

Pour nous rafraîchir, nous marchons, encore et encore vers la scène principale des Francofolies de La Rochelle qui est juste incroyable. On entend au loin la foule qui acclame, applaudit et attend… Caravane Palace. L’énergie à l’état brut est là, sur la scène Jean-Louis Foulquier, emporté par l’électro-swing si singulière du groupe  , le  public est survolté.

caravan palace

Caravan Palace ©LoLL Willems

Dernier jour, plus chaud encore que la veille, notre première fraîche et belle découverte s’appelle : Camille Hardouin. Un timbre de voix unique. En musique, il existe deux sortes de chanteurs. Le chanteur normal et le chanteur qui nous emmène directement dans son univers avec une désinvolture touchante. Camille fait partie de ces chanteuses qui arrivent à capter notre attention  en deux secondes et toute notre écoute. Ses textes nous racontent des histoires qui ne peuvent pas nous laisser indifférents. Une musique élégante accompagne dignement ce timbre de voix et cette personnalité singulière qui ferra forcément parler d’elle.

Juste après cette douceur musicale, nous voilà entrainé dans un univers plus rock.

Mickey 3D, une identité pop rock que l’on connaît et qu’on l’on aime reconnaître. Placés juste derrière une famille, nous pouvions apercevoir, le père, la mère et leurs deux enfants se balancer sur leurs fauteuils, allant de gauche à droite, puis de droite à gauche, tout en levant les bras avec une énergie folle. Juste derrière nous les spectateurs étaient debouts. Ils chantaient haut et fort la totalité du répertoire.  Un public clairement connaisseur de ces chansons toutes encrées dans notre réalité.

Mickey 3D ©LoLL Willems

Mickey 3D ©LoLL Willems

La réalité prend forme également avec une chanteuse que l’on apprécie fortement.

Si l’on vous dit « A l’autre bout du monde » vous dites ? Emily Loizeau ! Un concert incarné par une femme incroyablement gracieuse, entourée par 5 musiciens. Elle commence son concert debout au piano et nous comble naturellement avec sa voix et ses mélodies toutes emprises d’une grande générosité.

Mais la palme d’or de la Rochelle,  le césar musical, l’incarnation de l’élégance est attribuée à… Keren Ann. Un splendide concert d’une justesse incroyable. Le temps de « La disparition » l’un de ses premiers albums est déjà loin et pourtant, on ne peut qu’admettre et entendre cette évolution vocale mélodieuse qui habille divinement bien un moment délicieux. Un très beau concert qui a conquis un public dans sa globalité. On a aimé et on le dit.

©Keren Ann

©Antoine Monégier du Sorbier

Hâte d’être à l’année prochaine.