Du haut de leurs 23 ans, les Danois du duo First Hate peuvent se vanter d’avoir dépoussiéré la synthpop grâce à leur son made in Copenhague aux influences new wave. De passage à Paris pour un concert au Petit Bain, Joakim Nørgaard et Anton Falck Gansted nous ont laissé passer en backstage pour leur poser quelques questions à chaud après leur live.

Soyons honnêtes, depuis la première écoute de Girls in the Club en 2014, une réaction quasi chimique d’addiction s’est déclenchée dans notre cerveau, le pavillon auriculaire hanté par la simplicité de quelques accords de synthé, une basse lourde qui coule, des claves qui frappent et la voix profonde qui caresse le tout. Les responsables ? Deux danois de 23 ans à la sobriété stylistique et dignes héritiers des jeunes années de Depeche Mode. Depuis leur premier EP sorti en septembre 2014, l’improbable duo de First Hate a pas mal tourné en Europe, attirant nerds, hipsters, fashionistas et un peu tout le monde à leur concert. Avec Mind of a Gemini, leur nouvel EP sorti en mars dernier, les Danois ont repris leur formule magique : une voix distante qui se traine sur des rythmes langoureux à bases de synthés et boite à rythme, des sonorités quasi robotiques sur certaines tracks, et un son qui donne toujours envie de bouger la tête d’avant en arrière. Tout n’est pas parfait, mais les garçons sont encore jeunes et méritent que l’on garde un œil très attentif sur eux. Le mois dernier, il faisait la seule date parisienne de leur tournée européenne au Petit Bain avec la team du collectif Purgatorio. L’occasion d’aller voir s’ils étaient aussi sympas en vrai que le présumaient leurs titres.


Alors ce concert c’était cool ?

Anton : Grave, à chaque fois qu’on vient à Paris il y a une super ambiance. On était déjà venu en 2014 sur une tournée avec Communions, ça s’était bien passé. Et puis on s’entend bien avec les mecs qui préparent le show, on les accueille quand ils viennent à Copenhague et vice-versa.

Joakim : Mais oui c’est toujours un plaisir de venir jouer en France, et puis surtout de trainer entre les concerts.

L’année dernière vous aviez fait une mixtape dans laquelle vous avez mis Voyage Voyage en intro : il y a une passion secrète pour Desireless au Danemark ?

Anton : Haha oui, en même comment tu veux ne pas avoir entendu parler de Voyage Voyage ? C’est une chanson culte, ça a dépassé les frontières françaises. Nous on est assez fan, mais je crois que les Français ont une relation un peu différente avec cette chanson.

Joakim : Et puis de toute façon on est assez francophiles, les croque-madame…

Anton : Croque-monsieur, café au lait…

Joakim : Ah on est des gros fans d’Alizée aussi.

Comment vous vous êtes rencontrés ?

Anton : A l’église.

Sérieusement ?

Joakim : Ouais, bon c’était il y a un petit bout de temps maintenant, on avait 14-15 ans. Quand t’es adolescent, tu vas à l’église pendant un certain temps et ensuite tu as une fête où tu reçois plein d’argent. Personne n’est vraiment croyant, mais tout le monde le fait pour l’argent. On l’a fait tous les deux, c’est comme ça qu’on s’est rencontrés.

Anton : Je crois que ça s’appelle la confirmation.

Joakim : Ouais un truc comme ça.

Et vous avez commencé à faire de la musique ensemble depuis ce moment ?

Anton : Non, non. On a commencé vers 17 ans, et puis au début on faisait plus des trucs chacun dans notre coin. En fait mon père m’avait filé un logiciel pour faire de la musique, je l’ai donné à Joachim et c’est comme ça qu’on a commencé à créer des trucs. On s’échangeait des sons. Par exemple, moi je ne savais pas faire les beats, donc je mettais juste des boucles que je choppais à droite, à gauche. Et comme Joachim était bon pour ça c’est lui qui les faisait.

Joakim : Et inversement Anton était bien meilleur pour les mélodies donc on s’est répartis les tâches comme ça.

Je vois que tu as un tatouage de Gémeaux, ça veut dire un truc ?

Anton : Ben juste que je suis Gémeaux en fait (rires). Joachim aussi est presque Gémeaux. On est né à dix jours de différence, Joachim est arrivé trop tard.

Joakim : Ouais je me suis raté et j’ai fini Cancer (rires).

Anton : En même on a quasiment la relation que pourrait avoir des frères jumeaux ensemble. On passe beaucoup de temps tous les deux, entre les compos et les tournées. J’imagine que c’est assez logique du coup.

Vous avez fait une grosse tournée à l’Est récemment, ça s’est passé comment ?

Anton : Oui, on est parti à Kiev, Saint-Pétersbourg et Moscou.

Joakim : Bon, en fait c’était qu’Anton parce que moi j’étais salement malade.

Anton : Il a choppé une pneumonie un jour avant le départ, du coup on ne pouvait pas annuler et j’ai dû y aller en solo. C’était un peu un « karaoke tour ». En tout cas l’Ukraine c’était complètement taré, les mecs montaient sur scène, enlevaient leur tee-shirt. Ils étaient dingues, apparemment on est super populaire en Ukraine. La Russie c’était chaud aussi, je sais pas pourquoi mais les pays de l’Est adorent notre son.

Justement, il vient d’où ce son ? Vous avez des inspirations ? 

Anton : On pourrait dire qu’on a un son à la fois froid et mignon (rires).   Plus sérieusement je crois qu’on n’a pas vraiment d’inspirations précises. Disons que  lorsque je crée de la musique en face de mon ordinateur, je m’imagine en train de danser. J’essaye toujours de penser à la manière dont tu peux bouger ton corps sur tel ou tel son. C’est un peu mon fil directeur.

Joakim : C’est à peu près ça. On n’a pas d’inspirations d’un groupe ou d’un genre en particulier. On a plutôt tendance à réfléchir à la façon dont on veut te faire sentir un son, s’il te rend triste ou bien, ce genre de truc.

D’ailleurs ça se voit sur scène.

Anton : C’est vrai qu’on a deux façons assez différentes de l’apprécier. J’ai tendance à beaucoup danser sur scène alors que Joachim est plus posé derrière son clavier et bouge de la tête.

Joakim : Ça me fait penser à un truc, tout à l’heure il y avait un mec tout devant la scène qui filmait tes pieds pendant que tu dansais.

Anton : Merde, ben écoute c’était peut-être un fétichiste. J’espère qu’il s’est éclaté (rires).

Ça te vient d’où cette façon de danser un peu chelou ?

Joakim : Au début il ne dansait pas du tout comme ça.

Anton : J’étais plutôt timide lors de nos premiers concerts. Et puis une fois à un festival on a eu un souci avec le clavier. Normalement je joue du clavier au début, mais là on a décidé d’enlever le clavier pour que je puisse chanter.

Joakim : Non, non, c’est parce qu’il était cassé.

Anton : Ah t’as raison, ouais le clavier était cassé. Et il y avait une longue partie de cette chanson où je n’avais rien à faire et il n’y avait pas de paroles. Alors j’ai commencé à danser parce que je me disais que je devais faire un truc. Un peu comme ça (il commence à se déhancher assis sur le canapé).

Joakim : Et le public a commencé à crier et à l’encourager donc il s’est encore plus lâché (rires).

Le nom du groupe ça veut dire quelque chose ?

Joakim : Ça ne veut pas dire grand-chose en vrai, je crois que c’est Anton qui avait pris la décision…

Anton : C’était un site internet qui s’appelait bandnamemaker.com, tu vas dessus, tu rentres un mot et ça te crée des noms de groupes de manière aléatoire à partir de ça.

Ah ben vous ne vous êtes pas foulés.

Joakim : A chaque fois que tu demandes le pourquoi du nom d’un groupe tu as toujours des histoires pas possibles. Nous au moins c’est simple à expliquer !

Merci à Petit Bain et à Purgatorio pour cette interview.

 Propos recueillis et retranscris par Jonathan Vayr