Comme un rêve poignant qui coule encore ses couleurs dans le café du matin, il est des voyages imaginaires qui ont plus de substances et d’exactitudes que la réalité : c’est un peu ce que conte Ariel Ariel avec « Mon île ». 

Affirmant ne jamais y être allé, l’avoir « juste rêvé » et en totale contradiction visuelle avec son évolution à travers des images exotiques, le musicien bordelais habille sa nostalgie prénatale de la Martinique en pop onirique. On se prend les pieds dans une batterie tribale et l’on est submergé par les rouleaux de synthé et de guitare, immédiatement emporté au large d’une invitation tropicale enchanteresse.

A l’instar de Charles Baudelaire humant à plein nez les charmes insulaires dans les tresses d’une maitresse créole dans le poème Un Hémisphère dans une Chevelure, Steven Monteau et Julien Renard se sont faits peintres des fantasmes caribéens avec des captures vidéos idylliques. Visions paradisiaques en style VHS ou effet granuleux de bobines, l’utopie devient dansante, frisant le psychédélique, avec ce faux « found footage » et ses répétitions-gif de crabes ou autres faunes, de déhanchés fleuris de thaitiennes ou des coups de rames de navigateurs joyeux sur pirogues.

Ariel Ariel

On voit dans les yeux d’Ariel Ariel le mythe insulaire du déraciné, et on l’entend avec un petit accent dandy à la Feu ! Chatterton de sa voix qui narre des merveilles. La conclusion du texte rappelle les structures traditionnelles de la chanson française où le dénouement est léger, malin, inattendu, charmant et profondément romantique.

Ariel Ariel termine son conte intime en s’exposant lui-même en fin de vidéo avec des tableaux, matérialisant ceux qu’il a brossé avec poésie entre souvenirs qui ne sont pas vraiment les siens, rêves puissants et fantasmes solaires d’un ailleurs. Il ne manque presque plus que l’odorat baudelairien pour achever d’exciter nos sens dans ce paradis perdu avec lequel il captive l’attention.