Sortie prévue dans les salles françaises le 1er juin 2016, le troisième long métrage de ce réalisateur dénote, interroge, remet en cause la société et nous transporte dans les profondeurs de nos peurs les plus intimes.

 John, encore adolescent, rentre chez son père après avoir purgé sa peine de prison et aspire à un nouveau départ. Mais la communauté locale n’a ni oublié, ni pardonné son crime. Sa présence attise les pires pulsions chez chacun, l’atmosphère devient menaçante, proche du lynchage. Rejeté par ses anciens amis et abandonné par ses proches, John perd espoir et la violence qui l’a conduit en prison refait peu à peu surface. Dans l’impossibilité d’effacer le passé, il décide d’y faire face.

Remarqué lors du Festival de Cannes en 2015 et apprécié par la critique, ce film raconte surtout les conséquences d’un crime et d’une impossible rédemption. Il ne parle pas de culpabilité, mais de responsabilité. Le réalisateur ne choisit pas de filmer un adulte mais John un jeune homme en fin d’adolescence. Peut-être est-ce un moyen détourné d’obtenir directement l’empathie du spectateur mais cela donne à ce crime le goût d’une certaine insouciance, d’une certaine inconscience.

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©Le Lendemain

Loin d’excuser cet assassinat, le réalisateur sorti de Lódz, célèbre école de cinéma polonaise, n’essaie pas non plus de l’expliquer. Il s’applique seulement à filmer John face à lui-même, confronté à la peur que les autres éprouvent envers lui. On finit par se demander à quel point ce crime est blâmable car Magnus Von Horn nous montre un jeune homme, perdu, seul face à son entourage. Un vieil adolescent qui essaie envers et contre tout d’assumer ses actes, de tomber amoureux, d’aller à l’école; finalement, de reprendre une vie normale après deux ans d’incarcération.

La magie de ce film tourné en pellicule réside dans la sobriété de la mise en scène. Les mises au point, les profondeurs de champs sont réfléchies, travaillées, poétiques et subtiles. L’image sobre et bleutée met en valeur la tristesse et le désarroi d’un jeune homme perdu. Cette magie réside également dans le scénario. John n’est pas seulement un criminel, il est avant tout et surtout un adolescent qui tente malgré tout de vivre, de se trouver ou plutôt de se retrouver. La proximité du personnage avec nous, spectateurs, contraste avec l’éloignement forcé que lui impose la société.

Tout concoure à la fabrication pure de l’émotion. Cette magie bouleversante transpire tout au long du film.

Nous en sortons alors différents, réveillés et avec la ferme intention de voir l’être humain dans sa globalité. De ne plus s’arrêter aux actes passés, de ne plus cataloguer ou caser mais bien au contraire d’estimer au jour le jour et surtout de pardonner.