Attrapés au vol entre la Maroquinerie et le Printemps de Bourges, Pierre (chant, guitare), Manu (basse) et Colin (batterie) de Radio Elvis ont répondu à nos questions malgré la fatigue de la tournée et de l’album « Les Conquêtes » sorti début Avril. Un phrasé rappelant Bashung, et une filiation évidente avec Dominique A ou Noir Désir, c’est toute la tradition de rock à texte qui vibre dans leur transistor.

Parlons de chiffre : vous en êtes à combien de concerts ?

Pierre : En deux ans et demi, environ cent cinquante.

Colin : Le live a évolué, au début on faisait trente minutes, ensuite quarante cinq avec des nouveaux morceaux, et maintenant plus ça va plus on joue et on arrive à faire des sets d’une heure et demi. Peut être que d’ici cinq ans on fera des concerts de cinq heures, à la Higelin.


Pourquoi avez vous préféré la langue française pour chanter ?

Pierre : Pour moi c’est ma langue maternelle, j’ai appris à l’aimer et je ne me suis jamais trop posé de questions. Quand j’ai découvert que je voulais faire de la musique, le français est venu comme une évidence. Je ne voulais pas le faire en anglais, d’abord parce que je n’en ai pas les facultés, ensuite parce que je trouvais ça intéressant de prendre du recul sur sa propre langue, en faire une sorte de langue étrangère à sa manière.

Quels artistes vous ont influencé ?

Colin : Ca n’a jamais été la chanson française qui m’a donné envie de faire de la batterie, c’est clair, mais j’en ai toujours beaucoup écouté à la maison avec mes parents. Plutôt des classiques, de Brassens à Souchon. Ce qui m’a donné envie de m’asseoir derrière une batterie c’est plutôt le rock anglais. J’ai toujours adoré chanter les mots en français, comme ceux de Bashung dans le camion avec mon père.

Manu : C’est plutôt le rock indé des années 90 à la base qui m’a donné envie de faire de la guitare, mais j’ai eu un déclic en bossant avec un groupe qui mêlait les deux. C’est là où j’ai compris que faire de la musique rock sur des textes en français pouvait être classe. Avant ça, bien sûr, il y a les classiques comme Barbara et plein d’autres qui m’ont touché.
 

Vous avez été influencés spécifiquement par la littérature ?

Pierre : Oui mais au même titre que les films, la musique et même la vie de tous les jours. Le but d’un groupe de musique est de retranscrire avec poésie la vie de tous les jours, celle où l’on ne se consacre pas du tout à la culture, et les moments où l’on lit, on regarde, on écoute. Colin regarde beaucoup de film, Manu écoute énormément de musique. Ça influence beaucoup. Je n’ai pas trop envie de mettre l’accent sur la lecture parce qu’en général on nous rapproche de cette dimension littéraire, et je n’ai pas la prétention de dire que mes textes le sont, ce ne serait pas honnête.


Vos titres parlent de voyages, et vous avez nommé votre album « Les conquêtes ». Pourquoi ?

Pierre : Dans « conquêtes » y a le mot con et y a surtout le mot quête. Justement la quête, c’est l’idée de l’explorateur comme St Exupéry qui a très bien décrit la conquête d’un territoire, les montagnes et les océans. Pour Jack London, à travers le voyage et la quête il y a quelque chose de beaucoup plus enfui et profond pour les personnages que la conquête bête et méchante. L’important c’est ce que l’on en tire spirituellement de tout ça. Il y a le côté très matérialiste qui n’est pas négligeable dans notre parcours  : évoluer avec notre groupe et essayer d’en vivre. Mais qu’est ce qu’on cherche en montant sur scène ou quand on écrit un texte ? Je garde la réponse pour moi.

Colin : Au départ on se disait qu’on partait à la conquête des gens, on a eu la chance de trouver des gens qui nous proposaient des dates et l’on jouait devant un public qui ne nous connaissait pas, ce qui est encore un peu le cas. Il y avait une sorte de défi de jouer pour tout le monde et aller chercher les gens un par un.

Manu : La conquête des gens c’est un peu comme le voyage, ce n’est pas la destination qui compte mais la manière d’y arriver. Pour rencontrer notre public et fabriquer un disque on n’a pas choisi de rentrer dans une major ou faire de la pub, mais en y allant progressivement concert par concert. Notre label (Pias) on l’a choisi également parce que c’est avant tout des personnes que l’on apprécie, c’est tout le sens que l’on y met.


Les concerts et la tournée qui sont des voyages, ça vous inspire des morceaux ?

Pierre : Je ne crois pas que l’on compose vraiment pendant la tournée, on le fait tous un peu de notre côté. Dans le bus, on dort et on décuve, c’est compliqué de faire des chansons, surtout quand on digère les sandwichs de l’autoroute. On compose également, parce que dès que l’on a un moment de relâche, tout ce que l’on a pu emmagasiner ressort directement dès que l’on se recentre un peu. Pour aller plus loin, il faudrait que l’on ait du temps à répéter tranquillement ensemble. J’ai remarqué que dès que j’ai un temps de libre, ça commence à revenir, mais il faut se remettre dans une démarche de lenteur, de calme et de solitude, redéfinir la temporalité de la journée, et allonger les heures.

Culture sauvage pour Radio Elvis ?

Manu : Punk

Colin : La rue

Pierre : Le Douanier Rousseau