Au troisième jour à Bourges, on a expérimenté pour vous le « Mythe de la Caverne » de Platon, en s’enchainant d’abord dans l’obscurité peuplée de fantômes hypnotiques de Fishbach, pour émerger ensuite sur les terres arabisantes de Bachar Mar Khalifé. On s’est fait une pause tropicale devant The Papooz avant de voler façon Icare en pat-def au travers des boules disco de General Electriks.

On s’élance en début d’après midi droit dans les ténèbres où Fishbach joue des oppositions entre la lumière de sa voix et des textes sombres en français sur les vagues synthétiques qui ramènent le 22 aux années 80. Seule avec sa tendre folie, la jeune femme de Champagne Ardenne tient la scène par son charisme un peu inquiétant, et fait trembler les cœurs de ses danses chaloupées. Sa reprise de « Night Birds » et son titre « Mortel » incarnent cette ambivalence de sonorités lugubres et pourtant irrésistibles, soutenues par des boites à rythme ultra efficace qui nous emmène jouer avec elle sur le « Béton Mouillé ».

Pour se réchauffer on change de décors en allant à l’Auditorium écouter les titres atypiques de « Ya Balad », le troisième album de Bachar Mar Khalifé accompagné d’un bassiste et d’un batteur aussi virtuoses que les mains du franco-libanais sur ses claviers. Les paysages varient de l’Atlas au désert, en passant par les bords de la Méditerranée pour l’artiste qui parvient à faire converger trip hop oriental, free jazz, reggae, et mélodies graves. Les gammes fusionnées de l’Orient et de l’Occident donnent des airs atypiques qui résonnent dans l’Auditorium. Elles déplaisent même à certain mais enchantent la majorité avec les chants arabes mystiques et nostalgique. Frisant parfois une musique classique expérimentale, Bachar Mar Khalifé sait également enjouer le public avec la reprise d’une chanson populaire qui rappelle les DJ set d’Acid Arab ou Omar Souleyman.


Autre lieu, autre ambiance, toujours dans le sud avec les cinq garçons de The Papooz dont la musique fait l’effet d’une glace vanille chocolat : rafraichissante sucrée et douce, leur pop solaire menée par un duo de voix fluettes fait la playlist idéale d’une virée estivale. Légers et détendus à l’image de leur mini tubes qui s’enchainent en douceur, on cherche à quels artistes se raccrocher (Beach Boys ? Belle and Sebastian ?) les yeux fixés sur les bouilles d’ange et les saps rétro.

Sur l’immense scène du W, General Electriks use du pouvoir de gravitation funky de la basse pour embarquer tout le monde dans des constellations pop et électroniques, où la candeur et l’efficacité font le carburant à une machine hybride, entre dance et structure pop rock, animé par de la nitroglycérine.

Dans le noir ou la lumière on n’a pas trouvé « la Vérité » chère à Platon, mais on aura bien dansé.