En festival, l’éclectisme de la programmation éclipse souvent la cohérence, d’autant plus lorsque l’on navigue de salles en salles. Celle que l’on a trouvé parmi ce que l’on a vu ce jeudi 14 avril c’est la poésie inhérente à chacun des artistes. Une chronique décousue et recousue en filant des métaphores.  

Avec ses fleurs dans les cheveux, une longue robe blanche, la grâce naturelle de la voix de Lola Marsh suscite des émois qui frisent le divin, comme si le doigt d’un ange s’était posé sur ses lèvres. Accompagnée par son groupe pour la dernière date de sa tournée, Lola Marsh se métamorphose en nymphe, l’Auditorium en jardin d’Eden, printanier et lumineux. Un conte de fée.

Sur O l’émotion se marie à la drôlerie des expérimentations narratives. Lorsqu’il évoque la naissance de sa fille sur « Echos », le folk prend des chemins inhabituels, de douce berceuse, à des montées rock et électronique, sans omettre la simulation vocale de l’accouchement. En poursuivant sur le thème de la mort, celle d’un ancêtre tué pendant les guerres napoléoniennes, les variations sont infinies pour illustrer la bataille sur « Un Torrent, la Boue », jusqu’au brutal coup de feu qui coupe l’histoire. Poèmes en prose d’un illuminé.

Si les textes soignés et directs de Marvin Jouno écrivent les échecs amoureux avec assurance et affirmation, les transitions révèlent un artiste un peu timide, visiblement très ému et modeste à l’Auditorium. Sa reprise du « Grand Sommeil » d’Etienne Daho s’infiltre parfaitement à son set où sa plume et sa voix rappellent Benjamin Biolay, Journal intime.

Patrick Watson et son piano incarnent à eux seuls les lectures apaisantes et exaltantes qui caressent les solitaires sous la couette. Avec ses musiciens, et surtout sa voix sublime, c’est tout le Palais d’Auron qui se transforme en dimanche hivernal. Emotion céleste.

Les six parisiens de L’Impératrice réveillent le 22 à grandes lignes de basses funk, de mélodies jouissives des synthés, et de néon avec une fosse endiablée comme une montée d’acide. Danse des tropiques.

L'Impératrice1

Feu ! Chatterton a la noblesse des intonations des vieux acteurs français, et son rock furieux et créatif se met au service de la narration du concert où l’on nous emmène en bateau, en avion, sur une plaine, ou sur la joue d’une andalouse. Son chanteur incarne la folie et la poésie, celle d’un symbolisme de voyages à la Corto Maltese. Littérature d’aventure.