Petite discussion avec Vincent, ambassadeur de SK Records et membre du groupe Noyades autour du label lyonnais qui s’implante de plus en plus à Paris : avec Société Etrange, Sathönay et Moon en concert ce mercredi au Supersonic et des dates courant juin à Mains d’Oeuvres qui invoquent l’apocalypse.


Comment est né le label SK Records ?

Ça existe depuis 1994 : au départ c’était complétement informel et c’est beaucoup resté à Lyon jusqu’à récemment où j’essaye de développer des choses à Paris. Au départ c’était un fanzine, avec des articles et des interviews papiers, puis quelques organisations de concerts et des cassettes et cds en sorties des groupes des mecs qui écrivaient pour le fanzine. Ça c’est un peu développé dans les années 1998 – 2000, et la raison principale de la création du label par Tristan et Nico Poisson est qu’il y avait un groupe de jeunes mecs de Lyon (Ned, DOPPLeR, Bananas At The Audience…) qui voulaient sortir des disques et ont monté un label local.

Il y a eu un premier âge d’or en 2005 où il y a eu des groupes comme Clara Clara, Ned, DOPPLeR qui tournaient pas mal en France et en Europe. A partir de 2007 – 2008 ça a commencé à se déliter, le label était en demi-sommeil avec un disque qui sortait tous les six mois mais sans trop de promo. En 2010 j’ai fait un stage à SK Records avec un pote, et ça a remis le truc en route, notamment avec le festival co-organisé avec Humanist Records. De nouvelles personnes sont venues dans le label, on est beaucoup plus actifs et on sort des disques autres que de groupes lyonnais. On ne refera pas le festival, 30 groupes sur deux villes en deux semaines avec zéro thune, ça fatigue.

Mais comme je suis à Paris, on va faire en sorte que le nom de SK Records sorte de l’entre-soi à Lyon, parce que les groupes défoncent et méritent autant d’exposition que les labels implantés à Paris. Mais c’est à nous de nous bouger et pour ça, organiser des grosses dates à Paris, notamment le 30 juin à Mains d’Oeuvres avec Destruction Unit, Noyades, et le 18 juin une soirée pour raser carrément Mains d’Oeuvres avec Unsane qui est un groupe de Noise mythique des années 90, les suédois de Victims, et des groupes grindcores français.

Quelle est la ligne artistique du label ?

Pour reprendre ce que dit régulièrement Alexis Paul (Humanist Records devenu Armure Provisoire) c’est surtout de la « musique aventureuse ». Même sans le chercher on a une cohésion dans nos choix, c’est indie, et c’est avant tout chercher à faire du nouveau, du frais et avec une âme. C’est assez simple en fait, et il n’y a pas besoin de grands discours en disant « sortir des sentiers battus », ou « hors du circuit des majors » : c’est vu et revu et ça commence à dater. Et puis si t’as un groupe qui marche, tu ne peux pas te plaindre. C’est un label de rock au départ, ensuite on n’a pas de côté hardcore, mais ça peut partir dans différentes directions.

Avec Société Etrange et Deux Boules Vanilles ça a fait deux trucs assez frais pour le label. Gum Takes Tooth également, on comptabilise trois groupes sans guitares, avec vachement de machines : c’est très différent musicalement du classique rock.

Sathönay – Reach Out from ║▌║ S.K RECORDS ║▌║ on Vimeo.


Pourquoi le nom SK ?

C’est un mystère, c’était le nom du crew de Tristan et Nico Poisson qui ont monté le label au lycée. Je n’en sais pas plus, eux mêmes rechignent à donner des explications, et  je crois que je préfère pas savoir…


Quelles sont vos relations avec les artistes ? Comment ça fonctionne ?

On est très peu interventionnistes. Si le groupe arrive avec un album prêt, c’est cool, s’il est en quête de conseil on est là aussi. Globalement, on a affaire à des artistes qui savent très bien ce qu’ils font, donc on n’a pas grand chose à redire. Pareil pour les visuels, ils arrivent souvent avec des choses belles et cohérentes. Nous on est là pour allonger l’argent, presser les disques principalement, et faire de la promo. C’est souvent des co-productions d’ailleurs avec d’autres labels comme on ne vend pas assez pour produire à 100%. J’aimerais qu’on mette l’accent sur la promo maintenant, savoir toucher les médias. On a été agréablement surpris récemment : le disque de Société Etrange est sorti en septembre en plein milieu de notre festival Humanist SK donc on n’a pas pu faire beaucoup de promo. Malgré ça, il nous est arrivé un truc qui ne nous arrive jamais : Hartzine nous a envoyé un mail pour demander de faire la première, alors que pour moi, Société Etrange était alors un jeune projet de Lyon encore très peu exposé, trois gars qui faisaient de la musique dans leur coin à Lyon. C’est peut-être parce que c’est François Virot de Clara Clara qui les a produits et enregistrés. On a vendu pas mal de maxi par rapport à ce que l’on vend d’habitude. A la lecture de la musique tu as d’abord l’impression de toujours entendre la même chose mais il y a des petits motifs qui se déclinent et se transforment. Si tu mets le curseur à 1min30 et ensuite à 3min30 c’est plus le même motif, ça a changé et ça se transforme très lentement.

Quel est le « modèle économique » ?

C’est assez contre productif en fait : on produit les disques, on passe une partie au groupe qui les vendent pendant leurs concerts. Nos stocks à nous partent plus doucement comme c’est en tournée qu’il y a le plus de vente. En gros : on se ruine et on attend de se régénérer.

Inès / Mer de l’Ours – M[[O]]ON from Take a Sip on Vimeo.

Peux tu nous parler de la scène indépendante à Lyon ?

Il y a une topographie singulière à Lyon, l’hiver il y a pas mal de squats qui ouvrent en dehors des lieux traditionnels de la scène underground comme le Grrrnd Zero, ou des salles de concerts comme le Sonic, le Trokson… Il y a une culture teuf qui est assez présente en ce moment j’ai l’impression, avec de l’électro assez expérimental, le Grrrnd Zero commence depuis trois ans à faire des ambiances club. Dans les trucs important à citer, il y a l’initiative « Ville Morte » : quelques personnes qui ont l’idée de regrouper un agenda de ce qu’il se passe. Ce n’est pas nouveau comme initiative, mais avec eux ça a vraiment marché, ils ont réussi à réunir toutes les organisations de Lyon. Ils ont un programme papier en dépliant de l’agenda des événements indépendants.

Si les groupes qui jouent au Supersonic étaient un extrait de film, lesquels seraient-ils ?

Mo(o)n : la scène d’ouverture d’Apocalypse Now.

Sathönay : la scène de danse autour du feu dans The Wicker Man (l’original, pas le remake avec Nicolas Cage of course).

Société Etrange : la scène de dancefloor au ralenti dans On achève bien les chevaux.

Le label en trois mots ?

Danse, amour et chaos.

[hr gap= »10″]

Rendez vous ce mercredi au Supersonic 

[hr gap= »10″]