Martha, fille du doyen de l’Université, et son mari George, professeur, invitent à l’issue d’une réception un jeune professeur de biologie et sa femme à boire un dernier verre. George et Martha vont jouer à mettre en scène leur rapport et leur drame devant le jeune couple, progressivement aspiré malgré lui dans ce qui va devenir un tourbillon, qui ne s’arrêtera qu’une fois les dernières illusions détruites.

Mise en scène par Alain Françon, cette tragédie moderne met en exergue les rapports conflictuels et amoureux d’un vieux couple marié depuis 20 ans.

Le thème de l’animalité chéri par Albee et que l’on retrouve notamment dans Zoo Story, est souligné avec génie par le metteur en scène. Deux vieux fauves, marqués par la vie et son ennui, se battent en duel comme des funambules sur le fragile et destructeur fil de l’alcool. Ils n’ont plus rien. Ces intellectuels bourgeois ont tout perdu ou n’ont jamais rien eu. Seul le langage qu’ils utilisent pour se rabaisser, s’insulter et créer des pactes pour se divertir de cet ennui mortel, leur permet de continuer à vivre.

La mise en scène absurde fait évoluer les personnages dans un décor unique conçu par Jacques Gabel. La lumière onirique de Joël Hourbeight rythme les émotions des personnages. Subtilement, elle nous emmène au Climax de l’oeuvre. Le travail sur les ombres souligne celle des âmes dont le cynisme a pris le relais sur l’amour.

Ce sont des fantômes qui évoluent tout au long de la pièce. Ils montent et descendent cet escalier placé à cour. Ils montent et descendent les marches de l’enfer, de l’alcoolisme et de l’ennui. Ils s’assoient sur ce canapé rouge placé à jardin en haut de scène et, comme un refrain, sortent de scène et se cachent pour boire.

©Dunnara Meas

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Les comédiens relèvent le défi haut la main. Dominique Valadier, toujours aussi incroyable dans ses interprétations, nous offre une Martha fragile et forte, séductrice et provocatrice, rongée par l’alcool et les regrets. Une Martha se complaisant dans l’amertume. On en oublierait presque la merveille interprétation d’Elisabeth Taylor dans le film sorti en 1966. Ce n’est pas un personnage que nous voyons sur scène mais un être humain dans toute sa complexité… Valadier a créé à nouveau Martha!

Son mari George, interprété par Vladimir Yordanoff, est mis en scène de sorte à montrer, non sans déception, l’homme dans sa fragilité, écrasé par cette femme si forte. Nous assistons aux états d’âme d’un homme bouffé par le pouvoir féminin.

Ce jeune couple, que Julia Faure (Honey) et Pierre-François Garel (Nick) interprètent à merveille, incarne celui que Martha et George était à leur âge. Nous comprenons alors comment tout a commencé pour ce vieux couple, comment ils sont tombés dans l’alcool, comment le fait de n’avoir aucune descendance les a détruit et comment les frustrations ont cramé leurs rêves.

©Dunnara Meas

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Tout concorde pour que l’écriture d’Albee soit magnifiée et sublimée. Les artistes ayant travaillé sur cette oeuvre mythique du répertoire contemporain, ont tout mis en place pour créer une unité autour de ce texte qui les relie.

C’est une pièce qui met sous le feu des projecteurs les pièges de la vie qu’ils nous faut à tout prix éviter, au risque de devenir comme Martha et Georges.

C’est, éblouis par une mise en scène subtile, bouleversés par les performances d’acteurs et admiratifs d’une écriture intemporelle, que nous sortons de ce spectacle.

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http://www.theatredeloeuvre.fr/qui-a-peur-woolf.html#.Vu_HazaXvuQ

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