Actuellement sur scène avec Les Anciennes Odeurs, écrit par Michel Tremblay et mis en scène par Richard Guedj, nous avons rencontré le jeune comédien Marwan Berreni le temps d’une discussion ensoleillée, aussi bien par le soleil hivernal que par l’enthousiasme de notre interlocuteur.  

Egalement présent depuis de nombreuses années dans la série Plus belle la vie dans le rôle d’Abdel,  Marwan évoque avec nous les enjeux du métier de comédien, de l’amour (et) de la scène.

As tu un petit rituel avant de monter sur scène ? 

Oui. Encore plus sur cette pièce. J’ai ce besoin de me préparer psychologiquement, vocalement. J’aime bien écouter quelques morceaux. Notamment une chanson que m’a fait découvrir mon frère, que j’aime beaucoup écouter pour me mettre en condition : « What Else Is There ? » de Röyksopp. Après échauffement vocal, j’essaye de prendre une voix plus grave, d’entrer dans mon personnage. J’ai vraiment besoin de le faire, surtout quand mon rythme de vie est comme celui que j’ai en ce moment. Je passe ma semaine à jouer un personnage à Marseille sur Plus belle la vie qui a 7 ans d’histoire et le week-end je remonte sur Paris pour jouer un autre personnage, qui n’a strictement rien à voir.

Il t’arrive de te confondre dans les deux personnages ? 

Oui, ça m’est arrivé une fois. Je ne m’étais pas assez échauffé et j’avais l’impression sur scène d’être plus Abdel que Luc. C’était assez perturbant !

Après 7 ans d’un même personnage, comment fait on pour passer en partie à autre chose ? 

Même si c’est la première fois que je joue un personnage régulier au théâtre, j’ai eu d’autres expériences en dehors de Plus belle la vie et puis mon personnage n’a cessé de changer en 7 ans. J’ai moi-même muri. Donc j’ai toujours eu l’impression de me renouveler. C’est la chance qu’on a avec une série comme celle-ci, on a le temps de se regarder, de progresser, de se confronter à ses défauts. Je n’ai pas eu l’impression d’être figé dans un seul rôle, mon personnage étant constamment en évolution. Donc m’adapter au personnage de Luc dans les Anciennes Odeurs n’a pas été très difficile !

Peut-être parce que tu lui ressembles? 

Un peu. Le personnage n’est pas moi, ces revendications ne sont pas les miennes. Mais les questions que je pose chaque soir au public, je me les pose à moi-même également.  Notamment les questions sur l’amour, ça me travaille beaucoup. (rires)

Et tu trouves des réponses ? 

Disons que comme Luc, j’essaye. Mais mes réponses sont personnelles, elles ne sont pas universelles. On ne peut jamais faire admettre à qui que ce soit que l’amour est de telle ou telle sorte. L’amour appartient à soi-même et à tous en même temps.  Les questionnements sont les mêmes mais les réponses changent selon ton âge, tes préférences, ta mentalité… Après tout il y a autant d’amours différents qu’il y a d’êtres humains.

J’adore parce que tu dis ça avec un immense sourire ! 

Oui parce qu’en ce moment je suis un peu comme Luc sur certains points. Je suis bien dans mon célibat, je profite. Je prends plaisir à le vivre comme ça, je prends du temps pour concrétiser des projets que je ne pouvais pas faire en couple. Donc d’une certaine manière je comprends mon personnage sur ce sujet mais on a aussi de grandes différences.

Comme ? 

Luc est plus passéiste que moi. Il vit dans le passé, il est en train de faire un point sur sa vie puisqu’il est en train de perdre un être cher. Pour ma part, je parle très peu du passé et je ne m’y attarde pas. J’ai remarqué que ça ne me faisait absolument pas avancer dans ma vie. Je préfère vivre le moment présent !

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Et pour ce qui est du métier d’acteur, ton personnage est très cynique lorsqu’il évoque son rôle dans une série à succès. On a forcément l’impression d’un écho fort entre ta vie de tous les jours et ton personnage.

Tu sais, si je suis encore dans Plus belle la vie au bout de sept ans c’est tout simplement parce que j’aime ce que j’y fais. J’ai la chance de faire un métier régulièrement, de me renouveler constamment, de rencontrer des acteurs, réalisateurs, producteurs et de travailler à Marseille. Je suis loin d’être à plaindre. Mais je peux très bien comprendre les frustrations de mon personnage même si elles ne sont pas miennes et Michel Tremblay avait un réel don pour écrire sur le métier.

Par exemple, je trouve le discours autour de la notoriété très intelligemment placé. Il y a une résonnance qui n’est pas pour autant insultante envers le public. En tant que comédien, on existe grâce au public, c’est un fait, sans lui on ne ferait tout simplement pas ce métier. Mais il est vrai que la notoriété n’est jamais évidente à gérer, il y a beaucoup d’avantages mais comme pour tout, cela comporte des inconvénients, notamment en ce qui concerne la vie privée.  Donc autant je peux rejoindre mon personnage sur ce point mais contrairement à lui, j’aime ce que je fais, que ça soit dans Plus belle la vie ou Les Anciennes Odeurs.

Au final, tu es un comédien qui aime jouer un personnage qui n’aime pas le personnage qu’il joue.  

Exactement. (Rires) Non mais ces questions sur la vision du métier de comédien sont pertinentes car Plus belle la vie est parfois dénigré par le milieu. Certaines personnes ont l’impression qu’on fait ça pour l’argent et non pas parce qu’on aime y être.  Ce qui est totalement faux. Après c’est vrai que beaucoup de gens jugent sans connaître mais je les invite à venir découvrir ce qu’on fait. Ils seraient surpris ! Et j’aime l’idée d’être dans un médium qui parle à de nombreuses personnes. Plus ça va, plus j’aime les blockbusters qui ont cette capacité à défendre des idées intelligentes tout en parlant au plus de monde possible. Pour moi c’est le but de mon métier. Après chacun à sa vision et ses moyens d’expressions. Je suis convaincu que le plus important, quoi que tu fasses, est que tu prennes du plaisir à le faire.

Et quels sont tes futurs projets ? 

Je travaille avec un jeune réalisateur qui s’appelle Antoine Besson et qui a créé le Storybook, un croisement entre un roman photo et un storyboard. On lance le troisième tome très bientôt. C’est un transgenre assez hallucinant et original.  Sinon, je m’installe petit à petit en Bourgogne. J’ai besoin d’espace, de liberté et j’ai un projet d’association avec mon meilleur ami qui est dans le dessin et le taekwondo. Donc on veut créer une association hybride avec des spectacles, du dessin, des arts martiaux etc… Donner des cours, créer des projets. C’est encore en réflexion mais ça va prendre forme.

Culture Sauvage pour Marwan ? 

La chasse ou l’univers du graffiti.

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Marwan Berreni est à retrouver sur scène tous les week-ends 

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