« Travailler la lumière, c’est travailler sur les ombres pour que la lumière de la matière apparaisse. »

« Être directeur de la photographie, c’est densifier la vision du metteur en scène, c’est matérialiser son rêve, c’est utiliser la technique pour en faire de l’art. »

Le dernier jour du festival Caméflex-AFC, nous avons eu la chance d’assister à une masterclass dirigée par Mahmoud Kalari en la présence de Pierre-William Glenn, de Darius Khondji et d’autres grands cinéastes.

Pierre-William Glenn est l’un des chefs opérateurs majeurs de la nouvelle vague française. Darius Khondji est l’un des directeurs de la photographie les plus côtés du cinéma contemporain. Il a travaillé sur les premiers films de Jean-Pierre Jeunet et collabore avec Woody Allen.

Ce mercredi 10 Février, nous avons eu l’honneur d’écouter ces trois pointures parler avec passion et coeur de la photographie au cinéma, de son émotion, de leurs expériences et de leur façon d’aborder leur art. Nous les avons aussi écouté discuter de leur relation au scénario et avec les réalisateurs.

Ce sont des artistes-artisans qui essaient sans cesse de se renouveler, de trouver de nouvelles façons d’utiliser la technique pour mieux servir et sublimer, à leur manière, un scénario tout en suivant la vision proposée par le réalisateur.

Nous apprenons que Khondji s’inspire de Kalari et inversement. Nous découvrons deux hommes qui se connaissaient peu avant le festival. Réunis par leur passion pour quelques jours, c’est avec une complicité rare que nous les admirons discuter ensemble de leur travail.

Kalari nous confirme qu’il travaille avec passion sur des films à petits budgets.

« Des films dont le but n’est pas de gagner de l’argent, mais de ne pas en perdre ». 

Alors il joue, comme un enfant. Pour lui,  image et lumière sont des jouets avec lesquels il doit s’arranger pour créer quelque chose à la hauteur de l’exigence du réalisateur et de la sienne. Quand il a travaillé sur « Le Passé » de Asghar Farhadi il avait tout ce dont il avait besoin. Il n’avait jamais vu ça.

« J’arrive sur le plateau le matin à Charles de Gaulle. Je vois un énorme projecteur de 12KW, donc je dis que j’ai seulement besoin de 4KW. Ils me disent alors de n’utiliser que la 4 KW! En Iran ça aurait été l’inverse… Ce sont deux façons de travailler. Mais en Iran, j’ai du apprendre à me débrouiller avec les moyens du bord. En France, c’est fabuleux, mais différent. »

Puis, nous découvrons les débuts de la carrière du chef opérateur. Mahmoud Kalari a commencé en tant que photo-reporter à l’agence Sigma. Il ne se destinait pas du tout au cinéma. Mais il est repéré par le réalisateur de Les routes froides qui l’engage sur son film tout en sachant qu’il n’avait aucune formation cinématographique.

Et grâce à cela, nous voici face à un photographe du mouvement. Ses photos racontaient déjà une histoire, elles étaient cinématographiques. Ce métier, directeur de la photographie lui collait déjà à la peau.

Ce n’était qu’une question de temps.

Nous avons assisté à la projection de la toute nouvelle restauration d’Extérieur-Nuit, un film réalisé par Jacques Bral et photographié par Pierre-William Glenn. Le chef opérateur a aussi dirigé la restauration du film. Les deux sont présents. Les deux nous parlent du film, chacun avec leur sensibilité.

Jacques Bral a fait appel à Glenn car pour lui aucun des chefs opérateurs de l’époque n’étaient capables de filmer en mouvement une nuit comme il l’a voulait. Ils ont donc collaboré. Et là, c’est la sensibilité de Glenn qui s’exprime.

« La nuit comme je la vois ne se filme pas en 35 mm, elle se filme en 16 mm ». 

Glenn et Bral sont deux opposés. Glenn est rapide et plus efficace le jour. Bral est lent (6 semaines de tournages, 18 mois de montage pour Extérieur-Nuit) et vit la nuit. D’une contradiction, de deux caractères opposés est né un film qui a marqué toute une génération.

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Une masterclass qui donne l’occasion à un très beau festival professionnel de se clôturer sur la remise du prix pour l’image  décerné au film court Fear, photographié par Adam Mach et réalisé par Michal Blasko.

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