Rencontre avec Medhi Cayenne et YAO, deux artistes dont l’amitié est aussi solide que leur passion pour la musique et l’art, avec qui on a échangé sur la critique, le métier d’artiste et la vie qui s’en rattache. 

Depuis combien de temps vous vous connaissez ? 

YAO : On se connaît depuis qu’on a 13 ans. La première pièce de théâtre que j’ai écrite, Mehdi jouait dedans. La première fois que j’ai perdu un concours oratoire s’était contre lui aussi ! (rires)

Mehdi : Il était mieux sapé que moi par contre !

YAO : Mais je lui ai pardonné ! Et puis c’est beau de constater qu’après dix-quinze ans, on se retrouve à faire la même chose et donner la même interview.

Si chacun devait décrire la musique de l’autre ? 

Mehdi : Bonne chance !

YAO :  Si je devais décrire sa musique  je dirais que c’est un paysage sonore pop et électro aux textes bien travaillés ! T’aimes ça Mehdi ?

Mehdi : J’adore. Faut que tu écrives mon dossier de presse ! YAO je dirais que sa musique est lisse et lumineuse,  dans la tradition du slam avec des accents pop, soul et RnB. Je trouve aussi que lorsqu’il est sur scène il a des allures d’Ottis Redding.

Comme j’aime bien vous donner mon boulot, quelle question aimeriez vous poser à l’autre ? 

Mehdi: Qu’est ce que ça signifie pour toi grandir dans sa démarche artistique?

Yao : Déjà j’ai tendance à dire que c’est une bénédiction. Te retrouver à faire ce que tu voulais faire à quinze ans est une chose incroyable qui te permet de te dire que tout est possible. S’épanouir comme je le fais développe une perspective d’avenir sans barrières. Je ne vois jamais les obstacles, parfois trop.

Mehdi : C’est ton tour.

YAO : Après tout le travail que tu as fait, comment appréhendes-tu cette arrivée en France ?

Mehdi : C’est une question intéressante car elle revient souvent. Pour moi la passion et le métier sont les mêmes partout, même si on change de continent. Je me suis construis à la sueur de mon front et j’ai joué dans beaucoup d’endroits différents aussi bien dans des grandes salles que les petites,  devant des enfants ou encore dans un hôpital. Donc je ne me sens pas déstabilisé d’arriver en France. La musique est avant tout émotionnelle, donc on ne peut pas retravailler son émotion. Et puis les changements sont plus business qu’artistique.

YAO : C’est vrai ! Parfois on nous demande de retravailler des choses de notre album pour un public.

Ça reste tout de même difficile d’aller trouver ce qui va plaire à toute une population !

Mehdi : C’est clair. L’art n’est pas une science exacte. L’industrie musicale est pleine de gens dont le seul objectif et la seule consolation sont de te convaincre pour se convaincre eux-mêmes. Mais en art, il n’y a pas de bonne couleur, de recette miracle. Tu dois faire confiance à ton ressenti. Tu chantes bien, tu chantes mal, tu bouges trop ou pas assez, il faut écouter les critiques mais rester soi-même.

YAO : J’ai une très bonne amie qui m’a dit cette phrase un jour : « je ne pourrai jamais faire ce que tu fais parce que vous vous exposez constamment à la critique. » N’importe qui sans même savoir ce qu’est ta musique ou ton art se permet de critiquer. C’est un fait.  Après quand ça vient de partout il faut se remettre en question mais parfois, il faut savoir s’en écarter.

Mehdi : Il faut se protéger. On est dans un monde un peu crève cœur, les gens dans notre métier qui finissent fous, sociopathes, alcooliques ne sont pas l’exception, ils sont la règle. Donc il faut s’assurer de garder une naïveté pour se protéger des aigris.

Est ce que ces gens ne craquent pas aussi à cause de la pression ? 

Mehdi : Les gens nous demandent souvent comment on gère la « pression ». Je ne sais pas si c’est parce que je suis maso mais personnellement j’adore la pression. Je ne la trouve pas négative.

YAO : On excelle beaucoup plus sous pression. Un prof de théâtre me disait que tant qu’on possède encore le trac, cela prouve qu’on veut bien faire et qu’on a encore la passion de le faire. Le jour où l’on n’a plus de pression, il faut s’arrêter.

Donc votre remède miracle pour ne pas devenir sociopathe? 

Mehdi : Pour moi, la meilleure façon de ne pas capoter est d’être reconnaissant. Je suis très heureux de pouvoir jouer mes chansons, de voyager, d’avoir mes mains et mes jambes.

YAO : En réalité il faut simplement vivre sa légende personnel.

Culture Sauvage pour Mehdi et YAO ? 

Mehdi : Néo-indigénisation.

YAO: La source. Tout vient de là.