Tendre une oreille chez Cranes Records, c’est être aspiré dans un tour du monde de la scène shoegaze. Tochigi, Boston, Bristol, Tijuana, Melbourne, Rennes, Lille, Valence, Paris ou Le Mans, autant de villes où les deux anciens étudiants des Beaux Arts dénichent des perles (plutôt que d’en enfiler). Style musical né dans les années 80, le shoegaze se caractérise par des vagues de pédales de distorsions et d’effets qui submergent et donneront un nouvel élan rock aux années 90 avec le grunge, son cousin nettement moins introspectif. Le vinyle comme matière première, Cranes Records brille aussi par ses clips et surtout une passion tenace pour rechercher toujours plus loin au travers des « murs de sons »

Comment est né votre projet de label ?

On a monté le label avec un ami étudiant aux Beaux Arts du Mans qui est maintenant dans le design, et moi dans le montage vidéo. C’était lors de notre deuxième année aux Beaux Arts en 2012, on y pensait déjà depuis un an : il fallait qu’on trouve quelque chose à faire à côté des études, et ce qui était cool avec lui c’est qu’on commençait ou finissait nos phrases comme deux jumeaux. Je connaissais déjà un peu le Mans et quelques groupes comme les Dead Mantra, lui venait juste d’arriver. On a voulu les sortir en EP, ils devaient le faire à la base sur un label anglais Outlier Records, mais le mec se barrait avec la thune des groupes… J’avais déjà fait la pochette à l’époque, du coup la sortie s’est faite deux ou trois ans plus tard, et ça nous a mis le pied à l’étrier.

Pourquoi avoir monté un label ?

On n’avait pas prévu de faire un label du tout. On voulait avoir un projet plastique à la base, en lien avec la musique. La première idée était de réaliser des bootlegs, c’est à dire des enregistrements sans autorisations de lives en captation dans le public ou sur la table de mixages. C’est des sortes de plans pirates. Mais comme on connaissait des groupes, on est passé de l’idée de bootlegs à nos groupes de potes. On l’a fait parce qu’on avait le temps. On a dix ou onze groupe, d’ici la fin de l’année on sera une quinzaine.

Concrètement, que faites vous ?

On fait tout, à l’exception des rééditions où on garde l’illustration de la pochette, pourvu qu’elle reste dans notre ligne esthétique. Pour les studios c’est les groupes qui s’en occupent, on surveille de loin, si le mix n’est pas très bon on discute, on aiguille comme on a maintenant la même personne qui s’occupe des mixages. Mais le but c’est de laisser la liberté artistique. On s’occupe beaucoup du vinyle, la confection et la vente. Pour le mastering, en général c’est les presseurs qui nous donnent des indications. On s’occupe pas du tout du digital, on laisse les groupes s’en occuper également : vendre 100 disques sur iTunes et se retrouver avec cinquante centimes, c’est bizarre. On va surement le développer pour se faire plus connaître, les réseaux d’écoutes en streaming marchent bien par exemple, mais on ne le fera pas pour la vente. On n’est pas trop opportunistes sur l’argent en général.

Quel est votre « modèle économique » ?

C’est un système 30 / 70. Quand on produit des disques on passe aux groupes des disques en physique : sur 300 tirés, on en file 100, quand le disque n’a pas couté trop cher. Quand il coute un bras on en passe 70. Sinon on se fait un peu d’argent sur les concerts, des t-shirts… Mais c’est surtout les disques physiques. Tout vient de là : pour en produire d’autres, pour les promouvoir avec des clips. Et bien sûr on paye les réalisateurs de ces clips. On galère parce qu’on a trop de clips à faire, on est obligé de refuser par manque d’argent, ou essayé de s’arranger en collaborant avec de la musique pour des plus longs formats. On travaille souvent avec les mêmes vidéastes, ils le font avec plaisir mais il faut quand même rétribuer. Pour donner une idée, on tourne autour de mille euros pour faire un clip par exemple, et c’est pas beaucoup.

Pourquoi le nom Cranes Record ?

C’était génial de rencontrer quelqu’un qui connaissait et aimait le groupe Cranes. On s’était fait une clé USB de trucs qu’on kiffait, et c’était mignon parce que Cranes c’était le groupe qu’on connaissait et qu’on adorait tous les deux. On a cherché, on avait un logo avec Lemmy Kilmister, ça s’appelait « Captain Records », mais dans le fond c’était tout pourri. Cranes c’était bien, et pas grand monde connaît. C’est un groupe gothique qui faisait les tournées de The Cure, ils existent toujours et sont considérés comme « proto shoegaze » : avec un son électrique et éthéré on trouve toujours un lien de parenté des groupes que l’on produit des plus pop aux plus brutaux. C’est aussi le nom en anglais pour les grues : on aimait bien l’idée d’aller chercher quelque chose pour le porter.

 

[hr gap= »10″]

Retrouvez Cranes Records et ses artistes ce mercredi à l’OPA:

https://www.facebook.com/events/1679845602286659/

http://cranesrecords.com/news/

[hr gap= »10″]