Le 10 décembre dernier, le magazine The Drone, radar de la scène musicale underground, faisait son arbre de Noël à la REcyclerie. Sous son sapin, des dj sets et surtout des labels venus exposer leurs vinyles et rencontrer le public. Parmi eux, Lentonia, label exclusivement composé de femmes qui œuvrent pour une musique électronique féministe. A l’étage de la ferme urbaine de la Porte de Clignancourt nous avons pu rencontrer Emmanuelle De Hericourt, qui pilote avec Elise Pierre le label cosmique.

Comment vous êtes vous rencontrées avec Elise Pierre ?

Elise Pierre a fondé le label aux Etats Unis. Dans un premier temps, c’était pour s’auto produire avec son projet Elmapi, ensuite elle a implanté le label en France et a décidé de produire d’autres artistes. La première artiste c’était moi avec mon projet EDH, on s’est bien entendue, on a continué ensemble.

Pourquoi le nom Lentonia ?

C’est la planète de la lenteur que nous avons inventé, tout simplement. C’est l’idée de la lenteur en contradiction avec un monde surboosté.

Pourtant, vous semblez très actives, avec notamment un catalogue fourni…

Il est fourni mais on ne sort que deux ou trois disques par an. En 2016 on va en sortir cinq et c’est vraiment exceptionnel, d’habitude c’est beaucoup plus lent, ce qui nous convient très bien. Parmi les cinq albums avenir, il y aura « Rien » de Pérrine en Morceaux. Un projet électro-pop très puissant qui est déjà bien rodé, MADmoizel dans un registre plus dancefloor, Judith Juillerat dans une veine plus électro, Cazzurillo en coproduction avec le label belge Cheap Satanism et enfin le nouvel album d’Elmapi. Ca va être une année vraiment très riche.

Comment Lentonia a rencontré Ah! Kosmos ?

On s’est rencontré via le groupe Kim Ki O qu’on a sorti il y a trois ans sur le label. Les deux groupes viennent de la scène d’Istanbul. Ah! Kosmos vient d’ailleurs de faire une tournée européenne. Elle a tourné sur de gros festivals comme le Sónar cet été et nous sommes très heureuses qu’elle ait accepté de faire ce crochet à Paris pour jouer sur la carte blanche de Lentonia à L’OPA.

Votre label est uniquement féminin : avez vous constaté des changements depuis 2008 dans l’univers de la musique en terme de représentation des sexes ?

Il n’y a pas eu beaucoup de changement, ça reste équivalent. Ma référence sont les magazines dans lesquels on apparaît comme New Noise, Magic, Trax, Gonzaï… et je trouve que la proportion est toujours la même : 85 ou 90% d’hommes. Je ne sais pas si t’as vu les fameuses photos de famille de Trax et New Noise il y a deux ans sur les scènes qui se renouvellent, mais tu n’y vois aucunes femmes. C’est un peu curieux, on aimerait bien rétablir une balance à notre petit niveau.

Quels sont les trois mots qui définissent le mieux Lentonia ?

Electronique, DIY, féminisme.

En parlant de DIY, quelle économie adoptez / adaptez vous aujourd’hui ?

La question économique est importante parce qu’on y réfléchit de plus en plus, comme ça devient de plus en plus dur de se maintenir financièrement dans le milieu de la musique. Nos moyens de productions changent, nos moyens de communications également, tout est en constante évolution. Avant on faisait des tirages plus gros, on avait peut-être un peu plus de mal à se rembourser. Depuis deux ans on est passé au streaming. On fait moins de disques physiques mais on nous écoute à fond sur Deezer ou Spotify, mais ça rapporte des cacahuètes. On est passé de mille exemplaires de CD tirés à deux cents. En ce qui concerne les vinyles, on en tirait trois cents, maintenant on essaye de trouver des plans pour en tirer deux cents. Ce changement fait que l’on n’a plus le droit aux subventions, on se repositionne sur une base totalement indépendante, ce n’est pas plus mal.

Vous avez sorti votre première compilation en mai de cette année. Pourquoi maintenant ?

On en avait envie seulement là, maintenant, ça s’est fait d’un coup. On espère pouvoir en faire d’autres, c’était très chouette d’arriver à réunir une quinzaine d’artistes qu’on aimerait toutes sortir.

Quelles sont vos relations avec les autres labels ?

Bonnes ! Sans doute pas assez fournies, on connaît bien Anywave et Le Turc Mécanique avec lesquels nous organisons les soirées « Tiers Etats », on va d’ailleurs essayer d’en faire une prochainement. Parfois je me dis que ce serait bien d’être plus solidaire sur certaines choses avec d’autres labels, je recherche des collaborations en ce moment et c’est parfois un peu difficile, j’aimerais que ce soit plus fluide entre nous tous.

Peux-tu nous parler des groupes de mercredi ?

Judith Juillerat c’est notre prochaine signature, elle a commencé sur le label Shitkatapult qui est un label berlinois. Avec les difficultés actuelles ils ont resserré le catalogue et du coup elle a fait parti du « licenciement économique ». Son nouvel album est une merveille, on est impatiente de le faire découvrir.

Ah! Kosmos est une artiste montante de la scène électro turque, on en entend parler depuis un bon moment et on a beaucoup de chance de la faire jouer mercredi.

Mon projet EDH est plus dark, synth wave… C’est toujours plus compliqué de parler de soi ! Il y aura également un dj set de Fabienne Guinot qui produit et anime La Trayeuse Electrique, une très bonne émission sur la bande FM consacrée aux indépendants synth wave / electro/ post punk. Ça s’écoute le dimanche soir sur Fréquence Paris Pluriel.

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Retrouvez Lentonia et ses artistes ce mercredi à l’OPA:
https://www.facebook.com/events/954218017978535/

Lentonia Records :
http://lentonia.com

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