Assis sur son banc, dans la rue, guitare à la main, Lucien -Renaud- joué par Guillaume Cramoisan et son look dandy parisien nous hèle, nous, les badauds-spectateurs.

Avec son béret et son franc-parler façon années 70 (« Vous voulez entendre une ptit’ chanson M’sieurs Dames ? »), il nous invite à écouter sa musique, son histoire. Comme si nous étions de nouveaux copains, il nous présente sa vie, son petit monde : ses potes Gégé, Manu et la Teigne, avec qui il fait les quatre cents coups dans la rue. Beuveries, castagnes et drague, tout y passe. Ça boit, ça danse et ça chante : la liberté, chez eux, c’est comme une maîtresse un peu trop jalouse.

Dix ans plus tard, nouveau décor avec son HLM (« Qu’il est blême, mon HLM… »), nouvel entourage : Pépette sa femme qui attend un enfant, le voisin policier ‘beauf’ et la concierge africaine envahissante. Plus de poteaux, plus de liberté, mais des responsabilités : Lucien doit subvenir aux besoins de sa famille. Le dernier décor, enfin, ce jeu télévisé qui le fera connaître du grand public avec sa chanson « Mistral Gagnant ».

Bien que la vie de Renaud ne soit pas des plus gaies, on se fend la poire tout au long de la pièce. On se marre devant Renaud qui reprend un péon dans la rue sur sa façon de parler (« Il faut que je m’en vais » « Non ! Que je m’en aille, c’est de l’imparfait du subjonctif »). On s’esclaffe quand son pote gégé ne comprend rien à l’anglais ou encore on se gondole devant l’interprétation bling bling de Mistral gagnant sur un plateau télé.

A travers les étapes de sa vie, on rencontre un Renaud plus effacé que les autres personnages de la pièce, plus observateur qu’acteur, en fait. Et l’on comprend alors que l’inspiration du chanteur c’est son entourage, son environnement : sa bande, sa femme, sa famille, son HLM… Pris une par une les personnes excentriques qui l’entourent ne semblent pas avoir d’influence sur lui, mais toutes ensemble, ce sont les pierres d’un mur solide et cohérent qui prend forme sous nos yeux, et sur lequel Renaud s’accoude et laisse courir son imagination. ed4012cd-9f82-44ce-9df6-3516f8725d41

La liberté qu’il adore, les bourgeois bohèmes qu’il déteste, la société de profit qu’il méprise : tous ses sujets qui lui sont si chers sont repris de manière juste dans la pièce, sans appuyer un seul instant sur la personnalité très politique du chanteur. Et c’est tant mieux. Car il ne faut pas oublier qu’en dépit de ses idées parfois extrêmes, Renaud et ses chansons émeuvent.

Moments tendres fredonnés en solo («Pierrot, mon gosse, mon frangin…») ou tristes chansonnés en chœur (« Les charognards »), le choix des musiques ainsi que leurs interprétations sont sacrément bien pensés. L’énergie qui se dégage de la pièce est revigorante, entrainante. De temps en temps, on frappe dans nos mains, on chante. La barrière entre les acteurs et nous est infime, presque inexistante. A la fin, pendant un instant, on a presque l’impression qu’on en a fait partie, du p’tit monde de Renaud.

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Durée du spectacle : 1h45

Pour tout savoir sur « Le P’tit monde de Renaud », http://www.latroupeduphenix.com/

Pour plus d’informations sur la programmation du Théâtre Alexandre Dumas appelez le 01.30.87.07.07 (du mardi au vendredi de 13h30 à 18h) ou rendez-vous sur www.tad-saintgermainenlaye.fr  

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 Contributrice : Mahault Lecuyer