Dans son atelier de Belleville qu’il partage avec un artiste plasticien, Alexis Paul nous a reçu dans la quiétude des orgues, des vinyles et des croquis : une constellation d’objets et de simulacres de rêves étoilés. Ce n’est pas tellement un hasard pour un musicien qui a développé son projet de label avec Romain Limacher, lui aussi originaire de Saint Genis Pouilly à la frontière suisse où gravitent les atomes et les particules expérimentales du CERN.

Les musiques d’Humanist Records ? Instrumentales, expérimentales justement, fondamentalement oniriques et cosmiques. Si nous n’avons pas réussi à élucider les mystères de l’univers, on a fait une rencontre stellaire avec le label qui veut (pensait) « détruire le chagrin du monde ».

Pourquoi le nom Humanist Records ?

L’idée était de remettre l’humain au centre de l’industrie du disque et oublier le côté systématique de la production. Avant tout, on voulait créer une expérience humaine, faire un disque était presque un prétexte pour favoriser autre chose. Mettre comme fondement du projet la poésie et le « do it yourself » au meilleur sens du terme. On s’intéresse à l’art pour la tension qu’il a avec le monde en général, les aspects sociaux, économiques entrent aussi, on a une vision holistique des choses. Il y a toujours une réflexion là dessus.

Comment fonctionne ce projet poétique ?

Ça se traduit par une façon de travailler complètement différente des labels traditionnels. À bien des égards, et à raison, on nous a considéré plus comme une maison d’édition phonographique comme on ne produit pas d’artistes. Et il n’y a aucuns contrats, zéro papier, juste de l’énergie positive sur laquelle se reposer. On défend les artistes avec nos moyens, des vinyles 33 tours principalement. On a aussi dérivé sur un festival de musique indépendante au sens large impliquant d’autres personnes. Dans le label, Romain a plus un rôle de logistique, webdesigner, et moi de direction artistique entre guillemets, et la partie administrative. 

Et avec quel modèle économique ?

Il n’y avait pas de modèle, on a fait des études de gestion mais on est dans un principe d’économie poétique. L’idée s’est de se concentrer sur l’énergie mise dans les projets. En faisant des pressages à deux cent exemplaires la rentabilité est difficile. On n’a jamais eu projet de se faire de l’argent, juste de lancer un projet quand on arrivait à en avoir un peu avec des concerts, des disques. En terme d’économie c’est une aberration totale. C’est pour ça « économie poétique » : on le fait malgré tout, comme si l’on tendait à s’écrouler.

Qu’est ce qui a changé depuis le début du label ?

Au fur et à mesure des vinyles qu’on a sortis, des festivals qu’on a montés, tu grandis, tu évolues, et ton rapport aux choses change. Personnellement j’étais très intéressé par le courant de pensée humaniste, ce qui n’est plus autant le cas aujourd’hui comme je le considère comme trop anthropocentrique. Je m’intéresse maintenant beaucoup plus à la cause animale pour laquelle j’ai toujours portée une attention particulière. L’humaniste de départ du projet s’est un peu déformé, j’ai donc voulu changer de nom pour mieux correspondre à ce que l’on est maintenant.

 Comment va s’appeler ce nouveau projet ?

« Armures Provisoires » c’est la continuité d’Humanist Records. A l’époque on avait un slogan qui accompagnait notre nom, et qui sera toujours vrai avec le nouveau : « pour détruire le chagrin du monde ». C’est la phrase du groupe Belle Arché Lou. On l’a gardé, c’est un beau moyen d’afficher ce qu’est pour nous la musique. L’art c’est quelque chose qui protège. Provisoirement parce qu’un disque ou un projet ça a une durée de vie éphémère, et éternel à la fois. C’est cette dichotomie qui est très belle. Voilà la réflexion qui nous a amené à faire muter le projet. Je pars un an avec mon orgue mécanique faire une tournée des résidences d’artistes du monde entier, c’est une bonne période pour opérer le changement. Dans la nouvelle structure Romain va plus s’effacer comme il monte un projet à coté, il va rester en support technique. Je me suis associé avec Arnaud Piccolier, artiste qui s’occupera du côté graphique du projet. On va chercher quelqu’un pour la com’ et promo.

La transition va se faire entre le 30 et 31 décembre, soirée avec performances, il y aura une édition papier d’un fanzine pour expliquer cette mutation.

Quel sera le cœur du projet avec Armures provisoires ?

De plus accompagner les projets avec de la direction graphique, et de sortir de la façon de sortir de la musique. Au lieu de sortir un EP ou un disque, on va faire des collaborations inédites. Faire se rencontrer des artistes, produire un 45 tour qui sera ni un album, ni un EP mais le fruit de cette rencontre, qui existera juste ici.

Peux tu rattacher un groupe à une œuvre ou un artiste ?

Las Lochos Del Ritmo, musique improvisée noise, on peut rapprocher ça de la scène no wave new yorkaise à l’époque de Sonic Youth.

Rhodes Tennis Court est un duo composé d’un artiste qui vient des Beaux Arts, et d’un guitariste ambient. On est assez proche de l’esthétique post rock avec un côté plus improvisé, dans le genre Aidan Baker.

Et Dianthus mon projet avec Samuel Trifot se place dans une esthétique un peu Drone même si tout le monde utilise ce terme. De la musique très minimaliste entre Moon Dog et La Monte Young. Sans prétentions aucunes !

https://www.facebook.com/events/1083186691715025/

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