Incontestable révélation aux Etats-Unis, « Toute la lumière que nous ne pouvons voir » est un roman écrit par Anthony Doerr. Paru le 6 mai 2014, le livre sort en France en 2015 et obtient le prix Pulitzer dans la foulée.

« Toute la lumière que nous ne pouvons voir » c’est l’histoire de deux adolescents, du début du nazisme jusqu’à la Libération. Marie-Laure est une française aveugle, férue de livres, qui a quitté Paris pour Saint Malo avec son père afin de fuir la guerre. Werner, quant à lui, est un orphelin allemand. La Wehrmacht utilise son don pour les transmissions électromagnétiques dans le but d’écraser la Résistance. Ils sont ennemis, tout parait donc les séparer. Pourtant, leurs vies vont s’entrecroiser.

C’est la radio qui les reliera. Cette technologie, si ambivalente à l’époque, source d’espoir mais aussi de mort.

Marie-Laure et Werner, personnages attachants, nous font partager leurs angoisses, leurs peurs et leurs hontes. Honte de leur faiblesse, de leur manque de courage parfois. Comment pourrions-nous les blâmer dans de telles circonstances ? On se prend à se regarder dans la glace. Et nous, qu’aurions nous fait ?

« Le cerveau est, bien entendu, dans une obscurité totale. Il flotte dans un liquide transparent à l’intérieur du crâne, jamais éclairé. Et pourtant, le monde qui se construit dans notre esprit est plein de lumière. Il déborde de couleur et de vie. »

Dans ce roman, Doerr nous dépeint un Saint Malo ravagé par les bombes. De la boulangère résistante, au parfumeur corrompu, on imagine aisément le bouleversement qu’a entrainé l’Occupation sur la personnalité des gens. La méfiance constante qui pullulait entre des amis, des voisins et l’angoisse de sortir de chez soi, d’être arrêté, emmené, pour ne jamais revenir.

@Darin Oswald / Idaho Statesman

@Darin Oswald / Idaho Statesman

Mais ce livre n’est pas seulement un roman c’est aussi un poème. Un poème aussi doux et beau que dur et sanglant. Etonnant pensez-vous ? Que dire d’autre pourtant quand l’auteur compare les bruits d’une mitraillette à un collier de perles tombant sur le sol ou quand il décrit la position d’une femme morte : « par terre (…), un bras replié en arrière comme si elle avait refusé une danse »?

«Toutes ces fenêtres dans le noir… C’est comme si la ville était devenue une bibliothèque de livres écrits dans une langue inconnue : et les maisons, des rayonnages de volumes devenus illisibles en l’absence de lumière. Mais il y a cette machine au grenier, qui fonctionne de nouveau. Une étincelle dans la nuit. »

Dans une France où tout ne parait que sang et mort, Doerr nous montre que, telle une rose qui éclot dans le purin, la beauté peut être partout, même aux heures les plus noires. Ce livre nous remue et nous conduit à nous interroger sur notre condition d’humain et le devoir que nous avons les uns envers les autres.

Anthony Doerr aura mis dix ans à écrire ce livre, dix ans pour, finalement, nous livrer un magnifique écrit. Tout en saluant sa plume qui nous a tant faite vibrer, nous attendons avec impatience son prochain roman.

Couverture Toute la lumiere

 Contributrice : Mahault Lecuyer