Au Revoir Les Enfants demeure, pour moi, le chef d’œuvre intemporel qui ne doit pas être oublié. D’abord, de par sa portée historique, à savoir, la mémoire des déportés juifs de France – comme d’ailleurs, bon nombre de films y ont contribué. Mais surtout pour la singulière et touchante histoire d’amitié qui lie deux jeunes pensionnaires d’une école catholique en 1944.

Le premier garçon, Julien Quentin, est issu d’une famille bourgeoise et est doté d’un tempérament espiègle, tandis qu’à l’opposé, le second, Jean bonnet, est réservé et mystérieux, mais néanmoins brillant.

Si ce dernier se veut distant et hautain à son arrivée, c’est qu’il cache un secret : il est juif, et le directeur de l’école, le père Jean, le cache parmi les autres enfants pour lui épargner de tomber entre les mains de la Gestapo.

Sorti au cinéma en 1987, Au Revoir Les Enfants, ressort le 30 septembre 2015, en Dvd/Blu-Ray. L’occasion d’en reparler, et de s’intéresser de plus près à son réalisateur : Louis Malle. En effet, le film est quasi autobiographique. Plus jeune, il a assisté à la déportation d’un enfant juif de son école. Selon ses dires, « un évènement traumatisant » avec lequel, il a mis du temps avant d’en reparler tellement cela avait eu d’influence sur lui.

Apres avoir gagné ses lettres de noblesse en partant aux Etats-Unis tourner une dizaine de films, il collabore notamment avec le mythique Miles Davis sur la bande son du film, Ascenseur pour Echafaud (1957); Louis Malle revient enfin en France et se décide prêt à mettre en scène Au Revoir Les Enfants, qui deviendra son plus grand succès public et critique – Césars du meilleur film, meilleur réalisateur, et une nomination aux Oscars 1988 pour le Meilleur Film Etranger.

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« Plus de quarante ans ont passé, et jusqu’à ma mort, je me rappellerai chaque seconde de ce matin de janvier » entend-on narrer le réalisateur à la fin du film. Si le récit s’inspire de faits réels, il n’en demeure pas moins que l’amitié entre les deux protagonistes reste fictive. C’est de ce regret que Louis Malle décidera d’imaginer tout ce qu’il aurait pu partager avec ce garçon qu’il a vu partir un jour, sans jamais revenir.

Particularité supplémentaire : on vit l’Occupation à travers les yeux d’un enfant, qui semble découvrir naïvement et simplement ce qu’est un juif, et ce que cela implique durant la Seconde guerre Mondiale. C‘est la raison pour laquelle, Louis Malle a voulu des enfants n’ayant jamais tournés afin de privilégier une certaine spontanéité et une pureté des émotions. Mise en scène minimaliste – qui contraste justement avec le film de guerre grandiloquent – ce sont les acteurs qui illuminent chaque scène par leur authenticité naturelle, un peu à l’image d’un Antoine Doinel tout droit sorti des 400 Coups de François Truffaut (Louis Malle appartient aussi à la Nouvelle Vague). De même, la bande-son, sobre, se résume à une composition de Franz Schubert – Moment Musical Op.94 (D.780) No.2 in A flat Major, comme d’ailleurs, on l’entend dans cet extrait tiré du film.

Le résultat est bluffant ; on se retrouve comme happé par le magnétisme de ces deux jeunes garçons. Brillamment mis en valeur par une réalisation épurée de tous artifices – la caméra se concentre sur les regards silencieux, profonds, parfois même transcendants de ces enfants témoins d’une époque irrationnelle. On ne ressort pas indifférent de ce film doté d’une telle humanité. Louis Malle nous fait part de son ressenti de la guerre, à l’image de l’enfant qu’il était, et sa vie à l’école représente le microcosme d’une réalité plus globale. Il rend une critique contre la Collaboration, ainsi qu’un hommage fait à ceux qui ont eu le courage de cacher des juifs pendant la guerre.

Au Revoir Les Enfants fait partie de la Liste du BFI des 50 films à voir avant d’avoir 14 ans : En savoir plus

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