Lauréate du PRIX COURT COCY 2015 en Court Métrage, Mathilde Carreau est venue nous parler de son film,  de ses inspirations et de l’idée qu’elle se fait du rapport entre les gens. 

« J’en suis à peu près convaincu »  est ton premier film. D’où t’es venu l’inspiration? 

Je suis partie d’une sensation que j’ai parfois au milieu d’un groupe. A l’origine, je suis plus issue du milieu théâtral, je fais partie d’un collectif et mes spectacles parlent très souvent du rapport qu’on a avec les autres. C’est réellement quelque chose qui me passionne tout comme les notions de « jeux » et de « je » que j’aime se faire rencontrer.  On ne peut pas être la même personne avec tout le monde et c’est ce qui m’a inspiré!

A qui ressembles-tu le plus dans tes personnages? 

J’ai l’impression que je suis un peu de chaque. Je ne me retrouve pas dans un seul et même personnage.

Vous avez tourné ce court-métrage en 6h. Comment tes équipes l’ont vécu?

Pour les acteurs, je leur avais écrit  chacun une fiche avec tout un historique de leur rapport entre eux, pour qu’ils puissent s’immerger et créer une identité de groupe.  Ils connaissaient donc l’historique de leur personnage ainsi qu’une multitude de phrases qui devaient apparaitre dans le film et des « tops » dans les phrases des autres qui déclenchaient une réponse. Je voulais quelque chose de très naturel donc ils étaient obligés d’être très vifs.  Pour ce qui est de la durée, c’était plus un enjeu pour les techniciens que pour les acteurs. Tourner non-stop pour un comédien c’est moins gênant car tu restes dans ton personnage. Pour les équipes derrière la caméra c’est un exercice extrêmement périlleux et sportif!

Tu parles de recherche du « naturel ». Ce réalisme, c’est ce que tu aimes dans le cinéma?

En tant que spectatrice j’aime beaucoup de genres différents. Par exemple je peux très bien adorer un film anglais d’époque, très scénarisé et léché… Mais en tant que réalisatrice, ce qui me plaît c’est l’imperfection. J’aime que le spectateur soit ancré dans le film, qu’il puisse s’identifier face à des situations naturelles. De plus, « J’en suis à peu près convaincu »  ne raconte pas d’histoire, il raconte un moment de vie dans lequel je ne voulais pas donner toutes les clés. Je sais ce que je veux dire avec mon film, mais il est fait de manière à ce que chacun puisse l’interpréter.

Tu penses que c’est un film générationnel? 

Souvent quand je le montre à des gens de plus de 40-50 ans, ils me disent qu’ils voient leurs enfants à travers les personnages. Mais en réalité, je pense que c’est clairement transgénérationnel. La situation l’est ! On joue aux cartes, on se dispute sur la politique, les opinions, on rit, on se chamaille: toutes les générations passent par là. Pour moi les anciennes générations faisaient également la fête. Peut être pas exactement de la même manière mais qu’on ne vienne pas me dire qu’ils ne buvaient pas autant que nous!

L’alcool est particulièrement présent dans le film. A consommer avec modération? 

Personnellement, j’aime bien l’alcool! Quand je dis ça, je ne défends pas l’alcoolisme du tout mais il faut admettre que c’est intéressant. L’alcool désinhibe les choses. On se contient tellement dans la vie que ça peut parfois être justifiable de pouvoir se libérer! Après certains comportements  sous alcool ne sont pas pour autant excusables. Je ne suis pas « pro-alcool » mais je trouve qu’il demeure tout de même révélateur. Par exemple il y a toujours un raison qui mène à l’alcool. Combien de personnes décident de se prendre une cuite, puis se réveille le lendemain en étant mal? Ce n’est pas seulement à cause du degré d’alcool ingéré que le lendemain est difficile mais parce qu’on a essayé d’oublier quelque chose dans sa vie qui n’a en réalité pas disparu. Au final ce ne sont pas les effets de l’alcool qui sont intéressants, ce sont tous les éléments qui nous amènent à vouloir en boire.

Relations amicales, alcool, lien social, pourquoi avoir finalement choisi la phrase « J’en suis à peu près convaincu » pour titré ton premier court-métrage? 

Pour deux choses. A la fin du film il y a un texte qui est récité lors de la danse. C’est un texte remanié de Pessoa, un poète portugais qui évoquait très souvent cette sensation que les choses nous échappent parfois. Pessoa a un rapport très fort à la notion de rêve et c’est ce qui m’a plu. Dans le film on a un rapport concret au réel et je trouvais que cela amenait une sorte de poésie sachant qu’à la fin du texte il dit: « J’en suis à peu près convaincu, je ne suis pas réveillé ». Ce qui pour moi est une clé pour saisir le film…

Et puis la deuxième raison, beaucoup plus simple, est que ce court est mon tout premier film et comme tout premier projet: on est jamais réellement sûr de soi, on n’en est qu’à peu près convaincu.

La Culture Sauvage pour Mathilde? 

Ca m’évoque quelque chose de brut, de jaillissant, d’instinctif! J’aime bien la notion de sauvage car elle représente le fait de sortir des sentiers battus.

Pour découvrir ou (re)découvrir le court-métrage PRIX COURT COCY 2015, réalisé par  Mathilde Carreau : https://www.youtube.com/watch?v=qx5bvUg9ft0