Rencontre avec Olivier Rigout directeur artistique d’Alter-K, éditeur et label indépendant basé à Paris, composé de 4 personnes, spécialisé dans la musique à l’image. Dans une industrie musicale où les Majors font la loi, Olivier évoque avec nous son travail en tant qu’indépendant et sa vision de la musique d’aujourd’hui.

Olivier, si tu devais décrire votre travail chez Alter K ?

Je dirais que notre travail chez Alter K est de développer des artistes afin qu’ils puissent vivre de leur art. Donc on est à la fois un label indépendant et éditeur de musique au sens classique du terme.

 Dans un genre de musique précis ?

Musicalement je dis souvent qu’on se situe un peu comme Radio Nova, FIP ou Pitchfork, c’est à dire du généraliste indépendant de qualité. On peut passer de Black Devil Disco Club à des artistes plus pop, folk, considérés comme plus mainstream. Notre idée est surtout d’avoir un beau catalogue éclectique.

Un catalogue ?

Oui un catalogue musical. On fait beaucoup de supervision et synchronisation musicales pour l’audiovisuel, on travaille pour des réalisateurs, des diffuseurs, des agences de publicité donc il est important d’avoir un vrai panel de musiques et d’artistes à proposer, ce que j’appelle le catalogue.

Cette supervision, elle comprend une partie consulting j’imagine?

Exactement. Nos clients viennent nous voir pour un titre afin d’habiller leur production audiovisuelle. Par exemple on m’envoie un mood board, ou un montage avec une musique qu’ils aiment mais qui est inaccessible et nous on les conseille sur le choix musical à faire. Si des clients viennent me voir en me disant qu’ils veulent un son qui ressemble à « HAPPY » de Pharrell Williams, c’est à moi de comprendre ce qu’ils aiment dans cette chanson : est-ce le côté humain, le côté pop, le côté fun ? Dans ce cas, on repart de l’essence même de la musique pour ne pas proposer une copie conforme du son voulu, mais un autre artiste dont l’ADN musical correspond. D’où l’importance de posséder un catalogue éclectique mais aussi de le connaître parfaitement ainsi que les ayants droit derrière chaque titre pour répondre vite et avoir l’accord de tout le monde.

 

Et comment en êtes vous venus à l’édition, qui est le moteur d’Alter K?

Au tout début on n’avait pas de catalogue propre et on s’est rendu compte qu’on perdait un temps fou à essayer de trouver la chanson et bien sûr d’obtenir les droits pour l’utiliser. Prenons un exemple tout bête, pour Britney Spears, entre le sample, le compositeur et tout le reste, tu dois peut être passer par 30 ayants-droits minimum… pour une seule chanson !

On avait également la volonté de s’investir pour réellement développer les artistes donc l’idée d’un catalogue propre à Alter K s’est imposée.

Et de manière concrète, à quoi l’édition correspond elle ?

L’édition c’est justement développer nos artistes, leur trouver la meilleure équipe pour faire avancer leur carrière, leur trouver des synchros… mais aussi administrer leurs droits pour qu’ils récupèrent bien le fruit de leur travail avec la SACEM par exemple, en France et à l’étranger. L’édition c’est vraiment un investissement en temps, en argent et en technique d’administration sur le long terme. Après on essaye vraiment d’avoir les meilleurs crus et millésimes dans ce que j’aime appeler notre « épicerie fine ». Certains vins seront meilleurs dans quelques années, mais à nous de miser sur les bons domaines et de travailler sur la distance pour surprendre nos clients et les mélomanes de manière générale.

Et cet aspect un peu caché de l’éditeur, ça ne te dérange pas ?

Non. Ca fait dix ans que je travaille dans la musique, j’ai toujours été fasciné par la manière dont on produit un artiste. Cela peut paraître machiavélique dit comme ça alors que pas du tout ! Ce qui m’intéresse c’est la façon dont on fait d’un artiste génial mais méconnu un Jimi Hendrix ! Le travail d’un producteur ou d’un éditeur est de rendre l’artiste plus lisible sans dénaturer ce qu’il est. Je sais que c’est un métier de l’ombre. Mais c’est fascinant. Tu te poses toujours cette question : J’ai un artiste, j’ai des supers chansons, comment vais-je faire pour que les gens le découvrent ?

Par exemple, on bosse avec Kid Francescoli depuis 5 ans maintenant. Au départ on était juste représentant de ses titres, puis on est devenu éditeur. On a commencé à le placer sur des séries comme MAFIOSA, puis il a écrit un nouvel album WITH JULIA. En développant sa présence et en sortant l’album en digital son travail est sorti du lot et son album ressort à l’instant sur un vrai label (Yotanka), en CD et vinyles avec des titres bonus et il va également partir en tournée.

Beau travail ! Et alors le « label » dans tout ça, à quoi vous sert il?

 Avec ce label on fait des licences. Les artistes produisent eux-mêmes leur disque et nous on utilise nos distributeurs physiques et digitaux. C’est un fonctionnement très classique mais cette partie label nous permet de donner vie à des projets géniaux en leur fournissant un coup de pouce. On veut à tout prix garder cet aspect car parfois cela vaut vraiment la peine de se battre pour de nouveaux artistes et de les aider à voir le jour sans attendre de trouver un manager, un label plus gros, plus approprié qui saura mieux travailler le projet ou un tourneur.

 Comment les trouves-tu ces nouveaux artistes?

J’avoue qu’on est très souvent contacté. Alter K n’est pas une Major comme Universal Publishing, et je pense que les jeunes artistes nous trouvent sûrement plus accessible. Les côtés créatif et épicerie fine et non uniquement gestionnaire de droits doivent aussi attirer. Après, il m’arrive aussi de faire de la veille : je vais à des concerts, des festivals et si j’aime bien un artiste, il m’arrive d’envoyer un mail pour prendre contact. Lorsque je remarque quelqu’un, je me dis toujours : est ce que je vais lui apporter quelque chose ? Si je sens que je ne vais pas pouvoir lui offrir des choses intéressantes je n’y vais pas, même si j’adore à titre personnel ce que j’entends.

 Justement, de manière personnelle, qu’elle est ta vision de la musique d’aujourd’hui ?

Je trouve qu’il y a plein de belles choses ! Le seul petit « hic » c’est cette nostalgie  constante. On parle beaucoup des anciennes légendes au lieu d’essayer d’en créer de nouvelles. C’est ce que je trouve gênant.

Il se passe plein de petites choses partout qui mériteraient de devenir bien plus grandes et c’est pour cela que je suis ravi et fier de travailler avec de jeunes artistes en qui je crois et de faire en sorte que le public, à leur tour, se mette à y croire.

La Culture Sauvage pour Olivier ?

Ca me fait penser à un côté DO IT YOURSELF ! Cet esprit sauvage comme un mélange entre l’urbanisation et ce qu’on est tous : des animaux évolués. C’est une sorte de retour à un état naturel, ni bestial ni violent, mais dans lequel tu vis et fais vivre ce qui t’entoure.

Découvrez le showreel d’Alter K ci-dessous: